COSIMENT AVONS-NOUS FAIT NOTRE DEVOIR
A vrai dire, nous l'avons aussi mal fait que possible.
Il est bien entendu que je ne parle ici que des catholiques laïques; ce que j'ai dit, en commençant ces pages, de la conduite de rEpi>copatet du clergé montre assez, je l'espère, que je ne songe pas à adresser l'ombre d'un reproche semblable au corps ecclésiasti(|ue. Je n'examine pas, du reste, s'il en a fait assez, s'il pouvait ou devait en faire davantage : je constate seulement que les laï([ues n'ont ri n rail,oua peu près rien, pour répondre au zèle et au dévouement de leurs pasteurs, et j en rougis comme chrétien et comme laïque.
Ce qu'on aime surtout en France, quand par bonheur on n'est pas enrégimenté par soi-même ou par les siens dans l'innombrable armée des fonctionnaires, c'est de blâmer le pouvoir, c'est de l'attaquer de loin, non pas pour lui résister, ou pour le réformer, le réprimer, le contenir dans de justes bornes, mais dans l'espoir de s'en emparer un jour et de l'exploiter à son tour. En attendant, on se donne la consolation de critiquer ce qu'on n'a ni le courage de combattre ni la volonté d'améliorer.
Les catholiques ont ce godt dt'pravé tout comme les autres Français, ils attaquent très-volontiers M. Villemain, M. Thiers, M. Cinizot, et il faut avouer ({u'ils ont mille bonnes raisons pour cela.
Mais pour avoir le droit de blâmer et de critiquer, il faut être soi-même k l'abri de tout reproche.
Par exemple, vous accusez les dépositaires du pouvoir de n'avoir pas tenu leurs serments à la Charte, en ce qui touche à la Liberté religieuse et à la Liberté d'enseigncmL'nt.
Mais vous, avez-vous bien tenu les vôtres, ces serments de fidélité k l'Eglise, prononcés pour vous à votre baptême, et renouvelés par vous-mêmes k votre entrée dans la vie chrétienne, et chaque fois que depuis vous avez fait profession publiijue de Catholicisme?
Vous les accusez d'asservir la Liberté religieuse, et vous avez mille fois raison. Mais vous, qu'avez-vous fait pour l'affranchir? qu'avez-vous fait pour le Dieu de vos pères? (juavez-vous fait pour cette Eglise qu'il a prise pour épouse, qu'il vous a donnée pour mère? qu'avez-vous fait de ce zèle, de ce dévouement, de ce courage dont il a déposé les germes heureux dans votre cœur, et dont il estime l'offrande plus haut que tous les holocaustes d'icibas?
Trois ou quatre d entre vous ont combattu pour tous; vous les avez regardes faire comme si ce n'était pas de vous qu'il s'agissait; et vous avez recommencé k blâmer, k censurer, k critiquer, en ayant soin de vous dérober, je ne dis pas seulement k tout danger, mais à toute peine, k toute gène, à tout sacrifice.
De quel droit, par exomiile, ftM'iez-vous un reproche à M. Guizot do ne pas faire pour vous ce que vous ne savez pas faire pour vous-mêmes? Il n'est pas catholique comme vous et ne croit pas à l'Eglise, à ses droits, à ses immortelles destinées, comme vous; il n'est pas, selon une expression désormais parlementaire ', de ceux qu'on confesse, comme beaucoup d'entre vous; au fond, il ne s'est jamais engagé à rien qu'à étudier et à respecter les faits. Vous, au contraire, vous êtes tenus, strictement tenus, et obligés de faire tout ce qui vous est humainement possible pour le bien de l'Eglise et du prochain, c'est-à-dire de la société et de 1 Etat; vous êtes strictement tenus de consacrer à cette œuvre tout ce qu il a plu à Dieu, dans son infinie misi^ricorde, de vous donner de fortune, de loisir, de capacité; et qu'avezvous fait pour remplir cette obligation?
Quoi ! ces hommes politiques, les uns protestants, les autres rationalistes, seraient tenus d'être justes, vigilants, dévoués, persévérants pour vous, de braver les préjugés, de compromettre leur influence, de jouer leur existence politique, pour voire l)ien?
Et vous, chrétiens, vous catholiques, vous ne seriez obligés à rien!
A eux d avoir du courage pour vous, de lutter contre les passions, les préjugés, le» difficultés de tout genre pour votre avantage. Â vous de les regarder faire, de juger les coups et de ne vous exposer à rien!
1 Discours de M. D upin aîné, \9 mars 1844.
Mais ce serait la plus sanglante des injustices, si ce n'était la plus ridicule des illusions.
Oui, cela est vrai, le gouvernement est tenu d'observer la Charte, de veiller aux droits et h la liberté de chacun; mais vous êtes tenus bien plus strictement encore de l'y exciter, de l'y contraindre, de peser sur lui de tout le poids que devraient vous donner votre nombre, votre conviction et votre courage.
