‹ Du Développement Des MembresChapitre 31 sur 39 · AN · texte numérisé non relu

AN

système fibreux du lit dermique de l’ongle. « Ce ligament nettement dessiné chez le fœtus, long de 11 em., divise une coupe faite suivant l'axe longitudinal du doigt, en deux étages tout à fait distincts : l’un, situé au-dessus du ligament, répond à la région du manteau, du lit et de l'angle de l’ongle; l’autre, situé au-dessous, répond à la lame vasculaire de la pulpe. Cette lame de la pulpe, formée de tissu embryonnaire lâche, court sur la face inférieure du doigt, se relève sur ses faces latérales et dessine à son extrémité, en se développant, la pulpe digitale antérieure. C’est son relèvement général dans tous les sens qui détermine ainsi la sertissure de l’ongle. »

Rerrenen (loc. cit) se demande si le rôle de ce ligament fibreux est assez important pour déterminer la brusque réflexion en bas du lit onguéal. Il remarque que sur l'embryon, alors qu’il n’existe aucune trace de l’ongle, la phalangette n’occupe pas l'axe central du bout des doigts, mais qu’elle est beaucoup plus rapprochée de la face dorsale. Pour cet anteur, le rôle essentiel dans la délimitation du lit de l’ongle appartient au développement plus considérable des couches épithéliales dans toute la région unguéale. « C’est l’accroissement de la portion épidermique qui repousse sur les bords, aussi bien qu’en arrière, la partie la plus antérieure du derme et détermine les sillons déjà bien marqués sur le fœtus de 7 em., 10 ».

Rerrener, d'accord avec M. Renaur, signale l’apparition des papilles du derme sous-onguéal sur le fœtus de 7°%, 40, contrairement à Una, qui indique leur présence seulement à la fin de la période fœtale.

L’aire pigmentée (lunule) résulte de modifications qui surviennent dans l’épiderme de la matrice unguéale dès la période fœtale ; sur l’embryon de quatre à cinq mois, on peut déjà constater un renflement épidermique en forme

de croissant sur la portion antérieure de la matrice unguéale. C’est en ce point que les cellules du corps muqueux subissent des modifications différant de celles de l’épiderme en général et qui aboutissent à la production de la substance cornée unguéale. Jusqu'à l'apparition de l’aire pigmentée, il n’y a pas d'ongle à proprement parler; plus tard, ce sera encore l'aire pigmentée qui présidera à l’accroissement de l’ongle, comme elle a présidé à sa formation (Una, Rexaur, RETTERER).

M. le professeur Sarrey fait jouer à la matrice de l’ongle le rôle principal : «elle joue à l'égard de l’ongle le même rôle que la papille des follicules à l'égard des poils; » Il reconnait aussi que le derme sous-onguéal prend part à la formation et à l'accroissement de l'organe. KôLLIKER attribue également la production des lamelles cornées de l'ongle à toute la couche muqueuse du lit de la matrice ; mais iladmet que la production des lamelles est plus abondante au fond de la rainure qu'à la surface du lit.

Ainsi produit et poussé en avant, l'ongle primitif, toujours recouvert de l’épidermicule, s'avance par-dessus le lit de l'ongle; vers la fin du sixième mois, il rompt l’éponychium et montre son bord libre. Pendant le neuvième mois de la grossesse, l’épidermicule (éponychium, périonyx) commence à se détruire dans son milieu d'avant en arrière; après la naissance, cette destruction continue, mais elle ne s'achève jamais; en effet, la périphérie de cette lame persiste toujours et constitue notre périonyx (ARLOING).

Du 90° au 120° jour, les ongles se montrent sous la forme de petites plaques minces et membraneuses; du 120° au 150°, ils prennent une consistancecornée ; du 480° au 210° jour, les ongles déjà plus longs n'arrivent pas encore à l'extrémité des doigts ; du 210° au 240°, les ongles recouvrent toute la dernière phalange; sur le fœtus à

terme, les ongles.ont la dureté de la corne; ils recouvrent , F LA AA ,

et dépassent l’extrémité des doigts, mais non pas celle

des orteils (Pinarp).

