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LES ARTS PLASTIQUES. [/ART MUSICAL

Nous n'avons pas à définir les termes contraste, opposition, harmonie; ils ont, dans la langue des arts, la même signification que dans le langage général. Mais nous voulons constater l'utilité d'usage du premier de ces termes, et faire au dernier une sorte de procès, moins pour sa vague généralité que parce qu'il entraîne k de banales et fausses comparaisons entre l'art musical et les arts plastiques.

Le mot contraste possède une grande netteté

de signification : il conduit et fixe la pensée sur l'action de tous les éléments de même nature employés parles arts. Contraste de traits: horizontal, vertical, oblique, droit, courbe, opposés les uns aux autres ; contraste de modelé : lignes lumineuses et sombres, valeurs, placées en opposition; contraste de couleurs : qualités colorées, qualités chaude, froide, mises en opposition; contraste d'ornements: lignes, formes, proportions, volumes, opposés.

Il ne peut être suppléé dans les arts plastiques par aucun autre mot, parce qu'il affirme, en vue d'accord, l'opposition que chacun des éléments tire de lui-même. C'est là son originalité.

Le terme opposition est employé dans uu sens analogue, mais sans application nécessaire aux éléments de même nature, dont il ne respecte pas l'unité. Il fait contraster la forme avec la couleur, le trait avec le modelé, la réalité avec l'ornement ; il assemble et place visà-vis l'un de l'autre des contraires ; il vise la symétrie réelle ou relative, l'équilibre, la pondération indispensable dans une œuvre d'art.

Les deux termes contraste et opposition se

complètent, tout en conservant chacun son originalité.

Lorsqu'il va accord, unité d'ell'et, ensemble, souplesse de lignes, grâce, délicatesse, force, justesse, etc., toutes perfections résolues, les oppositions sont bonnes, les contrastes sont bons. S'ils choquent, s'ils blessent la vue, s'il y a disparate, contradiction entre eux, ils sont mauvais. Cependant nous devons spécifier : contraste de couleurs, de lignes, c'est bien le contraste lui-même qui est bon ou mauvais, et pour telle cause; tandis que dans l'opposition des lignes avec la couleur, de la réalité avec la fiction, c'est l'effet résultant qui est bon ou mauvais. Une œuvre peut à la fois contenir la perfection la plus grande dans certains de ses contrastes et une médiocrité absolue dans l'opposition de certains éléments.

Mais dans l'œuvre où les oppositions et les contrastes sont tellement atténués, dissimulés, que cette œuvre monotone et sans art n'est qu'un produit sans aucune qualité, ['harmonie est négative.

C'est là où nous voulions en venir : nous pouvons nous servir du mot harmonie en sens inverse, soit pour louer, soit pour blâmer. Si

cela ne suffit pas à le faire proscrire, cela démontre au moins qu'il n'a, dans la langue des arts plastiques, qu'une application aussi banale que lorsqu'on dit : « L'harmonie du ménage, l'harmonie des pouvoirs publics. » Cette réserve faite, il signifie quelque chose qui n'est certes pas à dédaigner, mais qui n'établit rien de pratique.

Le terme harmonie appartient en propre à l'art musical ; il en détermine une manière d'être. On fait en musique des fautes & harmonie rectifiables par Y harmonie elle-même. Il n'y a donc dans ce terme rien d'équivoque pour l'art des sons.

En est-il de même de son application aux choses de l'architecture, de la sculpture et de la peinture? Que spécilie-t-il pour un trait, pour une couleur, une valeur, considérés isolément, tandis qu'un son à lui seul éveille une idée musicale ?

Lorsque Diderot prétend qu'un aveugle-né peut concevoir une idée de la couleur écarlate en percevant le son éclatant de la trompette, nous croyons que cet aveugle-là était Diderot lui-même, qui était doublement clairvoyant et par ses yeux et par son génie. Pour nous,

nous n'avons jamais pu comprendre l'analogie qu'il trouvait dans des choses si dissemblables, la couleur écarlate ne pouvant éclater pour la vue que par le contraste qui lui est opposé, et pouvant mémo devenir réellement obscure par la relation des valeurs et des couleurs dont elle est entourée ; tandis que le son de la trompette est toujours éclatant dans ses notes hautes et dans ses notes basses.

