REFLET. CLAIR-OBSCUR
C'est l'étude ou l'abandon du reflet qui distingue, avons-nous dit, le coloriste du dessinateur.
Il importe doue de préciser ce qu'on doit entendre par reflet.
La nature étant toujours colorée, et les moyens de l'imiter étant fort restreints, il a fallu ordonner ces moyens pour donner à l'action de l'art plus de certitude.
Suivant la formule du dessinateur, tout
objet frappé par la lumière présente deux aspects : l'un clair, l'autre obscur.
Mais la lumière naturelle ne s'arrête pas sur les surfaces qu'elle éclaire directement : là même où elles lui échappent par les mille incidents de leurs formes, elles les atteint par réflexion ; si bien qu'on peut dire qu'elle baigne, tant elle les enveloppe, tous les objets. C'est ce que veut constater le coloriste.
Cette action lumineuse est représentée par ie mot reflet. Mot qui fait voir et comprendre que les ra)7ons lumineux, après avoir touché un corps, sont en partie renvoyés, reflétés sur les objets qui environnent ce corps, et cela jusqu'à l'extinction complète de la lumière portée par la réflexion aux endroits mêmes les plus profonds. C'est ce renvoi, ce reflet, qui, pénétrant là même où la lumière directe ne peut pénétrer, modifie à l'infini tous les aspects des choses.
L'action du reflet n'est pas toujours assez énergique pour avoir l'apparence d'une clarté, d'une lumière ; mais toute ombre visible, et par conséquent lumineuse, est éclairée et colorée par refit- 1.
La vibration spéciale à Ja Lumière, à la couleur, les lueurs sans nom coloré qui en dérivent, le rayonnement lumineux, constituent le reflet^ qui est l'essence de la couleur dans les œuvres d'art, qui en est le véhicule.
Les coloristes tenant uniquement compte du reflet, c'est-à-dire ne modelant qu'avec des valeurs toujours influencées par les qualités lumineuses, n'ont ni le pouvoir, ni la volonté d'isoler leur modèle de son milieu, car ce modèle doit et rend à ce milieu les qualités de modelé qui font son existence. Ce phénomène est indépendant des colorations qui empruntent leurs noms aux couleurs du prisme, si bien que l'effet de Ja couleur s'obtient aussi complètement avec des teintes sans couleur déterminée qu'avec des tons dont les noms de couleurs sont simples à exprimer.
Si le rayonnement lumineux est l'essence do la couleur pour la peinture, il ne l'est pas moins pour la sculpture; mais le premier de ces arts, en retenant l'aspect coloré de la lu-
mière, peut seul nous servir de démonstration. En effet, l'œuvre du sculpteur, subissant toutes les modifications physiques de la lumière naturelle, ne donne d'indication à ce sujet que par sa forme, son modelé ; mais ce modelé est plus accusé, plus localisé en lui-même par le sculpteur-dessinateur, si on peut dire, et il est plus rayonnant, plus fugitif par le sculpteurcoloriste.
Dans toute dissertation sur la technique des arts, il est indispensable de saisir et de tenir une réalité, d'user des termes qui, en quelque sorte, servent à la formation des œuvres. Le mot reflet remplit ce but. Celui de clair-obscur quelle que soit sa. valeur d'image, ne présente qu'une abstraction sentimentale, utile seulement à l'analyse des impressions, des sensations provoquées par ces œuvres.
Ces deux mots clair et obscur, si explicites quand ils sont employés séparément, ne possèdent aucun sens de valeur pratique lorsqu'on les réunit dans une seule expression.