‹ Du Dépeçage CriminelChapitre 47 sur 66 · SO E TE · texte numérisé non relu

SO E TE

sûrement à deux espèces différentes ot plusieurs débris de coques provenant de nymphes de plus grandes dimensions.

Dans le pied droit il n’existait que de très rares petits corps noirs analogues à ceux décrits ci-dessus et il n’y avait pas trace de pupes, j'ai détaché de la peau à laquelle il était très fortement adhérent un petit fragment jaunâtre de forme irrégulière de 7 à 8 millimètres de long que son aspect extérieur doit faire considérer comme un morceau de bois dépourvu de toute écorce: fait confirmé par l’examen microscopique; il y avait en outre la moitié d’une coque de très petite graine.

Un examen approfondi m’a permis de reconnaître que les petits corps noirs cylindro-coniques n'étaient autre chose que des excréments de souris de petite taille car leurs dimensions n’excèdent guère 3 à 4 millimètres de longueur; l'existence à l'extrémité la plus effilée de chacun de ces corps d’une [petite pointe droite ou légèrement recourbée ne laisse aucun doute sur leur véritable nature ; on n’a, au reste, qu’à les comparer, comme Je l’ai fait, avec des crottes authentiques de souris pour être pleinement convaincu.

Quant aux nymphes dont on retrouve Îles carapaces plus ou moins intactes, desséchées ou vides de leur contenu, elles sont très rares et n’existent que dans le pied gaucne ; elles appartiennent à trois ou quatre espèces différentes au plus.

L'une d’elles (exemplaire unique) brun noirâtre, cylindrique à extrémités obtuses dont l’une un peu plus conique que l’autre, semble devoir être rapportée au genre de diptères Ophyra dont les insectes adultes fréquentent les bosquets et dont les larves et les nymphes se trouvent fréquement dans les cadavres non inhumés et arrivés à la période de la fermentation ammoniacale ; elles appartiennent en effet à la cinquième escouade de P. Mégnin.

La nymphe dont il est question ici a 6 millimètres de longueur, ce qui est exactement la dimension indiqué par Mégnin (la Faune des cadavres, p. 58); elle renfermait inclus le cadavre de la petite mouche arrivée presque au terme de son développement complet.

en

La seconde nymphe entière (exemplaire unique aussi) que j'ai rencontrée est beaucoup plus aplatie que la précédente et a un peu la forme d'un petit eloporte avec lequel nous l'avions à tort'identifiée à un premier examen superficiel; elle esthrunâtre, aplatie, à extrémités arrondies dont lune, la plus large, porte surle dernier anneau six prolongements un peu aigus, filiformes, recouvert de sortes de poils cylindriques et tubulaires ; l’autre extrémité est nue. .

L'ensemble du corps composé de onze à douze anneaux à un peu plus de cinq millimètres de longueur.

Bien que je n’aie pu constater le long des parties latérales de ce corps des prolongements analogues à ceux qui existent à l’une des extrémités, je serais assez disposé à considérer cette nymphe comme appartenant au genre Anthomyia, diptère appartenant à la quatrième escouade de Mégnin.

Enfin deux ou trois débris de coques de nymphes rencontrés aussi dans le même pied gauche paraissent devoir être rapportés, en raison de leurs dimensions plus grandes et de leur forme, à d'autres diptères faisant partie de la deuxième escouade, tels que les genres Lucilia où Sarcophaga.

De la constatation de ces différents faits : présence de crottes de souris en assez grande abondance, existence de nymphes, rares il est vrai, mais appartenant à des escouades très variées des travailleurs de la mort de Mégnin, jointe à l’état de momification particulière que présentaient les deux pieds qui ont été soumis à mon examen, je crois pouvoir émettre, comme très probable, l'hypothèse que les deux pieds en question n’ont été ni submergés, ni enterrés, mais qu’ils ont été placés dans un endroit qui, sans être hermétiquement clos, était cependant peu accessible aux insectes tout en étant, ce qui est incontestable, fréquemment visité par Les souris, tels un placard, un tiroir, etc.

C’est en ce même endroit que ces pieds ont dù subir toutes les phases de la décomposition cadavérique, puisque nous y rencontrons côle à côte des »ymphes de diptères appartenant aux deuxième, quatrième et cinquième escouades des travailleurs de la mort.

Cet endroit devait, en outre, soit par la rareté de l'air, soit à cause d'une extrême chaleur, être peu favorable au développement normal des insectes puisque, d’une part, leurs débris sont extrêmement rares et que, d’un autre côté, une des rares nymphes entières que j'ai pu trouver renfermait encore la mouche adulte qui n'avait pu éclore; il est vrai que ce phénomène pourrait aussi s'expliquer par une ponte très tardive.

Je crois enfin que les pieds qu’on m'a dit avoir été trouvés à l'air libre dans une broussaille devaient avoir été déposés là depuis peu, car les débris organiques qui s’y trouvaient, ou auraient complètement disparu et auraient été remplacés par d’autres, ou auraient été recouverts de moisissures beaucoup plus abondantes que celles peu nombreuses qui forment quelques efflorescences à la surface des excréments de souris.

Lyon, le 15 février 1900.

D° G. Roux,

Professeur agrégé à la Faculté de médecine, Directeur du Bureau municipal d'hygiène.

Le 9 juin 1900, nous avons reçu de M. le D' Roux, la lettre suivante :

Monsieur et très honoré maître,

Vous m’excuserez d’avoir tant tardé à vous fournir les derniers renseignements demandés, mais j'ai dû altendre moimême jusqu’à aujourd’hui ceux que devait me donner le naturaliste de Lyon le plus compétent en diptères au sujet des larves ou plutôt des pupes que vous m’aviez adressées au moment où j'étais malade.

Ces pupes, en effet, malgré une apparente identité, étaient différentes de celles trouvées dans les pieds momifiés que j'avais examinés et je n’avais pu les déterminer exactement. C’est pourquoi j'ai eu recours aux lumières de M. Vanez, chef des

travaux de zoologie à la Faculté des sciences, qui s'occupe spécialement des diplères.

Or, celui-ci, qui pensait pouvoir déterminer sinon l'espece, du moins le genre de larve que je soumettais à son examen, n'a fait parvenir, ce matin, le mot ci-inelus, qui m'apprend qu'il s'agit de pupes de @iprères, ce que je savais déjà et de diptères appartenant au groupe des »#uscides, ce dont je n'étais pas absolument sûr.

Malgré l’imperfection de cette détermination qui ne doit pas étonner, étant données les difficultés de l'étude des larves, je peux en tout cas tirer cette conclusion que les pupes trouvées en dernier lieu n'appartiennent ni au genre ophyra ni au genre anthomyia dont faisaient partie les rares nymphes trouvées dans les pieds. Elles n'apportent done, à ce point de vue, aucun éclaireissement nouveau au problème à résoudre.

Note envoyée par M. Vanez au D' Roux.

Vous m'excuserez de ne pas vous avoir fait parvenir ma réponse hier, ainsi que je vous l'avais promis. Mais je pensais pouvoir vous déterminer plus exactement vos pupes, en recourant à quelques ouvrages que je n'avais pas encore sous la main. Tout ce que Je puis vous dire actuellement confirme ce que je vous avais déjà annoncé : c’est une pupe de diptère cyclorophe du groupe des muscides.

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