JEAN DE PATMOS PARLE
Or, m'étant reculé hors des Temps et du Lieu, L'œil de l'esprit plongeant à l'horreur infinie, Voici ce que je vis, une nuit d'agonie, Mais mon cœur était fort dans la crainte de Dieu.
La Terre monstrueuse apparue au milieu De ténèbres de poix, à sa croupe punie Portait, noir chevaucheur, un colossal génie : — Des cris passaient : « Viens !... Meurs !... Haine ! . . ,
[Je souffre... Adieu »,
Accroupi, bestial, en posture formelle D'amour, éperonnant sa fuyante femelle, Il s'engloutit, de rut aux abîmes clamant ;
Des lambeaux d'ouragan claquaient à ses épaules, L'étau de ses genoux avait fléchi les pôles — Et Dieu trônait joyeux en son haut Firmament.
A UN CRUCIFIX JANSENISTE
Tu dus épouvanter bien des agonisants, Vieux Christ émacié dressant ton geste avare Vers le Ciel défendu qu'il adjure et qu'il barre Du haut de la croix noire au bois rongé des ans.
Leur terreur est encor sur ta face barbare, Tes flancs de leurs baisers horribles sont luisants. Baisers loyaux, d'enfer et de fièvre cuisants, Noble amour qui de peur s'attise et se répare !
Combien de fois l'as-tu miré ce front jauni Dans l'œil vitreux hagard du suprême déni ! Puis, enfin, sur le drap que l'eau bénite mouille,
Parmi les doigts mêlés en un geste implorant Eternisant l'effroi de l'homme en sa dépouille. Tu pèses sur le cœur des morts, ô Conquérant !