HIS
gro, bien qu'un jour, je fus hué de la belle
façon efl ne plus
reparaître au liège du syndicat que j'avais fond
Je n'en voulus pas aux pauvres gens qu'on avait tournés contre moi. Le peuple est un enfant icipliné. Du moment qu'on lui inculque qu'il peut faire ce qu'il lui plaît, il s'empresse de briser les jouets qu'on lui donne. Ce qu'il lui faut, c'est un maître indulgent mais énergique.
Je demeurais si imbu de l'idée de progrès social que, faute de mieux, je me mis à fréquenter les intellectuels du collectivisme dans l'espoir de servir la cause parla plume. Là, tout de suite, je subis de nombreuses désillusions. Ces petits redingotards, ces produits de la laïque, de l'Ecole d« Droit ou de l'Ecole Normale se considéraient, pour le plus grand nombre, comme les futurs propriétaires de la République. Quel' ques-uns se prouvaient désintéressés dans leui glaciale ambition — surtout ceux de l'escouade guesdiste — mais les neuf-dixièmes voyaient dans le socialisme une fadaise, plus efficace que les bourdes périmées, pour l'exploitation de Jacques Bonhomme-
J'en entendis se gausser entre eux, au sortir, d'une réunion publique, sur la facilité avec la-
quelle les prolétaires se prenaient à la glu de» promesses de bonheur sans limite qu'on leur prodiguait. Je les vis intriguer pour conquérir des emplois d'attachés au cabinet. Je surpris d'ignobles manœuvres pour évincer et supplanter tel naïf, comme Joindy, dont le dévouement avait obtenu l'affection des ouvriers. — Bref, je les jaugeai très vite à leur vraie valeur : Machiavels du ruisseau, médiocrates âpres au pillage plus encore que quiconque de leurs émules du radicalisme. Et je leur tournai le dos...
La rupture définitive eut lieu un soir de Vendredi-Saint. Divers turlupins de la Petite- République avaient organisé, à Paris, une grande réunion précédée d'un banquet-saucisson ; on y devait raconter aux ouvriers qu'ils étaient les premiers artistes du monde. M. Anatole France et Jaurès prendraient la parole.
Ayant été gratifié d'une carte de convocation, je ne vins pas au banquet car, j 8 restais honteux d'avoir, par faiblesse plus encore que par Impiété, assisté l'année précédente à l'une de ces ribotes sacrilèges. En effet, l'immense stupidité de ces sortes de manifestations m'avait toujours peu emballé.
je me rendis à la réunion, étant curieux 4e constater comment l'auteur du Lys rouge s'y
HISTOIRE D'i'.IE OH 3t
prendrait pour lécher les pieds du Roi-Populo.
La chose se passait au Théâtre de la Porte it- Martin.
carte me donnait le droit de prendre place sur la scène, dt ! bureau et les orateurs.
Je montai donc sur les planches, après avoir subi le contrôle de quelques citoyens-commissaires que <t la chaleur communicative du banquet » me parut a\oir fort émus. Je m'assis entre un féministe à peu près inoffensif du nom de Léopold Lacour et le délicieux abbé Charbonnel. Charmant voisinage comme on voit.
Le rideau se leva ; la salle était comble. La séance commença par un braillement en chœur de Y Internationale. Puis cette joyeuse crapule de Gérault-Richard s'avança vers le trou du souffleur et débita une harangue où, vu l'anniversaire de la mort de Notre-Seigneur, le Bon Dieu fut copieusement insulté.
Applaudissements, hurlements enthousiastes, reprise de Y Internationale.
Le calme rétabli, M. Anatole France se leva et entama son exorde. 11 semblait intimidé car je crois bien que celait la première fois qu'il affrontait un public populaire. D'une langue exquise, comme tout ce que produit ce merveill écrivain, son discours se ressentait, quant
j'1 DU DUBLE À DIEU
fond, de l'absurdité des thèses qu'il lui fallai soutenir. Il s'y trouvait, comme il sied, des oraisons jaculatoires au Progrès, des flatteries à l'adresse des ouvriers et quelque lyrisme socialiste. Cependant, comme l'orateur débutait dans sa carrière de courtisan de la Foule, il y avait de la gêne dans sa diction et un certain manque de carrure dans le texte même de sei périodes. Lui, le délicat, l'épicurien, le renaniste imprégné d'ironie jusqu'aux moelles évoluait gauchement parmi les truismes. On sentait qu'il se forçait à de la bonne volonté pour encenser Caliban. Mais le tour de main lui faisait défaut.
Il s'est rattrapé depuis.
Sa péroraison fut consacrée à développer que l'Art, tout l'Art, peut et devrait être accessible même aux illettrés. C'est, du reste, un des sujets de déclamation les plus chers aux socialistes. Seulement on se demandait en voyant ce France raffiné mettre son talent, comme un paillasson, sous les pieds de la Plèbe ignorante, comment il s'y prendrait pour faire saisir, le cas échéant, à ses auditeurs le scepticisme subtil et les fleurs de rhétorique quintçssenciées qui abondent dans son œuvre. Ce point ne fut pas élucidé. France termina son discours par une phrase
HISTOIRE dYnk on 33
malheureuse où méconnaissant l'aptitude à TArl veurs et des égoutiers, il déclarait que sles ciseleurs et certains ouvriers du meuble sont déjà presque des artistes.
Le succès fut médiocre et les applaudissements clairsemés. Jaurès s'en aperçut; plein de mépris pour une aussi froide entrée dans la ornerie, il se leva, d'un bond, afin de stimuler la ferveur de l'auditoire. Il se planta, l'ail avantageux, sur le bord de la scène, agita ses petits bras comme un moulin qui, se préparant à tourner, commence par essayer ses ailes. Puis l'outre pleine de flatuosités sonores se dégonfla.
Il reprit le couplet final de M. France. Mais ce fut pour l'implifier et le renforcer. Il affirma d'abord le dogme que tous les ouvriers étaient des artistes, — sans le savoir. Il y eut là une tirade sur le bûcheron qui équarrit savamment ses troncs d'arbres, besogne — selon Jaurès — au moins aussi élevée que celle d'habiller la pensée avec des rythmes choisis. Puis vint une leçon indirecte à M. Anatole France qui fut, en termes pâteux mais par hasard assez clairs morigéné pour n'avoir pas proclamé la compétence universelle du Prolétariat.
