BACCHANTE AU REPOS
L'épieu blanc couronné de la pomme de pin, Près du bord, fait trembler aux jeux de la Naïade Sa bandelette lasse — un quartier de grenade A terre gît — l'Aurore aux pentes du ravin
N'éclaire rien de plus ; le Cithéron divin Mêle un lointain tambour à l'agreste cascade ; Bacchus fuit — mais, dans l'air plus pâle, une Ménade Se découvre courbée au chaste flot Sylvain.
Et la vipère d'or, prunelles d'escarboucles, Lèche à la joue en feu sous les pendantes boucles Vin, sueur, diamants de rubis ocellés ;
L'enfant boit, se soulève, au frais porphyre pose
Une main et sourit de ses cils emperlés
A l'immense horizon que l'aube peint de rose.
LA SIRENE
Les seins à fleur de vague et les bras sous le cou, Près d'une île de ponce, à l'ombre des caps roses, La Sirène Molpo dit la chanson des Causes. Les chevaux du Soleil tourmentent leur licou.
Un vieux chant du Chaos — grave et clair tout à coup Dont Ghè berça Typhon sur ses grands seins moroses ; Elle dit les amours et les Métamorphoses, L'Argonaute parti dans le soir, et jusqu'oîi... ?
Du seuil oriental la pourpre à flots ruisselle,
Le rivage de sable où l'écume étincelle
Tend vers les bois de pins son arc d'ivoire et d'or ;
Midi vient de diamants chargeant la rame ; l'ombre Le suit — et la chanteuse, au golfe qui s'endort, A pic, les yeux ouverts, avec le soleil, sombre.