‹ Du développement des idées révolutionnaires en RussieChapitre 21 sur 24 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

qu'à gagner, nous n'avons rien à perdre. Nous obéissons par contrainte^ nous prenons les lois qui nous régissent pour des prohibitions, pour des entraves et nous les enfreignons lorsque nous le pouvons ou l'osons ; sous ce rapport point de scrupule. Chez eux, au contraire, une partie de la loi est prise au sérieux ; l'enfreindre serait un crime à leurs propres yeux. Cette partie soutient l'autre, dont l'absurdité est évidente pour tous.

Ils ont une moralité fixe — nous, un instinct moral.

Ils ont sur nous l'avantage d'avoir des règles positives, élaborées ; ils appartiennent à la grande civilisation européenne. Nous avons sur eux l'avantage des forces robustes , d'une certaine latitude d'espérances. Là où ils sont arrêtés par leur conscience, nous sommes arrêtés par un gendarme. Arithmétiquement faibles, nous cédons ; leur faiblesse est une faiblesse algébrique, elle est dans la formule même.

Nous les froissons profondément par notre laisseraller , par notre conduite , par le peu de ménagement des formes, par l'étalage de nos passions demi barbares et demi corrompues. Ils nous ennuient mortellement pSr leur pédantisme bourgeois, par leur purisme affecté, par leur conduite irréprochablement mesquine.

Chez eux enfin un homme qui dépense plus de la moitié de ses revenus est taxé de fils prodigue, de dissipateur. Un homme qui se borne chez nous à ne manger que ses revenus est considéré comme un monstre d'avarice....

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