Ensuite, il fallait bien immoler quelques ro
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times d'élite sur l'autel du dieu. Jaurès n manqua point : s'élançant dans le passé, il secou . Goethe d'importance incrimina son aristocratie et son dilettantisme, flétrit sa sérénité olympienne et urtout lui reprocha de n'avoir pas prévu et vénéré d'avance l'avènement du socialisme. Puis ce fut le tour du père Hugo. Celui-ci reçut l'hommage bref de quelque pommade pour ses Châtiments ; mais Jaurès déplora l'entêtement que le poète mit à chanter les splendeurs de l'Evangile et à défendre le Bon Dieu, malgré les conseils des politiques de son entourage. Le discours se conclut par quelques injures à l'Eglise et par une apothéose du Prolétaire exalté comme un être sublime, doué de toutes les vertus et capable de toutes les intelligences. Puis le Borée méphitique cessa de souffler : Jaurès se tut.
A ce coup l'enthousiasme de la salle atteignit au délire. Ce n'étaient que claquements frénétiques des paumes, clameurs tonitruantes des hommes et suraiguës des femmes, trépignements à se croire chez des sectateurs de Saint Guy. — Populo s'adorait lui-même.
Pour moi, j'étais outré par l'impudence de Jaurès. Quoi donc, il ne lui suffisait pas que l'homme qui a publié les plus beaux vert — et
plus grandes sottises — du xixa siècle, le père ^o se soit humilié au point d'écrire, dans stoire dan crime, que : « le peuple est toujours sublime même quand il se trompe. » Cette platitude ne paraissait pas au rhéteur assez extrême pour compenser le pauvre restant de croyance où se maintint le poète déiste des Contemplations ?
Quant à ce qui concerne Gœthe, je dus sourire.Car que pèsent les déjections d'un Jaurèsau regard de ce colosse d'intelligence et d'orgueil qui seul, dans les temps modernes, sut magnifier et revivifier l'art antique et restituer en strophes scintillantes, dans son Faust, la psychologie du Démon ?
Surtout, j'étais blessé pour M. France. Je trouvais désastreux qu'un tel lettré, fourvoyé dans ce pandémo o um de bêtas malfaisants, reçut ainsi les verges pour l'édification des sots houleux qui remplissaient la salle et des ramasseurs d'épluchures libres-penseuses qui se pavanaient sur la scène.
Aujourd'hui, j'estime que M. Anatole France n'avait pas volé cette avanie. Mais alors, étant tout à l'Art, je souffrais de son abaissement.
Cependant mes voisins menaient tapage. Le pie Lacour se trémoussait comme une ma-
rionnette affolée dans un guignol et criait de toutes ses forces : Bravo Jaurès I Bravo Jaurès !
L'abbé Charbonnel dilatait sa mâchoire prognathe, à se décrocher le condyle, et poussait des grouinements d'allégresse. Certes, ce lui était une intense volupté, ce jour de vendredisaint, de voir traîner dans la boue, par des Gérault-Richard et des Jaurès, le corps sanglant de Notre- Seigneur.
L'un et l'autre m'agacèrent si fort que je ne pus m'empêcher de déclarer, à voix très haute, que les calembredaines de Jaurès touchant Goethe et Hugo atteignaient au dernier degré de l'imbécillité.
Sur quoi, Lacour fit un geste d'épouvante et promena des regards inquiets autour de lui jour vérifier si j'avais été entendu. Charbonnel haussa les épaules avec une pitié dédaigneuse.
Un jeune collectiviste qui cabriolait près de îous, en l'honneur de Jaurès, s'arrêta Del danfl ses gambades, me toisa et promulga ceci : — Oh ! on sait bien qu'au tond tous les poètes sont def aristos...Si vous D'ètet pas content. cit<>\ vous n'avez qu'à déguerpir.
C'est ce que je fis aussitôt, étant, au surplus, peu soucieux d'ouïr davantage Gérault-Hiel; '1 i préludait a de nouvelles pasquinade*.
HISTOIRE D*U.NB CONVERSION 37
Je pris le train et je regagnai la campagne. Tout en parcourant les quatre kilonutrrs qui séparent la station de Lagny du village de Guermantes où j'habitais alors, j'examinai mes sentimer.
lis écœuré. Non seulement je restais réfractaire aux balivernes teutonnes du collectine ; mais encore cette haine de l'art, cette sottise suffisante du bas politicien Jaurès, tout ce qu'il y a d'envie, de vanité outrecuidante, d'ambition sordide et de sales rancunes dans Tàme de ses adeptes me donnaient des nausées.
Non, me dis-je, je ne fréquenterai plus ces gens-là. Je servirai le peuple sans lui baiser le derrière ni le tromper. J'oeuvrerai pour lui dans mon coin.
Et puis, très bas, j'ajoutais : D'ailleurs, il est malpropre de choisir le jour où les chrétiens sont en deuil pour huer leur croyance. Je suis un saligaud d'avoir participé à cette vilaine farandole autour d'un cadavre... Je sais très bien que cette légende de la Passion du Christ manque de beauté plastique, mais il suffit de ne pas s'en occuper. Et c'est ce que je veux faire à l'avenir...
Hélas, j'étais de bonne loi. Mais le diable ne
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desserre pas aussi facilement sa griffe. Et je i vais m'insurger encore bien des fois contre U Bon Dieu avant que sa grâce infinie vint en moi!...
Malgré mes désillusions je ne réussissais pas à éliminer le ferment révolutionnaire qui m'en» poisonnait lame. Ne pouvant me résoudre à me confiner dans l'art pur, aimant toujours le peuple en raison même des charlataneries dont je le voyais victime, je me dis que, peut-être, parmi ces radicaux qui prétendent, lui vouer une fervente allée tion, je pourrais encore le servir.
Je restai socialiste de penchant mais je mis une sourdine au crin-crin sur lequel je raclais les variations humanitaires. — Je m'acoquinai donc à plusieurs blocards dont les déclarations sn faveur du prolétariat me parurent assez sincères.
C'est alors que je fis la connaissance de Clemenceau. Il n'était plus député et il n'était pas encore sénateur. Discrédite, I peine retapé par Affaire-Dreyfus, il se consumait à publier des articles d'art de littérature et de politique dans iivers papiers de France. d'Allemagne et surout d'Angleterre. Cet homme possède une puisîce de séduction étrange. Il est d'autant plus
histoire d'usé conversion 39
malaisé de l'expliquer que, dur, sarcastique, souventinjuricux.il traite avec brutalité ceux l'admirent et (jui l'aiment. Peut-être sa uiain-mise provient-elle, pour un esprit cultivé, de sa forte intelligence, de son goût réeletde sa compréhension des choses d'art et de la comparaison qu'on est obligé de faire entre ses qualifie pensée et la bêtise du troupeau radical. Puis comme tous les tempéraments autoritaires, J vous courbe sous son geste. C'est un Jacobin mais un Jacobin lettré : variété peu commune.
En somme, il y a en Clemenceau du Saint- Just avec la boursouflure et l'ineptie glorieuse de soi en moins, avec, en plus, un certain sens des réalités.
