VERITATI
Ce besoin d'adorer qui fauche nos genoux
Sous le cœur héroïque et le cerveau superbe
Nous prostré à tes pieds las, bétail peureux, dans l'herbe
Du sentier inconnu — mère, relève-nous !
Ta main contre ton flanc de nos deuils tient la gerbe, — Oh ! nos morts, et nos dieux, et nos amours si doux ! — Tends-nous l'autre, sanglante encor. Parle. Résous. Quel est le Chant nouveau, la Promesse, le Verbe ?
Elle dit : Votre sœur chemine et doute aussi. Car je pleure avec vous, fils de ce siècle-ci Ma divinité même intangible, incréée I
Nous irons l'un à l'autre appuyés, s'il vous plaît, J'ai déserté pour vous l'insigne Paraclet^ Ma lèvre vous soit douce; elle qui fut sacrée.
L'INNOMMEE
Je suis la Volupté, la Promesse et la Vie, La splendeur de tes soirs, la flamme de ton sang; Je donne et suis le don ; mon vouloir tout puissant Me dispense à moi-même, à moi-même ravie !
Tu sais mes noms. Ils sont tous les noms. Le cœur sent,
La chair assaille, l'âme à la beauté gravie
Plante la hampe d'or de sa joie assouvie :
C'est moi dans la jeune aube et l'astre qui descend.
J'ai brisé tous les mots trop étroits à ma taille : L'idéal ne me ceint qu'au front, l'amour ne tend Que mon ventre sacré, la douleur un instant
Me voile, et je renais — vains tissus dont la maille Inflige ses noms d'ombre au triomphe vermeil De ma chair, invisible et palpitant soleil !