Où sont les insensés qui croiraient au dévouement volontaire, au désintéressement chcvalerescjuc des gouvernements de nos jours? En dehors de la foi catholique, ces vcrtus-la ne sont guère possibles. Chez les gouvernements calholiiiueseux-mèmes, quand il yenavail, combien de l'ois se sont-elles rencontrées?
On connaît et on admire les grandes et salutaires réformes (jue vient de conquérir l'Angleterre. Mais seraitce par hasard le pur amour de la justice qui a porté sir Robert Peel à émanciper les calboli((ues en 1829, à abolir la législation des céréales en 1846? Tout le monde sait qu'il n'en est rien. Sir Robert Peel a commencé par combattre de toutes ses forces, pendant vingt et trente ans de sa vie, les mesures qu'il a faii triomphalement passer depuis; et pourquoi les a-t-il fait triompher? Uniquement parce que, d'une part, les catholiques irlandais, après un siècle de torpeur, sont devenus la grande difficulté de l'Angleterre^ ; parce que,
* Expression de sir Robert Peel lorsqu'il a repris le pouvoir en 184t.
de l'autre , les ligueurs * ont payé de leur personne et surtout de leur bourse, ont tiré de leurs poches plusieurs millions avec lesquels ils ont fondé d'innombrables journaux, entretenu un mouvement colossal, et battu en brèche, par les seules armes de la discussion, l'édifice de l'oligarchie agricole. Oh ! alors, sir Robert Peel a trouvé sans peine dans l'arsenal de la justice et de la raison d'admirables arguments en faveur de la liberté religieuse, de la liberté des échanges, en un mot, de tout ce qu'il avait combattu jusque-là à l'aide de la routine et des préjugés, et aux applaudissements des hommes à préjuges et des hommes de routine.
Tous les ministres éminents, y compris M. Guizot, feront de même quand ils y seront contraints. M. Guizot, qui nous combattait sans réserve en 1844, a déjà fait bien du chemin pour en venir où il est en 1846. Que dis-je, M. Guizot? mais M. Thiers, lui-même , redevenu ministre, fera le même progrès, si vous savez l'y contraindre. N"a-t-il pas dit bien haut, dans un de ses discours de cette année : Je suis h très-humble serviteur des faits? C'est assez dire qu'il sera le vôtre, si vous le voulez, et qnand vous le voudrez.
Soyez seulement un fait, au lieu d être une ombre , un bruit ou une ruine I
Mais à tout cela l'électeur catholique, le citoyen catholique, tel que l'a façonné l'éducation politique et re-
1 Partisans de la ligue contre la loi des céréales .Anti-corn-laiv teague.
lii2;i('iisc do notre tonips, a iino n'-ponso iniilo faite, ou plutôt une foule de réponses que voici :
« Nous ne sommes pas en Angleterre, mais en France; ce qui se fait de l'autre côté du détroit ne peut pas se faire ici. Je ne vais pas aux élections parce que je ne me suis pas fait porter sur la liste électorale; et je n'ai pas voulu être sur la liste ])arcc que cela m'aurait fait aller au jury. D'ailleurs, qu irais-je faire au milieu de tous ces gens de mauvaise compagnie, qui vendent ou qui achètent desconsciences?Prccisément au moment où 1 on va faire les élections, j'ai à prendre les bains de mer avec ma femme et mes enfants. On le sait bien, je ne me mêle de rien; je ne suis pour rien dans tout ce qui se fait; je ne m'occupe que de mes petites affaires; je ne sais pas ce qu'on me veut. Ces agitateurs catholiques commencent à m'ennuyer considérablement. Tout cela ne mènera à rien. Tant que M. Guizot sera ministre, je ne veux pas être sa dupe; la corruption débordera; le mal se guérira par son propre excès. Advienne que pourra. Et puis, si après tout ce gouvernement se consolide, il faudra bien une carrière |)our mes enfants; et le gouvernement est le maître de cette carrière. Si Henri V revenait, tout s'arrangerait; mais en attfndant,si jefaisde la peineàmon souspréfet, mon fils pourrait bien être refusé au baccalauréat. Quant à moi, je reste dans mon coin; je m'occupe d'améliorer mes terres, d'augmenter ma fortune, de préparer la dot de mes enfants. On me parle sans cesse des devoirs du père de famille : les voilà, ces devoirs! je les remplis de mon mieux. Encore une fois, que me veut-on?
Je fais mes Pâques; je fais maigre le vendredi et le samedi; je ne donne aucun scandale; je me renferme dans les devoirs de mon élat. i>
Cela dit, le cœur froid, l'esprit distrait et la bourse soii;neus(M>ieut fermée, iélecleur calholique déplie dune main dédaigneuse quelque journal plus ou moins religieux qu'il laisse tomber hiontôl, parce que les feuilletons n'en sont pas assez amusants pour distraire son oisiveté.
Insensés! qui ne voient pas que celle odieuse nonchalance les condamne à vivre en France comme vivent les voyageurs anglais à Boulogne, en Touraine ou ailleurs, sans autre droit que celui de leurs richesses; jouissant de la douceur du climat, du soleil, des routes, des eaux, de la sécurité matérielle qui les entoure, mais étrangers à tous les droits, indifférents à tous les devoirs qui constituent la patrie.