11 y a aussi, chez lui, une misanthropie foncière, quelque chose de sombre et d'ardent qui fui fait proférer, dans les moments très rares où il se livre en partie, des maximes à la Tibère. Ajoutez qu'il est sujet à des crises de scepticisme et de mélancolie où il laisse entrevoir le profond dégoût que lui inspirent ses coreligionnaires et, probablement — lui-même.
Lorsque j'entrai en relations avec lui, ses déboires politiques, ses embarras financiers et des chagrins intimes l'avaient pourtant un peu amolli. Quoique sa campagne pour Dreyfus lui
Kl OU DIABLE A DIEU
eût rendu quelque influence, il demeurait inquiet, désorbité, rassasié de radicalisme au point qu'il refusa trois fois le siège de sénateur qu'on lui offrait et qu'il fallut les instance* les plus pressantes pour le lui taire accepter. Ce fut, du reste, une influence féminine qui le décida.
Puis de rudes soucis le harcelaient. Ah ! je l'ai vu se prêter à des démarches plutôt humiliantes pour l'orgueil sans limite qui forme la dominante de son caractère. 11 n'était pas alors l'âpre dictateur que nous voyons aujourd'hui mener l'assaut contre l'Eglise aux applaudissements des Loges. Pour se distraire de ses ennuis, il se donnait tout à cette pièce : le voile di Bonheur où il nous révèle, d'une façon assez mttendue, un Clemenceau quasi-bouddhiste...
Ce n'est point mon sujet de raconter ici l'extrémité où Clemenceau se trouvait alors réduit. — Tout ce que je dois dire c'est que je subis très fort son influence, que je lui témoignai — je puis le certifier sans crainte de démenti — d'un dévouement total et que son emprise se manifesta en moi par une recrudescence de rage anti-religieuse. C'est, je crois, l'époque de ma vie où j'ai le plus blasphémé.
Toutefois, si je continuais à outrager le Bon
BiSTOIRt: d'u.ib 001
Dieu sous 1 oaleartsoolU
du radicalisme comme je rivais (ail et sous h drapeau noir de l'A nan m>us le draj*
rouge du socialisme politiqunnt, je ne , m'adapter aux pratiques des radicaux. Ccux-H me furent, bien vite, encore plus nauséabonde que les collectivistes.
Le radical est un sectaire qui détruit la société tout en prétendant façonner des matériaux propres à lui conférer des bases logiques. Il a contribué, plus que quiconque, à développer, au nom des principes de 89, cet individualisme subversif de toute règle dont nous subis aujourd'hui les effets. Toutes les instituions préservatrices sont détruites ou menacent raines. On est arrivé à ce résultat extravagant, qu'ayant pour objectif de libérer l'individu des entraves anciennes, on l'a au contraire réduit à l'impuissance vis-à-vis de l'Etat qui le triture le mutile et l'encadre à son caprice. La Révolution a commencé le mal; Napoléon l'a codifié: nos Bourgeois, depuis cent ans, l'ont aggravé. Dieu étant chassé de partout, il ne reste plus que le gendarme pour maintenir le peuple souffrant, avide de jouir à son tour et travaillé par l'esprit de révolte, dans l'obéissance à l'Etat. Le jour où le gendarme tournera casaque — ce
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qui est inéluctable — la débâcle commencera.
En attendant nous vivons dans une France pareille à un tas de détritus où la Haute-Banque cherche des paillettes d'or. Et pour comble, nous sommes gouvernés, grâce à l'ineptie de cette néfaste mécanique : le suffrage universel, par une bande de despotes niais, et irresponsables: sénp"""-set députés. L'unique capacité de ces * '< ~mentaires est digestive. Ronger le budget, en jeter des bribes à leur clientèle, quémander des sportules aux Financiers, qui les traitent avec une méprisante munificence, voilà leur préoccupation journalière. Puis obéir aux délégués des Loges et aux quelques roublards — fonctionnaires de l'étranger, c'est ici que le mot est exact — qui font figure d'hommes d'Etat dans les ministères, voter des lois stupides ou nocives, sous couleur de progrès, voilà leur œuvre. Il y a bien une opposition ; mais, quelques-uns mis à part, elle ne comprend guère que des timides et des médiocres.
Je ne tardai donc pas à découvrir que nos maîtres du radicalisme sont d'alTreux tartufes. Car, avides d'or, jouisseurs insoucieux du lendemain, plus rélractaires à tout idéal désintéressé qu'une plaque d'amiante à l'action du teu, ils teignent de ressentir, pour les prolétaire» —
qu'ils exploitent en les caressant et qu'ils bf •ent en secret — une sollicitude paternelle. Et c'est ce qu'il y a de plus horrible dans le cas de ces démoniaques, apn s leur acharnement contre l'Eglise, que cette hypocrisie pateline qui laisse les pauvres crever de faim tout en les berçant de promesses illusoires.
Habitué à raisonner mes impressions, je me formulai les constatations que je viens d'exposer et j'éprouvai de la répulsion pour ces misérables. Mais par veulerie, par respect humain, quoique je ne crusse plus du tout à la légitimité du régime, je continuai à le servir sans grand zèle, il est vrai. — Bien plus, la persécution contre les congréganistes, les expulsions, les vexations de toutes sortes dont l'Eglise était victime m'indignaient à part moi. Je voyais nettement qu'il n'y avait là qu'une diversion destinée à occuper l'électeur tandis qu'on le dévalise. Je savais qu'en dehors des furieux contre Notre- Seigneur, que sont les possédés de la Maçonnerie, les autres ne « faisaient de l'anticléricalisme » que pour dissimuler leurs rapines. Je n'ignorais pas que tels qui <c mangent du curé * en public, acceptent fort bien que, dans le privé, leur femme et leurs enfants servent le Bon Dieu. Je me rendais compte du vilain calcul de ces
taffeurs qui s'imaginent que les prières de leur famille suffiront à compenser leurs sacrilèges. Je lisais et j'approuvais, in petto, les articles où M. Drumont dénonce bellement l'infamie de tous ces ventripotents, nourris de cautèle et d'ordures.
Et pourtant si grande était ma répulsion pour le christianisme que je me gardais de proclamer ces sentiments salubres. Au contraire, plus je me rendais compte de ces choses, plus je m'acharnais à m'enliser dans l'ornière du blasphème.
Du reste, j'en sais plus d'un qui se trouve dans l'état d'esprit où je m'entêtais alors. Il es\ si vrai l'adage d'Ovide en ses Métamorphoses : video meliora proboque, détériora sequor 1 Je le traduirai de la sorte : La Révolution, c'est le crime et l'erreur, je le sais, je vois le remède; cependant, mulet pervers, je m'entête dans le mal.
