‹ Du dépôt et du séquestreChapitre 62 sur 140 · ART. 196/1. 22S · texte numérisé non relu

ART. 196/1. 22S

muniquer de l'un à l'autre , tantôt la propriété même , tantôt l'usage déterminé des choses, et passer tour à tour du mobile de l'intérêt personnel à la bienfaisance, dans les contrats qui servent de moyen d'action au commerce de la vie civile.

Maintenant il va calculer les chances du hasard , et faire dépendre d'éventualités incertaines l'acquisition de certains profits. Car les choses sur lesquelles le sort a le plus d'empire peuvent être l'objet de pactes licites (1). En cela , le droit ne s'associe pas aux erreurs de ceux qui soumettent à une aveugle fatalité le libre arbitre de l'homme. Mais il tient compte des événements incertains dont l'homme est environné.

2. On a dit qu'il est insensé de subordonner volontairement à la fortune ses gains ou ses pertes. Cette réflexion n'est vraie que lorsqu'elle s'adresse à des joueurs téméraires ; autrement, elle manque d'exactitude. Puisque l'imprévu se mêle à toute notre vie , il est raisonnable et bon de nous garantir de ses caprices, ou de tirer parti de ses hasards.

3. Les temps sont passés où la crédulité demandait à l'imposture la révélation de l'avenir. La raison nous a rendus dociles aux voies de Dieu, qui tient dans sa main les secrets du destin, jusqu'à ce que le moment soit venu où il plaît à sa providence de les manifester. Les entrailles des victimes sont muettes ; la magie est morte , et le modeste calcul -des probabilités a pris la place de la science auda-

(1) Scaccia, §l,q. 1, n° 84.

Portalis, Expose des motifs (Fenet, t. 14, p. 535),

cieuse et vaine du futur. Mais si c'est le chef-d'œuvre de notre esprit de rendre probables les événements qui dépendent d'un avenir caché , c'est le chef-d'œuvre du droit de les rendre profitables a nos intérêts civils. Le médecin s'évertue à apprendre les mystérieux progrès des maladies, le général à prévoir les pièges de ses ennemis, le pilote à présager la tempête (1). Quant au jurisconsulte , il n'a pas besoin d'entrer à fond dans l'étude des sciences conjecturales si souvent trompées par le hasard, lî accepte la fortune comme un fait ; il la laisse veni r sans la conjurer. Mais ce qu'elle a de fatal devient , dans ses inventions ingénieuses , la source d'une indemnité ou même d'un gain. Ce qu'elle a de propice, mais d'éloigné, se traduit en un échange de l'incertain pour le certain. Il n'est pas jusqu'aux hasards les plus indiiférents que l'industrie humaine, dirigée par la jurisprudence , ne puisse associer à des contrats sérieux et faire tourner en causes de bénéfices. Par-là, la somme des biens se trouve multipliée ; le mouvement des affaires s'agrandit ^ et l'esprit d'entreprise , franchissant les bornes étroites du présent, embrasse l'avenir pour en tirer des avantages actuels.

4. C'est surtout dans le commerce que les spéculations sur les événements incertains sont usuelles ; aussi, les jurisconsultes ont-ils coutume de dire mé-

(l) Medicus , dit Cicéron , morbiim ingravescentem ralione providet, insidias iraperator, terapestates gubernator, et tamen hi ipsi sœpè falluntur qui uihil, sZ/ze ccrld raf/o/?e, .opinautur. {De divin., 11b. 2, n" 6.)

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