Vous avez cependant un besoin impérieux des garanties sociales, dont vous abandonnez la direction et l'emploi à des mains étrangères et quelquefois hostiles. Ah! si vous viviez comme les solitaires d'Egypte, dans des cavernes, sans autre nourriture que des dattes, on concevrait ce fier dédain du milieu social où vous êtes placés. Mais il vous faut au contraire toutes les ressources et tous les raffinements de la société civilisée de nos jours : des gendarmes pour veiller sur vos personnes et vos biens; des tribunaux pour défendre votre droit de propriétaire contre ceux qui aimeraient fort à partager avec vous; des chenùns de fer pour vous transporter
comme le vont de voire maison de ville à votre maison de campagne; des laril's de douane pour prot 'gcr le placement des produits de vos terres ou de vos usines. 11 vous faut absolumon! tout cela, et mille choses encore, qui composent le mécanisme compli(|ué de notre organisation sociale etquisniit 1 objet de la préoccupation quotidienne des pouvoirs publics. ÏA vous croyez qu'il vous est permis en conscience de jouir en paix de tous ces bienfaits, par cela seul que vous payez exactement vos contributions (ce qui vous serait du reste imposé par la force)? Vous croyez qu'une fois la quittance du percepteur reçue, vous êtes libres de consacrer exclusivement votre activité et votre intelligence à tapisser un appartement ou à construire un équipage? et que vous êtes dispensés de payer en outre à la société, quels que soient ses chefs, pour prix de tant de biens et de tant de soins, le tribut de votre capacité, de votre dévouement, de votre vigilance, et, s'il le faut, de vos fatigues et de vos dangers?
Hélas ! oui ; ils le croient et ils agissent en conséquence.
Ah ! s'il fallait à ces Français trop nombreux qui tiennent une si piteuse conduite ; à ce restant de vieille noblesse qui met sa gloire k rivaliser de luxe avec nos parvenus de la banque, sans y réussir; à cette jeunesse étiolée qui n'a de viril que la barbe ; à tous ces lâches catholiques , à tous ces indignes Français qui voient trahir sans honte la Religion et la patrie ; s'il leur fallait un drapeau pour le métier qu'ils font, à coup sûr il
laïuîrait leur donner pour enseigne ce suâarnim dont parle l'Evangile, cet ignoble fourreau dans lequel le serviteur inutile et paresseux ne sut qu'enfouir les trésors que son maître lui avait confiés pour les faire valoir. De ore lun ju.lico, serve ne(iuain... El imilihm servum ejici'le in leiwbras ex le ri or es ; illic eril fie lus el slridor deulium.
« Je me renferme dans les devoirs de mon état. » Voilà encore ce qu'on entend dire chaque jour à d'excellents calholiciues, à des hommes qui donnent peutêtre 50,000 francs par an en bonnes œuvres, et qui ne donneraient pas 50 francs pour soutenir, par leur abonnement, un journal catholique.
Mais que diriez-vous donc d'un domestique à qui l'on viendrait annoncer que la maison de son maître est en feu, et qui répondrait : « Peu m'importe, ce n'est pas mon état ; je suis cuisinier ou palefrenier; je ne suis pas pompier? »
Que diriez-vous d'un tisserand qui resterait cloué à son métier, quand on lui montrerait le toit qui le couvre prêt à s'écrouler sur sa tête, et qui refuserait d'aider à l'étayer, en répondant : « Je n'y suis pour rien ; je suis à mon métier ; ce n'est pas mon état de faire autre cliose ; je ne suis pas maçon ? »
Que diriez-vous enfin d'un passager qui refuserait de se mettre aux pompes quand le navire fait eau de toute part, toujours en disant : « Ce n'est pas mon état ; je ne suis pas matelot? »
Que répondrait-on à ces lâches, à ces insensés ? On
leur (lirait : Eh l)ion, si ce n'est pas votre état, apprenezle, pour votre salut et celui de tous.
Mais aux citoyens eatholiijues (1(> France qui parlent ainsi, on peut dire de plus, comme nous esj)érons lavoir démontré plus haut : Vous vous trompez grossièrement, si vous croyez (juc votre état n'est pas de vous intéresser au gouvernement de votr(^ |)avs. Autrefois, il se peut, voire ctai eût été d'obéir; aujourd liiii votre élal, votre métier, voire devoir est de contrôler le pouvoir et d'intervenir dans son exercice.
L'existence des dispositions que je viens de dénoncer n'est que trop avérée dans le passé et dans le présent. Yoila ce qui a été, voilà ce (piiesl, mais voilà ce (|ui ne peut plus èlre, et c'est parce que j ai la conviciicn intime qu il n'en sera plus ainsi dans l'avenir (|uc j'ai parlé avec cette liberté , :;ans réserve et sans détour.
Maintenant passons à cet avenir.
