XIV INTRODUCTION
sans argent. J'enverrai de suite chercher le commissaire du district , il ne demeure pas loin ; huit lieues d'ici — ^pas même , sept et demi. En attendant, si votre grâce voulait prendre un peu de thé?...."
— "Mais , est-ce que vous êtes fou par hasard , lui dit l'officier d'un ton de désespoir? Comment voulez-vous que je perde mon temps à attendre le commissaire ? Donnez-moi des chevaux, donnezmoi des chevaux...." ^
Ma voiture était attelée ; je ne sais pas comment l'histoire s'est terminée. Mais on peut être sûr que l'officier a été floué. Mon postillon souriait tout le long de la route. L'histoire de l'officier lui trottait dans la tête. — "C'est une tête chaude , l'officier", lui dis-je. — "Cela ne fait rien. Il n'est pas le premier ; nous 'avons bien vu, dès le commencement, qu'il se fatiguerait bientôt."
Il suffit d'un trajet de deux heures pour
entrer dans un autre monde. C'est comme un changement à vue au théâtre. Le terrain devient plus accidenté, même légèrement montagneux, le chemin serpente, — ce n'est plus cette Ugne droite , infinie , tracée sur un océan de neige , que Miçkewitz a si bien décrit.
La première maison de poste Uvonienne était située sur une montagne. J'entrai dans la "Passagier Stube." Il régnait autant de propreté, autant d'ordre dans cette chambre, que si on l'eût peinte la veille, ou qu'on attendît une visite le lendemain. Du sable sur le parquet, des géraniums et des rosmarins sur les fenêtres, un piano de quatre