Homologie de l’ongle de quelques Primates et des productions cornées digitales des Mammifères. — Peut-on rapporter à un type commun, à une forme originelle les variétés de formes observées dans les productions cornées ? J. E. Boas (Morph. Jahrbuch 1884, cité en th. Rerrerer)a comparé entre elles les productions cornées que l’on rencontre aux extrémités des membres chez un certain nombre d’animaux adultes (Homme, Singe, Rat, Hérisson, Chien, Rhinocéros, Cheval, Ruminants), et il a conclu de ses observations que la forme originelle de toutes ces productions est la griffe des Carnassiers et des Rongeurs. M. Rerrerer, dont le travail met si bien en évidence les analogies de structure et de développement de ces organes, se refuse à conclure, et demande un supplément d’enquête; il donne comme motif principal de sa détermination qu’il a toujours vu des distinctions essentielles propres à chaque groupe s’établir, dès le début, dans les pièces squelettiques et dans les productions cornées. Il nous semble que le théâtre est un peu petit pour des observations de ce genre et que l’on est en droit de conclure, de ce qui se passe dans les extrémités envisagées dans leur ensemble, à une évolution analogue pour chacune des parties qui les composent. ,

Rerrerer rapporte la cause prochaine de la forme et de l'étendue de l’ongle chez l’Homme aux mêmes causes qui régissent la forme et l'étendue des productions cornées des Mammifères :

4° A la configuration du bout terminal de la phalangette ;

9 Au développement inverse des tissus sous-cutanés de

Poirier. 8

la face dorsale, d’une part, des côtés latéraux et de la face palmaire d’autre part.

Il en est de même chez les divers Mammifères (Du- MÉRIL). ’

Jarnon (Th. de Paris, 1836) établit le premier l’homologie entre l’ongle de l'Homme et le sabot des Solipèdes. ReTrerer, s'appuyant sur une étude approfondie des phénomènes morphologiques du développement et des connexions, a pu préciser et montrer que la partie dorsale de la griffe des Carnassiers et des Rongeurs est l’homologue de l’ongle de l'Homme.

Chez les divers Mammifères, le derme et l’épiderme qui révêtent la 3° phalange sont constitués d’une façon identique. Le premier est lisse et est formé de tissu conjonctif jeune. Le second n’est composé que d’une ou de deux assises épithéliales possédant les caractères des cellules de Malpighi. Selon la forme de la phalangette, le tissu corné prend une extension plus ou moins notable. « Pendant que chezl’Homme le pli ectodermique supérieur, « les plis latéraux et le sillon antérieur limitent la produc- «tion cornée à la face dorsale du bout des doigts, on «remarque chez les Carnassiers et les Rongeurs une exten- «sion latérale beaucoup plus prononcée de l’invagination « supérieure, l’absence du sillon antérieur et une invagi- «nation semblable de l’ectoderme à la face palmaire. Au « lieu de la pulpe palmaire qui terminele doigt de l'Homme, &ilya en cet endroit production de substance cornée « chez ces animaux. C’est ainsi que se forme l’étui corné « qui entoure toute la portion terminale de la 3° phalange « des Carnassiers et des rongeurs. » (Rerrerer, loc. eit. p. 224). Cependant, chez les animaux un coussinet plantaire subsiste au-dessous du repli sous-onguéal. Il cor-

respond manifestement à la portion supérieure de la pulpe palmaire chez l'Homme.

Chez les Mammifères pourvus de sabots, toute la 3° phalange est enveloppé d’une façon plus ou moins complète de substance cornée. Sauf des variations secondaires de développement, consistant essentiellement dans de sim ples inflexions marquant le passage d’une région à une autre, les parties homologues se trouyent chez les Poreins, les Ruminants et les Solipèdes. C'est ainsi que le bourrelet correspond au repli sus-onguéal de l'Homme, quoiqu'il produise de la corne dure; la paroï est l’homologue de l’ongle, de même que les feuillets du tissu podophylleux ne sont que des crêtes dermiques du lit de l’ongle énormément développées. La sole et le tissu velouté de la face plantaire des animaux à sabots correspondent à la pulpe palmaire, Le coussinet plantaire, la fourchette et les barres des Ruminants et des Solipèdes résultent d’une évolution plus complète du derme et de l’épiderme à la portion supérieure de la face plantaire de la 8° phalange.

Page 1