Yl
(JLE FEKONS-NOUS DÉSORMAIS?
Nous lavons dit, et nous voudrions le repeter aux catholiques chaque jour et à chaque heure du jour :
Le gouvernement, quels qu'en soient les chefs et les ministres, ne fera jamais rien pour nous, ii moins^d y être contraint.
Pouvons-nous l'y contraindre :' Oui.
Comment le pouvons-nous? Par 1 exercice rei^ulier, légal et persévérant de notre droit électoral.
Nous le pouvons d'abord dans les prochaines élections, oii tout le monde s attend à notre intervention, et ou tout le monde recherche notre concours.
Nous le pourrons ensuite, et plus encore, dans les élections futures, à mesure que nous sortirons de notre inexpérience et que nous protiterons de nos défaites pour mieux préparer notre victoire.
Nous le pouvons dès à présent, et surtout dans les élections municipales, si honteusement abandonnées aux influences de cabaret , et si importantes, nonseulement pour le bien-être matériel de chaque localité, mais encore et surtout pour la liberté du culte,
de renseignement et de la charilé, jusque dans les moindres hameaux de France.
Calholiquos, (jui vous plaii^ncz de l'abaissement des partis et de la patrie, voulez-vous sérieusement y porter remède?
Allez aux élections, et là, constatez par votre présence et votre action la présence d'un esprit nouveau, l'action réparatrice d'un parti d'honnêtes gens, sans hostilité systématique envers qui que ce soit, mais irrévocablement résolus h faire valoir leurs droits, et heureusement capables d'opérer la réforme radicale qu'exige la morale publique en France , sans bouleversement , sans agitation, sans que personne ait à se plaindre, si ce n'est un monopole condamné par la Charte et une bureaucratie qui succombe elle-même sous le faix de ses usurpations.
Youlez-vous sincèrement récupérer le droit d'élever les enfants que vous avez mis au monde, de la façon qui vous convient le mieux , et que votre conscience d'ailleurs vous impose? Voulez-vous sérieusement rentrer dans la possession pleine et entière de ces enfants que vous dispute un fantôme avide, sous le nom de l'Etal'^
Allez aux élections, et, en échange de vos votes, demandez aux députés que ces votes feront nommer, de vous rendre les âmes de vos enfants. Apprenez-leur que les réclamations de vos évêques ne sont pas sans écho dans vos cœurs, et que ces prélats ont derrière eux une armée de pères de famille résolus à reconquérir la plénitude des droits de la paternité.
Voulez -vous empêcher la prolongalion indéfinie, laggravalion quotidienne d'un régime qui assimile l'Eglise à une grande administration publique, gouvernée, censurée, dirigée, reformée, enchaînée et mutilée au besoin par des mains laïques? Trouvez-vous mauvais que les pasteurs qui gouvernent et éclairent vos consciences puissent être eux-mêmes gouvernés et éclairés, dans les questions les plus délicates du culte, de la discipline, et quelquefois de la conscience, par des avocats qui seraient à coup sûr fort embarrassés de répondre a quatre questions du Catéchisme? Trouvez-vous mauvais qu'un archevêque s'adresse à M. Martin [du Nord) pour savoir comment il doit célébrer la fête de l'Ascension , et que le même M. Martin (du Nord) fasse des circulaires aux évêques sur la liturgie, ou pour leur dire de prier pour le Pape, comme s'il était l'intermédiaire naturel entre le Pape et les évêques, ou bien encore, comme s'il était le préfet de la Congrégation des Rites à Rome?
Alors allez aux élections , et votez pour celui qui réclamera et maintiendra énergiquement la distinction du temporel et du spirituel, et qui blâmera aussi sévèrement ces incartades du ministre des Cultes qu'il blâmerait les circulaires d'un archevêque de Paris sur les fourrages ou le casernement des troupes de la P*= division militaire.
Voulez-vous empêcher que désormais on aille mendier à Rome, par de ténébreuses intrigues, le sacrifice de vos droits les plus chers, les plus vaillamment défendus, et qu'on transporte ainsi , de l'arène des débats publics aux bas-fonds de l'intrigue et de la diplomatie, les qucs-
lions (jiii intoiTSscnl le plus noire diii;nile de citoyens et noire liherlé de chrétiens?
Allez aux élections, et habituez les députes qui ont ap])lau(li à cette politiijiu', el t|ui y c()ni|)tent j)our 1 avenir, hal)iluez-les a se dire qu ils trouveront désormais au sein de leurs collèges électoraux des chrétiens courageux et sincères qui entendent arracher aux ruses de la po- ]iti(|ue de cabinet, les droits imprescrintiblcs de la loi de leurs pères, el les établir sur les lois et les mœurs nouvelles de la France.
Voulez-vous empêcher que certaines nominations épiscopales, qui ont déjà excite de justes inquiétudes, ne soient suivies d'autres choix qui seraient un scandale et une honle; ou, pour parler plus clairement, voulez-vous empèclierque ce groupe de prêtres servilesqui assiègent chaque prélecture et (|ui peuplent les antichambies de l'ambassade de France à Rome, ne devienne Tunique pépinière de l'Épiscopal i'utur?
