‹ Du désir aux destinéesChapitre 63 sur 91 · LE NAGEUR · texte numérisé non relu

LE NAGEUR

Il va. Dans le frisson caressant de l'écume Errent des seins frôleurs, des appels musicaux... Gomme un marin d'Ulysse aux fabuleux échos, Son cœur va défaillir dans l'or vert de la brume.

Il nage vers le large, il fend à coups égaux Le flot que son œil sonde, et sa narine hume L'âpre parfum joyeux d'orgueil et d'amertume Qui monte de la mer aux feux zodiacaux.

L'occident éperdu de flammes, l'onde rose Se renvoient les splendeurs de leur apothéose, L'horizon s'abolit : l'homme nage en plein ciel...

Tel, souvent, quand le soir soupire sur les vagues,

En un rêve de fable à demi sensuel,

J'ai poursuivi dans l'eau le reflet de mes bagues.

Ile de Batz. — août 93.

C'était le grand mystère étincelant des cieux, Chaque astre s'adorait en son reflet tranquille, Les noirs vaisseaux dormaient derrière la presqu'île, Dans le golfe sans voix j'entrai silencieux.

Inquiet de troubler l'immortelle vigile

Des constellations dans l'éther spacieux

Je pressais en glissant au flot délicieux

De mes paumes la mer comme une chair fragile.

Sombre Parque, la nuit démêlait aux Zéniths

L'écheveau colossal des orbes infinis,

Et je flottais parmi la poussière des mondes,

Rappelant vainement à l'adoration

Mon âme qui pleurait du sein des eaux profondes

Le naufrage de Dieu dans sa Création.

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