‹ Du développement des idées révolutionnaires en RussieChapitre 13 sur 24 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

moisi , tout tombe en ruines , tout devient inhabitable, partout fentes, débris et décombres.

Entre les bois de sapin saupoudrés de neige , dans de grandes plaines, apparaissaient les petits villages russes ; ils se détachaient brusquement sur un fond d'une blancheur éblouissante. L'aspect de ces pauvres communes rurales a quelque chose de profondément touchant pour moi. Les maisonnettes se pressent Tune l'autre, aimant mieux brûler ensemble que de s'éparpiller. Les champs sans haies ni clôtures , se perdent dans un lointain infini derrière les maisons. La petite cabane pour l'individu, pour la famille ; la terre à tout le monde, à la commune.

Le paysan qui habite ces maisonnettes est resté dans le même état où les armées nomades de Tchengis-Chan le surprirent. Les événements des derniers siècles ont passé au-dessus de sa tête, sans même éveiller son insouciance. C'est une existence intermédiaire entre la géologie et l'histoire , c'est une formation , qui a un caractère , une manière d'être, une physiologie — ^mais non une biographie. Le paysan rebâtit, au bout de deux ou trois générations, sa maisonette en bois de sapin, qui dépérît peu à peu, sans laisser plus de traces que le paysan lui-même.

Parlez lui cependant, et vous verrez de suite si c'est le déclin ou l'enfance , la barbarie qui suit la mort ou la barbarie qui précède la vie. Mais d'abord parlez lui sa langue, rassurez-le, montrezlui que vous n'êtes pas son ennemi. Je suis bien loin de blâmer la crainte du paysan russe à l'en-

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