Allez aux élections, el apprenez-y aux préfets et aux minisires qu ils auront k compter avec vous comme citoyens avant de pouvoir vous imposer des pasteurs destinés à amortir votre zèleet votre énergie! Apprenez-leur que ce n'est pas dans l'intérêt du clergé, mais bien dans le vôtre, dans celui des laïques, que vous réclamez ia Liberté de l'Eglise; parce qu il vous importe pardessus tout ici-bas que les guides et les directeurs de vos consciences ne soient jamais soupçonnés d'exercer cet empire au prolil d'un pouvoir laïque ; parce que vous vous détitz surtout, el à bon droit, d un pouvoir qui, se
croyant eu dehors et au-dessus de la Religion , ne compte lrou\er eu elle qu'un instrument de dominalion, et invoque laulorité de l'Eglise pour nous imposer un frein qu'il ne veut pas subir lui-même.
Voulez-vous mettre un terme à celle exploitation politique du culte, telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui par les agents et les candidats de l'administration? à ce honteux commerce des choses saintes, où les tableaux d'église, les ornements, les orgues et le reste sont devenus un appoint des marchés politiques? à ce système de sollicitation permanente qui compromet et humilie le clergé? à ce mépris des convenances, qui permet de décerner comme une faveur à nos évoques, aux princes de 1 Eglise, cette même décoration de la Légion -d'Honneur, que l'on prodigue à des courtiers d'élections, à des auteurs de feuilletons ou de vaudevilles?
Allez aux élections, et forcez le pouvoir à reconnaître que, quand même il aurait réussi à capter le clergé, cela ne lui suffirait pas, et qu'il y a désormais, dans la vie politique, des catholiques qui seront froisses au lieu d'être gagnés par ces pitoyables manèges, qui veulent desdroils et non des faveurs, et qui tiennent que, chez l'homme d'église comme chez le chrétien laïque, il doit y avoir aa^si peu du valet que du tribun.
Voulez-vous empêcher à tout prix que le clergé ne soit tenté de reprendre vis-à-vis de la dynastie d'Orléans la même attitude d'empressement servile et de solidarité politique qu'on imputait au clergé de la Restauration vis-à-vis de la branche aiuée?
Allez aux élections, el Ui, montrez au clergé que vous êtes une force capable de le soutenir, et qu'il trouvera dans vos sympathies, dans voire dévouement, dans votre 6neri;;ie civique, cet appui temporel qui lui est indispensable pour lutter contre la malice de tant d'adversaires, et qu'il serait contraint de chercher malgré lui, à, votre défaut, dans la déplorable alliance des pouvoirs politiques.
Enfin, voulez-vous, dans un autre ordre, réagir contre cette corruption électorale qui gangrène de plus en plus le pays, dont tout le monde est coupable, les ministres moins encore peut-être que les députés, les députés moins encore que les électeurs? Voulez-vous bouleverser ce système odieux, où tous les emplois, tous les services et tous les besoins publics, les roules, les ponts, les ports, les digues, les défrichements, les secours aux pauvres, aux écoles, aux hospices, aux arts, en un mot tout ce que l'Etat entreprend (et que n'entreprend-il pas?), depuis le chemin de ferjusqu'à la réparation de votre clocher, est transformé en denrée électorale, en marchandise politique? où cet argent du budget, qui sort de nos poches, qui est à nous et non aux ministres ou à l'administration qui le dépensent, ne nous est rendu, à titre de service public, qu'après mille sollicitations, mille bassesses, mille sacrifices humiliants, qu'il vous répugnerait d'employer pour obtenir une grâce, et auxquels vous avez recours pour qu'il vous soit payé une dette?
Allez, allez aux élections, el la, forcez le pouvoir qui corrompt, el le pays légal qui veut être corrompu, à reconnaître en vous une phalange vraiment incorruptible,
faible par le nombre, mais forte et grande par votre dévouement, par votre discipline, par Y originalité, pour ainsi dire, de votre désintéressement au milieu de la cupidité générale , par l'énergie de votre volonté au railieu de cette génération énervée; forcez-les à faire cette découverte, en donnant pour point de mire aux candidats de votre choix la Charte et non le budget, en exigeant deux des droits et non des places.
En un mot, voulez-vous régénérer l'honneur, la dignité, la conscience du pays?
Allez donc aux élections, et votez vous-mêmes sous l'empire de cet honneur, de cette dignité, de celle conscience dont vous reprochez aux pouvoirs publics de manquer. Car, sachez-le: tant que vous n'aurez pas fait tout ce qui vous est humainement possible pour peser de tout votre poids dans la balance des destinées de votre patrie, vous n'avez pas le droit d'élever contre qui que ce soit Tomhre même d'un reproche.