Ahl c'est qu'on est infiniment lâche quand on méconnaît le Bon Dieu pour suivre le Diable!...
Cependant, un moment vint où le désenchantement l'emporta. Je retournai à la solitude. — Ma chère forêt de Fontainebleau m'apaisa queb que peu. Mais comme je ne cessais d'étayer mes
hist 45
convk-iions matérialistes, à mesure quelles menaçaient ruine, je i II pas à la grande paix que je souhaitais. J'avais beau me répéter le vers magnifique de Baudelaire sur :
Un monde oh raction nest pas la teeur du rêve,
je ne pouvais m'en détacher de ce monde où, sottement, je me croyais désigné pour combattre L'Eglise, dans la mesure de mes forces et pour mener le peuple au bonheur matériel...
Quel abîme de contradictions ! Quel douloureux vertige parmi tant de péchés I J'errais, sans boussole, dans les dédales d'un souterrain nocturne. Je ne savais plus du tout où j'allais.
s vous le saviez vous, ô ma bonne Vierge. L'aube approchait où vous vous lèveriez dans mes ténèbres, ô calme Etoile du Matin. L'heure se préparait à sonner où, prenant dans votre main si pure ma main souillée, vous me conduiriez jusqu'au pied du trône de Dieu.
Gloire à vous, ô clémente, ô très sainte, ô très douce Mère de Notre-Seigneur.M
Ainsi, au moment de cette conférence au cercle socialiste de Fontainebleau dont j'ai parlé plus haut, mes convictions politiques ne te maintenaient plus que par une sorte de veule accoutumance mêlée d'amour propre et de respect humain.
Je venais en outre de perdre ma foi dans l'idée de Progrès. Et je commençais à renier la Science soi-disant infaillible.
Quant à mon être moral, il était bouleversé comme un logis où des tâcherons se seraient mis en grève au milieu d'un déménagement. Coléreux, incapable de pratiquer la patience et la résignation dont j'aurais eu besoin pour supporter les soucis d'une existence difficile, je souffrais, en outre, profondément, d'avoir perdu j'idéal de bonheur matériel pour le peuple qui
m'avait soutenu pendant pas mal d'années. Ma déconvenue m'aigrissait le caractère comme aussi les tribulations que la littérature n'épargne pas à ceux qui veulent vivre de leur plume — en restant honnêtes.
Deux sentiments me soutenaient un peu et me valaient parfois quelque joie: ma prédilection pour la forêt de Fontainebleau et mon amour de l'art.
La forêt, elle m'était auxiliatrice. J'y connaissais des heures d'inspiration et de recueillement dans la solitude. Là, je pouvais m'entretenir avec mes frères les arbres. Admirer, pénétrer l'harmonie protonde des futaies, composer et me réciter des vers sous bois, c'étaient mes récréations les plus chères. Et je m'épanouissais.
Mais rentré chez moi, je redevenais sombre, morose, agité. — Il faut dire que j'y retrouvait une femme dont, parce que j'en étais fort épris, les défauts m'éprouvaient cruellement. Elle était surtout la plus déterminée menteuse que j'eusse jamais rencontrée. A la lettre, elle mentait comme elle respirait, et souvent sans motif — pour le plaisir.
Cette fausseté perpétuelle m'exaspérait — et il en résultait des scènes qui n'étaient point faites pour apaiser ma pauvre âme tumultueuse. Il
HISTOIRE l'OHI f.o 49
Àl la quitter cette femme, dira-t-on. Sans doute, mais le lien
proque — était trop solide entre nous. J"a\ beau me raisonner, Je demi iptif de
gplendides yeux noirs et de ses petites mains caressantes.
D'autres vices où el! lit, j'en subissais,
s, la contagion ; de sorte que nous formions un couple où les querelles endiablées alternaient de furieuses débauches.
Quel cercle de l'enfer qu'un tel ménage interlope ! De la part de l'homme il n'y a — dès qu'il récupère sa dignité — que mépris pour sa compagne et honte de lui-môme. L'amour véritable n'existe pas ; l'attache provient d'une complaisance presque morbide pour les ivresses charnelles et d'une soumission de caniche aux plus bas instincts.
La femme, elle, se pavane surtout dans la gloriole de tenir asservi la mâle qu'elle dorlote, excite et grifle tour à tour. Tout cela, on l'habille de poésie. C'est un prétexte à des vers qui brûlent comme des feux de Bengale et à explosions d'images chatoyantes et malsaines.
Mais, en somme, quel piètre recours contre les outrances du vice î Et comme on sort de là le cœur inassouvi et malade I...
Des mois passèrent.
Pour pallier les effets de mon désarroi moral, j'imaginai de me forger une sorte de paganisme. Parla, je tentais de justifier mes passions. — Certes, je ne crojTais pas aux dieux de l'Olympe, bien que la Grèce, compendium des civilisations aryennes, m'ait toujours été chère.
Seulement, je me disais: Puisque je neveux ni ne puis adhérer au christianisme, puisque la Nature, souriante et farouche à la fois, m'attire passionnément, je magnifierai le Destin aveugle et les Forces impénétrables qui font de l'homme leur jouet. Je déifirai mes instincts et j'écarterai de moi toute pensée altruiste qui me détournerait de mener mes cinq sens à la pâture des voluptés.
Je célébrai donc les rites du Grand Pan et de l'Aphrodite captieuse. Néanmoins, il se mêlait à ces folies un remords secret qui ne laissait pas de me rendre très triste aux heures où, la fièvre des sens tombée, je regardais dans mon âme et la t aussi sale qu'une bouche
d'é^oût qu'on négligea de curer.
Alors je m'écriais : — Non, le nunc est bibendu m et pede libero pulsanda tellus, non, le jouissons et rions ironiquement sans souci des jours, puisque, demain, nous mourrons ne suffisent pas
i >E corrvuisioft
à me contenter. Il me faut un Idéal moins grossier
lis lequel?
Cette notion du Divin que nous ne pouvons détruire en nous, à moins d'être devenu tout à fait les servants du Diable, me tenaillait sans repos.
Je tournai autour du squelette qui a nom Kant. J'en démontai les ressorts. Mais l'Impératil catégorique du sophiste de Kœnigsberg me fit froncer les narines... La raison suffisante me parut aussi sèche que les tibias de Calvin. Et j allai ailleurs.
Je tentai le panthéisme, ce qui me ramena, plus ardemment que jamais, aux arbres.Je crus alors découvrir mes dieux, parcelles de la substance indéfinie, sous l'écorce des chênes et dans le feuillage des hêtres. J'adressais des prières aux bouleaux. La rosée, sur les fleurs d'or der genêts, m'apparaissait comme une eau lustrale. — Celte aberration, c'était, tout de même, plus propre que le paganisme orgiaque.
