PAROLES DE L'AMANT
Viens. Ton secret? Il est un secret que tu gardes Pour moi, qui que tu sois, je le sais par le pli De ta bouche et ton front de mes yeux ennobli. Pas de mots. Laisse-moi de peur que tu ne tardes
Boire à même le sens profond enseveli, En ton cœur ignorant où sans voir tu regardes; Car je l'ai, balayant pudeurs, craintes bâtardes, Connu qui s'ignorait. Te reprenne l'oubli.
Non, je te garde en ma conscience élargie; Le frisson bestial où de ta chair surgie Le plus mystérieux mystère m'enivra,
.l'en ai fait un si pur trésor de sang et d'âme
l]t d'immortel amour que brillant dans ma flamme
L'humble don en parfums sublimisé vivra !
l'72 DU DÉSIR AUX DESTINÉES
Sombrez donc, souvenirs d'extases et de peines, Noms où tant d'infinis ont un instant tenu, Masques de ma folie au regard inconnu, Je vous rends au Léthé de mes brûlantes veines.
L'Oubli comme la Mort n'est qu'un mot : formes vaines Dans l'heure et dans le lieu, qui m'ont appartenu. J'aimais bien par delà vous et votre sein nu. Par delà la douleur et la luxure des humaines.
Vous n'avez point péri, vous tous, vos souvenirs Riront au grand soleil des meilleurs avenirs, Dans ma Pensée élue et mon Rêve efficace;
Au bourgeois hérissé qui flaire, blâme et passe, Mon Dessein montrerait s'il daignait être absous La fleur que cette tombe est à faire de vous !
Mener au feu suant de peur, fumant de poudre
Des soldats asservis au prestige du Chef;
Jeter en un esprit son rêve, son grief,
Gomme à la meule ardente un froment jeune à moudre.
Voir des foules sculpter leur fauve bas-relief Au ciel Capitolin, sentir parmi la foudre De l'acclamation son destin se résoudre Dans le cri de sa race, et naître derechef.
Contacts passionnants de l'être avec les âmes, Corroborant sa force au culte comme aux blâmes, Magnanimes frissons d'orgueil et de bonté !
En apprendrez-vous plus à l'élu de vos fêtes Que la paupière close et les lèvres muettes Du multiple et puissant amour que j'ai goûté ?