Ajoulons ici que notre intervention, à nous, catholiques «t'a»/ /oî<i, dans les prochaines élections, n'est de nature à inspirer des alarmes à aucune des opinions sincères qui se partagent la France. Ne craignons pas de l'affirmer, les honnêtes gens de tous les partis, une fois éclairés sur la véritable nature de nos intentions, battront des mains à notre apparition sur la scène politique, où nous apporterons une force qui n'est systématiquement hostile à personne, et qui peut être utile k tout le monde.
Le langage que nous devons tenir à chacun des partis est de nature à être entendu par tous les autres. C'est
la moillonre pronvo do nolro infli'pondanro et rie notre, siiictMilé.
Aux uns nous dirons : Vous voulez consolider, enrariner le i;oiivernenient actuel, et vous êtes dans votre droit; mais pourriez-vous nous indiquer, dans tout le cours des siècles, un seul gouvernement (|ui ait pu s'enraciner en combattant les principes religieux, en desséchant la source du dévouement chrétien, en luttant avec l'Eglise? Vous avez encore présent à voire mémoire le souvenir du plus grand organisaleurde> temps modernes: lui aussi a voulu lutter avec l Eglise après l'axoir relevée de ses ruines. Est-ce que celte lutt", lui a porté bonheur? est-ce qu'elle a consolide son pouvoir? Oui, nous le savons; il y a de grands Etats, comme la Russie et l'Angleterre, qui ont fondé leur puissance sur leur hostilité systématique contre l'unité catholique, mais non pas, remarquez-le bien , contre la religion de leur propre peuple; tout au contraire, ces deux redoutables rivales de la France maintiennent, honorent et propagent, même aujourd hui. non-seulement la religion nationale, mais jusqu'aux préjugés religieux, qui sont une partie .'■i vivacedelexistence morale de ces peuples. Or, cequ'ily a de religieux en France est exclusivement catholique; froisser, enchaîner, abaisser le principe catholique, c'est abaisser, froisser et enchaîner le principe d'ordre, de paix, de sécurité, qui est pour tout gouvernement une si impérieuse nécessité. Et en vain essayeriez-vous de proléger, de propager le Catholicisme aux dépens de sa liberté! Un Catholicisme asservi à votre bureaucratie se-
rait, aujourd'hui surtout, une religion dérisoire, sans empire réel sur une seule àuie. On vous la dit et prouvé mille fois; la liberté de 1 Eglise, c est sa vie même. Elle n'est une force, une alliée utile qu'à ce prix; car telle est la glorieuse prérogative de l'Eglise catholique dètre d'autant plus utile, plus dévouée, plus reconnaissante qu'elle est plus libre. Il est impossible de concevoir la paixet la prospérité d'un pays chrétien sans l'accord entre l'Etat et l'Eglise; mais il n'est pas moins impossible de concevoir cet accord sans l'indépendance réciproque de l'une et de l'autre. On sait assez que celle de l'Etal ne court aucun danger; celle de lEglise seule est compromise. Il faut, à tout pri\, la garantir; car, ne l'oubliez jamais, elle n est pas la domestique, la concierge de l'hôtel que chaque occupant emploie à son tour; elle est le soleil qui éclaire et qui réchauffe tous ceux dont les yeux et les cœurs ne lui deuieurent pas opiniâtrement fermés.
A d'autres nous dirons avec une égale sincérité et un égal désintéressement : Vous désirez, vous espérez le retour du prince que notre dernière révolution a éloigné du trône de ses ancêtres. Mais comment concevez-vous celte restauration? Avec le progrès, le triomphe de l'incrédulité? Non, certes. Mais spriez-vous assez aveugles pour croire, après l'expérience de 1814 à 1830, que le fait seul de cette troisième restauralion , quelles que soient les causes qui l'eussent amenée, suffirait pour redresser le sens moral et religieux de la France, et qu'il serait donné à un roi de nos jours,
quanti même ce roi serait un second Henri IV, d'imposer ù son peuple la foi ou la pratique de la Religion? Non encore. Vous figurez- vous par hasard qu'un roi quelconque pourrait, le lendemain de son avènement au trône, détruire le monopole universitaire et proclamer laLiberté d'enseignement, et cela, avant que les catholiques aient montré énergiquement qu'ils voulaient cette liberté, avant que la France ne fût convaincue de sa nécessité et de sa légitimité? Non encore. Eh bien donc, travaillez alors avec nous, quel que soit l'avenir réservé à vos espérances, travaillez h améliorer ce fonds sur lequel tout édifice durable doit être élevé, à émanciper cette force bienfaisante qui ne saurait être ni l'ennemie, ni l'instrument de personne.
A d'autres enfin , parmi lesquels nos propres inclinations nous rangeraient le plus volontiers, nous dirons : Vous avez très-peu de souci des dynasties, des partis, des personnes qui occupent le pouvoir; votre ambition est , non pas de mettre ou de maintenir tel ou tel prince, telle ou telle famille sur le trône ; mais de développer la liberté générale, de régénérer le sentiment moral, de rehausser la dignité de la France et de l'humanité tout entière: et vous en êtes encore à croire que ces biens si précieux pourront être conquiset gardés par deshommes, non-seulement sans oi religieuse, mais sans respect pour la conscience d'autrui! Vous demandez qu'on élargisse les frontières de toutes les libertés, et vous applaudissez à ceux qui ne sont occupés (|u'à resserrer lesliens où destupidespréjugésont enfermé la foi, la conscience, le dévouement religieux!