Dans ce temps-là. j'éprouvais une joie obscure à plaisanter la vie terrestre de Notre-Seigneur. Voici une phrase prise dans un article publié durant cette période : « Après tout, le Gai en était un assez brave garçon; mais il manquait de sens pratique.
Si je la transcris, en rougissant, et en en demandant pardon, c'est quelle montre mon état d'esprit d'alors.
D'ailleurs, chaque fois que le Nom Auguste de Jésus me venait sous la plume, je devais l'éviter pour le remplacer par ce sobriquet : Galiléen. Et agissant ainsi, je me rengorgeais, fier comme un dindon en sa basse-cour, car je m'imaginais presque égaler Julien l'Apostat ou le mégalomane Nietzsche.
Bientôt, le panthéisme m'apparut trop diffus et trop vague. Et d'autre part, je fus bien forcé de m'avouer que la Nature, sous son masque de sérénité, cache une face d'airain.
J'aurai voulu, oh ! oui, j'aurais voulu que tout autour de moi fût mansuétude, indulgence, aide réciproque. Et chaque fois que j'essayais de conquérir cette notion de douceur par l'étude des forces naturelles, il me fallait bien constater que la concurrence vitale règne durement sur le monde. Cette évidence nie brisait le cœur.
Quoi, même dans la forêt, si les pins faisa;. alliance avec les bouleaux pour une protection mutuelle contre les essences guerrières, à c les chênes et les hêtres se livraient une bataille sans merci et où l'on ne comptait plus les cadavres.
BISTOIAF. l> UNE CO
I moi qui aurais tant voulu vUc assuré que lous mes arbres chéris vivaient en bon accord..* Quel chagrin I
Je tus alors tout découragé. Je tombai dans le désespoir et médis: — En somme, c'estle bouddhisme qui a raison et plus particulièrement sou apôtre d'occident : Schopenhauer. L'univers n'est qu'un tourbillon d'apparences décevantes. Cessons de vouloir qu'il existe et nous connaîtrons la joie de nous dissoudre dans le bon nt où la durée est abolie de même que l'espace. Arrêtons la roue du Destin... Oui, mais pour pratiquer cette morne doctrine, il aurait fallu me faire ascète. Et j'étais bien trop possédé par l'orgueil et la luxure pour y réussir.
Puis, d'autre part, j'avais peur de ce Nirvana :it et funèbre qui m'invitait à me jeter dans l'Inconscient.
Je fermai donc les livres bouddhistes, pour ne plus les rouvrir, et mon agitation intérieure •'accrut.
Dès lors, ce fut en moi une mêlée effarante de tous mes phantasmes (1).
Un jour, le socialisme et son utopie de progrès
(l) Noctiam phontasrrata dit Saint-Ambroiae. Et, en effet, qu'il faisait nuit dans mon Ame !
M B* MABTE A DIEU
intini ressuscitaient. Le lendemain, Aphrodite et Dionysios chantaientfuriensement la volupté, en choquant leurs coupes d'or, dans mon cerceau. Et docile, je sacrifiais sur leurs autels. Le surlendemain, l'arôme des sombres fleurs que 'Isis panthéiste prodigue à ses dévots me flattait les narines. Le jour d'après, j'invoquais Çakya Mouni et son sourire idiot. Puis soudain les bavardages instables de la Science reprenaient le dessus. Il me venait aussi des velléités de christianisme ; mais je les expulsais de mon âme, avec courroux, car elles me semblaient fort laides au regard des prestiges où je me cramponnais...
Une fois en votre vie, vous êtes-vous trouvé perdu dans une plaine pullulante de végétations sauvages? Ce fut par une de ces tombées de jour où l'équinoxe d'automne détraque la saison et où les vents ne cessent de sauter d'un horizon à l'autre. La tourmente arrive de tous les côtés. Cela souffle à droite, à gauche, en avant, en arrière ; tous les Borées et tous les Notus sont déchaînés. Des bises et des khamsins vous assaillent, vousgiflent, vous brûlent, vous gl presque simultanément ; on ne sait à qui entendre de ces vents déchaînés, on VarrOte "ïre une accalmie qui, d'ailleurs.
HISTOIRF KIO*
t pas. — Ainsi de mon ûme A cetu
s eet amour de la solitude dont le Bon Dieu a bien voulu me gratifier dès mon enfance, je ne sais ce que je serais devenu. Car, il impor souligner, à tous les âges, je ne me
uis jamais senti heureux que dans les champs, ous les arbres ou au bord des eaux, — tout seul, point parler, rêver ou méditer devant quelque paysage, telles ont toujours été mes joies les plus profondes et les plus rédemptrices. Je l'ai bien senti, aux jours où, après avoir entassé péché sur péché, je me réfugiais en quelque campagne si écartée que la meute des passions ne venait guère m'y relancer...
Pour tenir tête à l'ouragan d'aspirations contradictoires qui m'assaillait à cette époque de mon existence, je multipliais donc mes courses à travers la forêt pacifiante. Ah ! qu'il avait raison saint Bernard quand il disait: Aliquid amplius inverties in sylvis quam in libris. Je ne cessais d'expérimenter la grande vérité contenue dans cette phrase. En efiet les lect:> hétéroclites, où je me plongeais afin de me re faire une conviction ferme, augmentaient encoit mes incertitudes.
L'histoire me montrait un univers livré aux
56 un DIABLE A DISC
querelles et aux déprédations — un brigandage perpétuel.
La Science, j'ai dit à quel point les guirlandes suspectes qu'elle m'avait départies s'étaient desséchées en moi.
La littérature aussi commençait à m'ennuyer. Je laissai tout pour ne plus lire que quelques auteurs, dès longtemps mes favoris : Lucrèce, Dante, le Faust de Goethe et ses Entretiens recueillis par Eckermann, le théâtre et les sonnets de Shakespeare, Baudelaire, Balzac et les vers de Hugo, plus quelques très rares volumes dus à des contemporains. Et je ne coupais même pas les pages des livres qu'on m'envoyait.
Me sentant moins désolé sous les arbres, je les quittais aussi peu que possible. En suivant les longues allées de la forêt, ces chemins où, grâce aux branches en arceaux, on croit errer dans des nefs de cathédrales, je me sentais pénétré d'une émotion solennelle. En parcourant tels minces sentiers, pleinsd'ombres chatoyantes et de rayons assoupis, je recueillais de gracieuses images. Mes chers bouleaux, si sveltes en leur robe d'argent pâle, éveillaient en moi de douces musiques. Enfin plusieurs sites, d'une •évérité grandiose, comme le Désert d'Apremont m'inspiraient un violent désir de m'y fixer —
UISliMliR l'ORI COMVK
d'y construire une cabane ou d'y aménager une grotte pour y vivre loin des hommes, loin des femmes, loin de la littérature, loin de tout.
