‹ Du Développement Des MembresChapitre 35 sur 39 · RE L · texte numérisé non relu

RE L

Voici comment M. Daresre applique cette théorie au cas particulier des anomalies dans le développement des membres. Notons que cette théorie est déduite des expériences et des observations de l’auteur sur la tératogénie de l’embryon de la poule ; mais l’unité de type de tous les animaux Vertébrés, établie par l’embryogénie, justifie l’emploi de cette méthode inductive. (L'auteur a pu la vérifier dernièrement sur un fœtus de Mammifère.)

Les bourgeons cellulaires des membres, absolument semblables au début, s’allongent peu à peu; puis ils se segmentent et leurs segments s’infléchissent les uns sur les autres; bientôt ils se disposent de telle sorte que les deux membres se font face par celui de leurs côtés qui contiendra plus tard les muscles extenseurs. Si l’on suppose que l’amnios, au lieu de continuer à se développer en s’éloignant de l'embryon, comme à l’état normal, reste appliqué contre lui, les membres viendront se heurter contre un obstacle qu’ils ne peuvent déplacer et leur évolution sera nécessairement modifiée. Tantot ils s’arrèteront totalement ou partiellement; tantôt, ils évolueront à peu près complètement, mais en infléchissant leurs segments les uns sur les autres, d’une manière anormale.

Si la pression de l’amnios arrête l’évolution des membres au moment même où ils commencent à apparaître, ils resteront dans leur premier état cellulaire. Aïnsi sera constituée l’ectromélie. Si la pression n’agit qu’un peu plus tard, quand déjà le membre a commencé sa segmentation, la compression pourra ne plus frapper que certains de leurs segments qui seront alors frappés d’arrêt de développement, pendant que les autres continueront à évoluer. L’hémimélie résultera de la compression des derniers segments des membres, main ou pied; la phocomélie, de la compreg

sion des segments intermédiaires, bras et avant-bras, cuisse et jambe.

Des compressions plus limitées donneront lieu à des arrêts de développement partiels qui n’atteindront que certaines parties d’un segment; des orteils manqueront en plus ou moins grand nombre (ectrodactylie), ou bien ils resteront attachés les uns aux autres, par suite de la permanence du blastème cellulaire qui les unit primitivement. A l’avant-bras, on verra parfois manquer le radius ; à la jambe, le péroné, et, avec ces os les muscles qui les accompagnent.

M. Daresre explique également par la compression les faits de déviations congénitales. Si les membres, dit-il, viennent se comprimer contre l’amnios, il arrive, tantôt, que certains segments ne s’infléchissent pas sur ceux qui les précèdent, d’où résulte la permanence de dispositions embryonnaires, tantôt qu’ils s’infléchissent sur ceux qui les précèdent autrement que dans l’état normal. Car, dans ces conditions, les os, et particulièrement leurs surfaces articulaires, se produisent dans ces blastèmes modifiés par la pression de l’amnios avec des caractères particuliers, différents de ceux de l’état normal.

Un certain nombre de luæations congénitales résultent certainement de dispositions originairement anormales des surfaces articulaires. Si les luxations congénitales du fémur ne se produisent le plus souvent qu'après la naissance (Verneuil, Daiix),il en estcependant pour lesquelles le fait de la congénitalité est incontestable; parmi ces dernières, M. Daresre range celles dans lesquelles il y a absence primitive de la tête et du col du fémur et absence de muscles,

Il insiste sur ce fait que la déviation des membres est antérieure à la formation des os, des ligaments et des mus-

Page 1