Vous rêvez le progrès et l'affranchissement des masses, et vous commencez par vouloir un clergé servilement dévoué à l'Etat, un clergé courtisan, enchaîné par l'étroite haine des légistes dans les traditions despotiques de l'ancien régime, et docile instrument de toutes les petitesses du pouvoir administratif! Non ; il est impossible qu'un pareil aveuglement, qu'une pareille inconséquence se prolongent ; il est impossible que vous ne compreniez pas qu'un clergé émancipé du servage de la bureaucratie, que des citoyens chrétiens aguerris aux luttes de la liberté, constituent précisément l'élément le plus indispensable de tout progrès solide et utile dans notre société! Il y a donc la un malentendu dont je ne veux pas rechercher les causes ni les auteurs, mais qui doit disparaître, et qui disparaîtra sans aucun doute, pour notre mutuel avantage et notre mutuel honneur.
Voilà ce que nous pourrons dire à nos aînés dans la carrière politique. Je ne vois qu'un seul parti auquel nous n'ayons rien à dire : c'est ce parti bâtard , cette fusion, pour parler le jargon du jour, de la gauche et du centre gauche, qui ne veut aucune réforme, ne proclame aucun principe, ne défend aucune infortune, n'avoue aucun sentiment généreux, n'aspire qu'au pouvoir et aux places, ne vit que d'intrigues et d'apostasies, ne professe, en fait de législation religieuse, que la prohibition et la persécution , ce parti qui renferme dans son sein les ennemis incorrigibles de toute liberté, et surtout de la nôtre. Avec un tel parti, jusqu'à ce qu'il se convertisse, point d'intelligence possible; quand même ses
chefs deviendraient demain , par je ne sais quelle insolence de la fortune, les arbitres éphémères de nos destinées politiques :
Non ragionam di lor. . ,
Je me plais à penser qu'il n'est pas un seul catholique en France, doué de bons sens, qui suppose que l'on ait à gagner quelque chose à. l'avènement au pouvoir de M. Tbiers au lieu do M. Guizol; U ce que le Cn)islilu- /?0J?jJc/ devienne, au lieu du Journal des Dchals, l'organe de la pensée du gouvernement. Si la domination qui nous pèse déjà devait être un jour appesantie sur nos tètes par les hommes dont nous parlons, certes, dans cet excès d'abaissement et de péril, nous puiserions une force nouvelle, et un motif de plus pour secouer le joug et le briser sans r( tour.
Ce n'est pas du reste que , parmi les acolytes de M. Tbiers lui-même, il ne puisse se trouver des hommes engagés en quebiue sorle malgré eux dans la guerre que leur chef a déclarée à la Liberté religieuse, des hommes accessibles aux idées généreuses et libérales, et qui se détacheraient même de leur parti sur les questions de conscience.
A ce sujet, il ne faut pas hésiter à reconnaître et à prccîamer que le devoir de I électeur catholique est de rechercher, d examiner dans tout candidat, surtout \ lioivme, bien plus que le par// auquel il se rattache; car c'est dans le caraclère personnel, les instincts, les tendances individuelles , les antécédents connus de cha-
que homme politiqu'^, que nous pourrons trouver des ressources et dc<' garanties souvent complètement étrangères au parti qui le réclame comme un des siens.
A défaut dune profession de foi qui dissipe tout doute dans notre esprit, interrogeons donc avec un soin scrupuleux, chez tous ceux qui auront besoin de nos sufifrages, ces tendances, ces antécédents, ces instincts qu'il leur sera impossible de dissimuler. Mesurons exactement notre concours sur le degré de dévouement au principe de Liberté religieuse que cet examen nous révélera. Je dis à dessein : au principe de Liberté religieuse bien plus qu'à telle Religion particulière, même à la nôtre; car, ne l'oublions jamais, nous n'avons point à demander aux députés de sauver leurs âmes, mais de nous donner la liberté nécessaire pour sauver les nôtres et celles de nos enfants. Les catholiques d'Irlande et d'Angleterre ont été émancipés par un Parlement exclusivement compose de protestants: les ordres religieux ont été persécutés et dépouillés, la liberté et la dignité de l'Église continuellement et scandaleusement outragées, en France, par des assemblées exclusivement catholiques, au moinsdenom.
Sachons donc n être plus les dupes de ces catholiques de pacotille, tout confits en dévotion devant les électeurs campagnards, dont la pieté ne se révèle que par des visites aux curés, ou par 1 envoi de ces misérables tableaux de toute façon déshonorants pour nos églises, et qui, une fois de retour au F'alais-Bourbon, redeviennent voltairiens ou gallicans, et appuient sans hésitation nos plus acharnés adversaires.