Si prolongées que fussent ces promenades, il fallait pourtant bien finir par rentrer chez moi. Là je retrouvais la dame aux yeux noirs ; et la triste existence sensuelle et querelleuse recommençait. Lorsque j'essayais de fuir, c'était pour me galvauder avec des personnes encore moins édifiantes — si possible — que ma maîtresse.
Eh! bien voyez et admirez : je semblais alors bien définitivement assis au fond de l'incertitude car jusqu'à la forêt commençait à se taire pour moi. — Et ce fut le moment que le Saint- Esprit élut pour me darder une seconde fois au cœur les javelines d'or de la Grâce.
Je me rappelle ce jour comme si j'y étais encore : c'était en juin 1905, au commencement du mois. Or depuis une semaine, j'avais vécu de la façon la plus désordonnée. Ce matin là, tout morose, en proie à un profond mécontentement de ma conscience, j'allai sous les arbres. Je suivais le sentier qui, du carrefour des Huit-Routes, se dirige vers la Grotte des Montussiennes. J'avais emporté la Divine Comédie et je relisais, pour la dixième fois peut-être, les premiers chants du Purgatoire.
Avant de poursuivre il faut spécifier que, jusqu'alors, j'avais lu le merveilleux poème comme j'aurais fait d'un conte de fées splendide, rédigé par un poète de génie. Il se peut — il est même probable — que ces vers, tout imprégnés de la Grâce, avaient fécondé, à mon insu, les régions les plus secrètes de mon âme. Mais je n'en avais point la notion et je ne croyais ressentir qu'une influence toute littéraire.
J'en étais à ce passage du second cbant où Dante et Virgile viennent de quitter l'enfer et s'arrêtent sur le rivage d'une mer mystérieuse, au pied de la montagne du Purgatoire.
Ici je dois citer : « Je vis, raconte Dante, que ne la vois-je encore, une clarté venir sur la mer d'une telle vitesse qu'aucun vol d'oiseau ne l'égale. Après avoir détourné d'elle mes pour interroger mon Guide, je la revis plus brillante et plus grande.
u Puis de chaque côté m'apparut je ne sais quoi de blanc et, au-dessous, peu à peu, sortit quelque chose de pareil. Mon Maître ne dit rien jusqu'à ce que les premières blancheurs se déployèrent en ailes. Maislorsquil reconnut bien le nocher, il cria:* Ploie, ploie les genoux: l'Auge de Dieu. Joint .les mains. De tels Min: du Seigneur tu venus désormais; vois, il dé-
HISTOIRE Il'u.lB CU.1VEKSIOFI
daigne les instruments humains ; il ue veut d'autre rame, d'autre voile que ses ailes pour parcourir ces lointains rivages. Vois connut dresse vers le Ciel, comme il frappe l'air set pennes i s !... »
c Plus de nous s'approchait l'oiseau divin plus éclatant il apparaissait, de sorte que nioi, œil ne pouvant, de près, soutenir sa splendeur, s'abaissa. Et Lui vint au rivage avec un bat. si svelte et si léger qu'il ne plongeait aucunen dans l'eau.
€ A la poupe se tenait le céleste nocher rayo.. nant de béatitude ; et dedans étaient assis plus de cent esprits. Tous ensemble, d'une seule voix ils chantaient : In exitu Israël de JEgypto et le reste du psaume. Puis sur eux l'Ange fit le signe de la sainte croix ; tous se jetèrent alors sur la plage et Lui s'en alla comme il était venu... »
On sait que Dante a voulu peindre, en ces vers, l'allégresse des fidèles défunts qui se réjouissent de se purifier de leurs iautes en Purgatoire, afin de mériter une place en Paradis, s la juste expiation.
Que se passa-t-il alors en moi? Je sentis un
frisson me courir dans les veines, puis je me
mis à trembler de tout mon corps. Le livre
chappa des mains. Je dus m'appuyer au fût
d'un hêtre. J'étais comme ébloui par une lumière intérieure. Il me sembla que les noires nuées qui opprimaient l'atmosphère obscure de mon âme se dissipaient. Je ne sais quelle clarté, douloureuse à force d'être intense, me montra mes vices accroupis comme des crapauds dans la fange de mon cœur. Un remords et en même temps une joie indicible me labouraient tout entier.
Voici exactement les paroles que je prononçai alors : — Quoi, il se pourrait qu'une aussi sublime inspiration fût le témoignage de la vérité? Il se pourrait que cette religion catholique, tant bafouée par moi, eût raison lorsqu'elle affirme qi'un pécheur qui se repent et accepte joyeusement la pénitence de ses fautes devient par là digne de monter au Ciel?... Mais s'il y a dans ces vers plus qu'une magnifique fantasmagorie — je pourrais me laver de mes ordures, être sauvé?... Mais alors, mais alors, c'est donc que Dieu existerait?...
Je restai quelques minutes éperdu. Puis je repris : oh 1 si Dieu existait, quelle chance pour moi.
Aussitôt, comme si les nuées se rassemblaient, il lit nuit dans mon âme. Une voix perçante — que je n'avais jamais entendue — s'éleva en moi
OIRK D'UNE COMVK! 61
qui me disait: — Allons, pauvre chimérique, vas-tu te laisser prendre à ce gluau? Tout cela, la littérature* Tu sais trôs bien, au fond, st qu'une fable vermoulue. Et tu serais une dupe si tu cessais de t'en
— Sans doute, sans doute, répondis-je, mais, tout de même, C1 mge ce que je viens
de subir...
Je ramassai le livre ; je continuai ma promenade, troublé au delà de ce que je puis dire. Je me répétais: Existe-t-il? Existe-t-il?
Et chaque fois que j'articulais cette phrase anxieuse, la voix aigre — ahl que de jours je devais l'entendre encore — s'écriait: Sot, double sot, tu ferais bien mieux de fabriquer quelques vers à la gloire des dryades... Puis le sombre ricanement, déjà entendu la nuit qui suivit ma conférence, me parcourait l'âme.
Pourtant je ne me laissai pas entraîner à tourner en plaisanterie cette impression si nouvelle. Une douceur insolite m'emplissait le cœur et d'autre partje ne sais quelle poignante appréhension d'un inconnu redoutable autour de moi me faisait soupirer. — A ce moment, je m'aperçus que mes joues étaient couvertes de larmes qui avaient ruisselé sans que je m'en fusse douté.
Ce fut dans cet état d'esprit que je rentrai à la maison. Je m'y montrai si taciturne que la dame aux yeux noirs, pour lors en humeur de dispute, s'ébahit qu'au lieu de lui répondre, comme de coutume, par une volée d'invectives, je me contentasse de hausser les épaules en silence...