Quand dans une muraille, au lieu et place de pierres et de mortier, les maçons laissent des vides, ils disent qu'ils font de la musique. Cela est juste : leur travail sonne, il est creux.

Mêlé aux choses des arts plastiques, le terme harmonie porte avec lui comme un vide, une absence de sens, et, de plus, il entraîne aux réticences. Lorsque, devant un tableau, on dit qu'il est harmonieux, on peut penser en même temps : « Quel amoindrissement de toute saillie ! quel effacement de tout contraste ! quelle monotonie ! quelle platitude de valeur, de couleur ! Vous auriez mieux fait de laisser intact le ton dont votre toile était imprimée : l'harmonie alors était complète. » La possibilité d'un pareil aparté, tout en décernant un éloge banal, indique l'élasticité de ce terme,

lorsqu'il est détourné de son application musicale. Il compare, mais ne définit pas.

Dans le même sens on dit en langage familier d'atelier: « C'est un joli fricot, je vais passer un jus, ça mettra de 1 harmonie. » Ici, les termes de comparaison passent de la musique à la cuisine. Sans vouloir en rien déprécier celle-ci, nous n'insistons pas.

Sous le nom de patine, le temps, lui aussi, revêt les œuvres d'art d'une sorte & harmonie négative qui, respectable peut-être à certains points de vue, cache ou dissimule et des beautés et des laideurs. En art, les hasards sont rarement heureux.

Le terme harmonie prend, dans les arts plastiques, la place des termes précis accord, imité, conformité, assortissant, ensemble, justesse, etc., etc., et il ne les remplace pas.

Mais d'où vient cet accouplement d'idées si généralement admis ? Où est leur rapprochement, puisqu'il n'y a pas de fumée sans feu? C'est que certains effets des arts plastiques excitent des impressions, des sensations analogues à celles qu'éveille l'art musical : à la vue de tel tableau, nous éprouvons presque la même émotion qu'à l'audition de tel morceau de

musique. L'ordre qui règne dans un orchestre a paru comparable ??? aux ordres de l'architecture. Pourquoi pas une mélodie de balustres? Ne se suivent-ils pas, ne se succèdent-ils pas, vus en perspective, comme les phrases musicales d'une romaine ?

[la plu de qualifier de symphonie l'ensemble d'un-,' statue, d'un monument, d'un tableau! En quoi donc l'équilibre du contraste des formes, des valeurs de proportion, des valeurs d'intensité de clarté, des couleurs, qu'on perçoit simultanément, est-il comparable a un ensemble de sons qu'on perçoit successivement? Le terme ensemble exprime la seule chose qui leur soit commune.

Faut-il donc de l'analogie sentimentale conclure à l'affinité, à la ressemblance de formules et d'éléments si différents? C'est ce qu'il nous semble difficile d'admettre, et c'est ce qui nous fait poursuivre avec tant d'instance le mot harmonie, qui n'en peut mais, et qui devient excellent lorsqu'il est précédé ou suivide la désignation du contraste qu'il qualifie. Et même, bizarrerie des mots! c'est uniquement lorsque ce ternie harmonie sous-entend un contraste à qualifier qu'il prend une significa-

tion dans les arts du dessin. Il indique alors que l'union et la concorde existent dans la diversité des éléments gratifiés harmonieux : les expressions harmonie de lignes, de couleurs, d'effet, impliquent tout à la fois les idées opposées d'accord et de contraste.

Les rapprochements , les comparaisons entre Fart musical et les arts plastiques portent à faux et ne démontrent rien. Il faut les écarter de la technique du dessin.

DU DESSIN ET DE LA COULEUR i')5

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