Sachons donc, au besoin, préférer mille fois un protestant libéral comme M. de Gasparin, un juif libéral, s'il en est , à un de ces calboli([u('s qui sortent de la messe, comme cela s'est vu, pour venir voter avec M. Thiers et M. Dupin l'expulsion de leurs concitoyens, et donner, avec ces hommes d'Etat, une indigne satisfaction aux préjugés les plus aveugles et les plus impies.
Le temps et l'espace nous man(|uenl pour revenir sur la question du mandat. Elle a d'ailleurs été sufGsammenl traitée ailleurs ^ Nous exhortons les électeurs catholiques à tenir de toutes leurs forces à celte condition vitale de leur autorité sur celui qui ne peut et ne doit être que leur mandataire. Au fond, il y a toujours uu mandat quolcon([ne sous-entendu quand il n'est pasavouéelsigné, dans la collation des l'onclions de député. Le plus souvent, ce mandat consiste, selon la théoriesavammenl démontrée dans la circulaire fameuse d'un candidat ministériel , à faire les affaires des électeurs à Paris. Pourquoi donc les électeurs Chtholiques, qui veulent qu'on fasse avant tout les affaires de la Liberté, ne prendraient-ils pas vis-à-vis de leur élu la seule garantie qui , dans l'étal actuel de nos mœurs polili(|uos, puisse assurer la fidèle exécution de leur volonté? Nous savons que l'idée d'un mandat impératif répugne à plusieurs de nos amis et défenseurs. Nous les conjurons de surmonter cette répugnance et de se sacrifier aux intérêts de notre cause. Sans doute, nous sommes sûrs d'eux , mais il est d'autres candidats qui
* Voir les rirmlairos n°" 7 et 9 du Comilé électoral pour la défense de la Liberté religieuse.
ne nous inspirent pas la même confiance. Et cependant, comment opérer une distinction publique entre ceux pour qui nous jugeons le mandat nécessaire et ceux pour qui il sera superflu? Il faut donc évidemment que ce soit une condition générale, acceptée par tous les candidats qui briguent les suffrages des électeurs catholiques.
Mais même lorsqu'on se trouvera en présence de divers candidats qui foî<s refuseront de signer le mandai relatif à la Liberté d'enseignementet à la Liberté religieuse, cène doit pas être une raison pour s'abstenir de la lutte. Il se peut très-bien que les catholiques n'en soient pas moins les maîtres de l'élection par la manière dont ils disposeront de l'appoint de leurs voix, pourvu que ces voix se tiennent bien unies et n'aillent pas s'éparpiller, au gré du caprice ou de Tintérêt individuel, sur différents candidats. 11 faut commencer par les porter au premier tour (lu scrutin sur un nom notoirement catholique, éligible ou non , afin de manifester leur existence et leur nombre; puis attendre avec confiance le second tour. On peut être certain que, dans l'intervalle, des propositions seront faites, et, faute de mieux, on pourra les écouter. Rien ne dompte mieux l'orgueil d un candidat, en présence des droils légitimes de ses concitoyens, que lallente d'un second scrutin où son sort électoral dépend évidemment du rôle de ceux qui tiennent avant tout k ces droits. L'expérience nous prouve que c'est le moment le plus propice aux grandes conversions paliiiqucs, en l'ail de Liberté i eligieuse. L'essentiel est, tout en
les acceptant, de les constater aulhenliquement, pour ne pas être dupé comme on l'a déjà été.
Il est, du reste, tel candidat qui, en refusant obslincmcnl de prendre des engagements quelconques, offre par sa conduite, ses habitudes, ses antécédents, des garanties (jui, bien qu'insuffisantes, doivent lui assurer, faute de mieux, nos préférences. Il est mèuie bien rare qu'entre deux adversaires déclarés, il n'y ait pas des différences dans le mal, un degré de moins dans l'opposition à notre liberté, qui nous permette de préférer le mal au pire.
En résumé, persuadons-nous bien que, jusqu'au dernier instant de la lutte électorale, notre présence au sein des collèges peut être utile; jusqu'au dernier moment, nous devons y tenir nos voix à la disposition du plus offrant cl dernier enchérisseur en fait de liberté. L'intervenlion ia plus inefficace offre toujours plus de chance de succès que labsence; il n'est pas d'eirorl si minime qui ne vaille mieux que le néant. Ce qui est incontestable, c'est qu'une élection peut être déterminée par sept ou huit voix, par une seule voix même, et que le député ainsi nommé, grâce à la présence d'une seule voix de plus au collège électoral, peut, dans cette circonstance, à la Chambre, par sa voix unique, tout sauver ou tout détruire '. En présence dune pareille responsabilité, quel est le catholique qui pourrait hésiter?
1 Pour ne citer (iiriin excrDpIc réfcnt, quoique dans un ordre inférieur, rappelons-nous que, dans la dernière session, la réforme postale n'a été rejelée qu'à une seule voix de majoriié.
VU