On croira que touché à fond par la Grâce, comme je venais de l'être, je demeurai au moins le reste de la journée sous le coup de cette atteinte si imprévue. Mais il paraît que le Mauvais avait conçu quelque appréhension de me voir lui échapper, car il ne perdit pas de temps pour me rassaisir.
L'après-midi, mon ami C..., un lettré avec qui j'entretenais des relations assez suivies, vint me rendre visite. Il me proposa de faire un tour dans le parc du château de Fontainebleau. Toute occasion m'étant bonne pour tuir mon triste ménage, j'acquiesçai aussitôt. Et nous fûmes dehors.
C..., homme de cœur et de sensibilité vibrante, était alors préoccupé par l'idée religieuse. Les vaticinations pompeuses de la Science ne le satisfaisaient pas plus que moi. Tout en balançant fort à se tourner vers l'Eglise, il n'était pas loin d'affirmer son respect pour le Dieu de l'Evangile. Comme ce lui était devenu un sujet de mé-
■ïstoiri d'uwi cohtsjisiou N
ditation assez habituel, après quelques propos de littérature et d'art, il mit l'entretien sur cette question.
En substance, il me dit ceci :
— J'ai beau faire, je ne puis me contenter des théories du rationalisme. Elles laissent inassouune part de mon âme. Je souffre d'une inquiétude qui réclame une conviction ferme pour s'apaiser un peu. J'essaie bien de revenir aux dogmes du christianisme tels que j'appris aies aimer jadis. Mais dès que je m'oriente de ce côté, ma raison se cabre et, si j'insiste, refuse de les admettre. Pourtant, j'aurais bien besoin d'une règle de vie qui me serait un frein contre les écarts où m'entraîne mon imagination. Et il y a des moments aujourd'hui par exemple — où il me semble que le Surnaturel pourrait me la fournir, cette règle.
Il s'exprimait d'un ton posé, comme un homme qui a beaucoup réfléchi et qui est sur le point de prendre le parti le plus sage.
Je l'avais écouté avec attention, sans l'interrompre et, à part moi, je m'étonnais de cette coïncidence entre nos préoccupations. La logique eut donc exigé que je lui confie mes incertitudes si pareilles aux siennes. Il était indiqué de lui narrer le bouleversement de mon âme et
de lui relater le coup de foudre reçu le matin. — Peut-être que, nous aidant l'un l'autre, nous aurions trouvé le chemin vers la Vérité adorable.
Eh bien, rien de cela n'arriva. J'eus un mouvement d'irritation à constater chez lui ce que j'éprouvais moi-même, et d'une façon encore plus intense. Je ne sais qui — ou plutôt je le snis très bien maintenant — s'empara de ma langue et me força de proférer une kyrielle de blasphèmes — non pas de grosses injures, mais de sarcasmes à tournure littéraire — qui me venaient au cerveau avec une abondance extraordinaire. J'ajoutai une apologie véhémente du polythéisme grec et enfin je lui citai, non sans orgueil, une phrase prise d'un de mes écrits les plus erotiques et où la Sainte Vierge était mise sous les pieds de l'Aphrodite.
Je revois, par la pensée, l'endroit où j'éjectai ce paquet de vipères. C'était au milieu de 1 allée de vieux ormes qui longe la rive gauche du Grand-Canal.
C..., que la violence de mon discours et l'attrait sensuel de me dialectique avaient ébranlé, reprit : — Oui, à coup sur, vive Aphrodite ! Cependant il me faudrait quelques lectures qui n'aHennibsent contre ces retours du christia
histoire d'un* co^verstow 65
nisme dont je me sens réellement troublé, je vous l'aflirme encore.
Alors, je repartis de plus belle. Je lui conseillai de se procurer tout Renan et de s'assimiler,en prenant des notes, cette confiture opiacée. Je lui recommandai d'apprendre par cœur la Prière sur T Acropole. Je lui prescrivis Pétrone, Catulle, Horace. Je lui vantai les aphorismes de Nietzsche et VEssai dune moralisons obligation ni sanction deGuyau.
Ces objurgations étaient d'autant plus bizarres que, pour moi, je ne croyais plus à l'efficacité de ces drogues. Mais, comme je viens de le dire, j'étais obligé par une force, qui m'était à la fois intime et étrangère, de détourner ainsi mon ami de la voie Unique.
C... me quitta, rendurci dans sa mécréance et non sans avoir fait chorus à quelques plaisanteries sacrilèges par quoi je conclus ma diatribe.
A peine seul, je ressentis presque de l'effroi. Car, à récapituler notre conversation, je décou- . de la façon la plus claire, que quelqu'ui semblait s'être substitué à moi pour écarter de Dieu mon ami, puisque je venais de parler contre ma pensée actuelle.
— Enfin, m'écriai-je. qu'est-ce que cela veut
66 MJ DIABLE A DISC
dire? Tout aurait dû me porter à encouragei C... dans son penchant vers l'Idéal chrétien, étant donné que moi-même, il n'y a pas trois heures, j'ai été bouleversé, jusqu'aux larmes par un désir analogue... C'était moi et ce n'était pas moi qui parlais. Suis-je donc le Sosie de quelque Hermès invisible? Car quoi, je ne divague pas : j'analyse avec netteté mes idées, mes sensations aussi... C'est à croire que le Diable existe et qu'il a le pouvoir de nous transformer la cervelle en un phonographe où il inscrit ses arguments... En tout cas, j'ai, à présent la certitude d'avoir discouru à rebours de ce que m'indiquait ma conscience... Je m'en vais donc courir chez C..., le prier de ne tenir aucun compte de mes paroles et de marcher dans le sens où il se juge attiré.
Déjà je me dirigeais vers le logis de C... quand une mauvaise honte m'arrêta net : — Il va se demander ce que signifle ce revirement brusque. Et si j'insiste, il me prendra pour un fol inconsistant.
Puis une boufTée de scepticisme me fit faire an geste d'insouciance :
— Bah 1 repris-je, tout cela n'a pas d'importance : c'est une des scènes de la farce qu'un Dtmiourge facétieux et lugubre se joue aux dé-
MISTOIRB d'cNI C0.1YERI105 67
pens des hommes. J'ai bien assez d'ennuis ave| mes propres états d'âme sans assumer encore, par-dessus le marché, ceux de mon ami C... Qu'il se tire d'affaires comme il l'entendra...
Et je tournai les talons.
/ Je venais d'être si docile aux instigations du Diable que. rentra chez moi, il poursuivit son avantage. Sans désemparer, j'écrivis les premières lignes d'un article contre l'Eglise destiné à je ne sais plus quel papier qui vendait de l'anticléricalisme. Puis j'allai me coucher.
Or voici que, dans la nuit ô Grâce du Bon Dieu, vous me revîntes. Je m'éveillai en sursaut à la suite d'un rêve où je vis se peindre, en images radieuses, la vision de Dante lue la veille. Tout s'y trouvait : la vaste mer aux lames souriantes, la montagne escarpée du Purgatoire dont le sommet se perdait dans une brume irisée où passaient des lueurs d'or, l'Ange éployant ses grandes ailes blanches, la barque pleine d'esprits qui chantaient le psaume de la délivrance. Et les deux Poètes fixaient sur moi des regards chargés d'une tristesse infinie, tandis que résonnaient les accords onduleux d'une musique semblable au chant de la biise dans les futaies de pins.
Le cœur battant a coups pressés, je méditai.
68 DD DIABLE k DIEU
quelques minutes, sur la beauté de ce songe. Un lourd sanglot, qui ne pouvait pas éclater, m'oppressait. Et soudain, comme si un ordre impérieux venait de m'être signifié, je me précipitai à bas de mon lit. Je courus, pieds nus, à mon cabinet de travail; je pris l'article immonde et je le déchirai en vingt morceaux que je jetai au panier.
Recouché, je me dis : — Demain, je retournerai dans la forêt. Là, parmi cette fraîche mélodie des ramures qui me fut toujours lénifiante, parmi les genêts en fleurs, j'examinerai mon âme à fond.
Si je découvre qu'elle veut croire, eh bien, je me jure de ne pas lui barrer la route. Aussitôt, je me sentis très calme ; une grande joie me pénétra le cœur; et je m'endormis d'un sommeil paisible...
Agneau de Dieu, vous aviez eu pitié de moi ; vous veilliez à mon chevet...
rv
Avant de continuer ce récit, il import mentionner que, pour la rédaction des chi très (jtii précèdent comme pour ce qui va suivre, lis servi des carnets de notes où je consigne, depuis des années, les principaux événents de mon existence et les réflexions qu'ils me suggèrent. Aidé, en outre, par l'excellente moire dont le Bon Dieu a bien voulu me fa- . j'ai pu retracer, sans omissions graves rreurs, les crises de conscience par leslies je passais. Et c'est ainsi qu'il m'a été le d'indiquer, d'une façon exacte, les eudroits où se jouèrent les actes du drame dont is le sujet.
Puis, à la lumière de la Grâce, certains faits, qui me semblaient obscurs au moment où ils se produisirent, se sont éclairés. C'est pourquoi je
70 DU DIABLE A DIEl'
prie humblement le lecteur de bonne foi de se tenir pour assuré que c'est un homme non seulement sincère, mais renseigné sur lui-même qui parle ici.
Donc, le matin qui suivit ce songe où Maître Alighieri m'avait assisté, comme il le fut luimême par Virgile, je me levai, dès qu'il fit jour, et je gagnai ma futaie de prédilection : celle des Fosses Rouges.
11 faisait un temps admirable. Le ciel, très haut, très bleu, où le soleil rayonnait comme le corps glorieux d'un Archange, versait une pluie d'or djamantée sur }es jeunes frondaisons. Toutes les pousses du printemps à son apogée finissaient de s'épanouir. La forêt s'était parée des couleurs de l'espérance et de l'allégresse. O fête des clartés nouvelles, des sèves exubérantes et des feuillages tendres que tu me semblas merveilleuse !
Sous les arbres, il régnait une lumière adoucie qui se teintait de toutes les nuances du vert et qui, aux lointains, devenait presque mauve. Les ramures, frémissantes sous les caresses d'un vent tiède, projetaient sur le sable du chemin et ■ur l'herbe fine qu'étoilaient des pervenches et des fleurs de fraisiers, des ombres roses. Les fougères balançaient leurs palmes délicates. Des
merles sifflaient, insoucieux, et des ram roucoulaient amoureusement ; l'on eut dit, mi les grès sonores, des chants de cascatelles et des carillons de clochettes en cristal.
Je suivais, à pas lents, le sentier si bien tracé par Charles Colinet. Il traverse la futaie dans sa plus grande largeur, non pas selon l'agaçante ligne droite, mais en décrivant nombre de courbes capricieuses, en épousant toutes les pentes. Si bien que nul aspect de ce site accidenté n'échappe aux regards admiratifs du promeneur.
J'étais dans le ravissement de cette beauté. Je saluais les vieux chênes barbus de mousse argentée et graves comme des patriarches. Les hêtres et les charmes, en cépées à sept ou huit tiges, me semblaient des tuyaux d'orgue où la sylve exhalait le cantique de sa joie. Lorsque les souffles abaissaient puis relevaient en cadence les feuillages éoliens, je croyais sentir passer sur ma face l'ombre vermeille de grandes ailes angéliques. J'aspirais, à pleins poumons, l'arôme salubre des sèves. — Que c'est beau ! Que c'est beau! me répétais-je, les mains jointes. Et cette effusion, n'est-ce pas, c'était déjà presqut une prière.
Certes, on eut dit que parmi toute cette spleu-
deur et toute cette douceur, le Saint Esprit s'épandait en effluves radieux et bénissait la forêt sacrée.
On comprend que, ému encore de mon
rêve de la nuit précédente, je goûtai, jusqu'au plus profond de mon être, les sensations heureuses que me prodiguait ce printemps délectable. Mon âme s'ouvrait, humble et docile, aux bonnes pensées ; jamais je n'avais été mieux préparé à recevoir les appels de la Grâce.
Ce fut d'abord presque avec timidité que je regardai en moi-même. J'appréhendais un peu d'y retrouver quelques restes des ténèbres méphitiques où je m'étais égaré la veille. Il y eut bien une vague velléité de ricanement diabolique à rencontre de la joie qui m'emplissait le cœur. Mais l'emprise de la Grâce était trop forte à ce moment; la tentation se dissipa comme une vaine fumée : le Diable humilié fit silence.
Rassuré de ce côté, je me dis: a Voyo: s'agit, cette fois, d'établir le bilan de mes doutes et de mes convictions. Repassons les articles du credo scientifique ; épluchons d'abord p:i nisme, bouddhisme et panthéisme. Analysonsnous en toute franchise, sans faux-fuyants et sans détours.
Je récapitulai donc panthéisme, bouddhisme
■ ISTOIRE D Ut! CONVERSION 73
paganisme. Et je m'aperçus tout de suite que ces erreurs n'avaient pris de force que par l'ivresse de mes sens ou par mon dégoût des Agites pervers qui mènent au gouffre la société contemporaine. Le voile que ces illusions avaient déployé devant les yeux de mon esprit se déchira d'un seul coup et la brise printanière en emporta les lambeaux. — Hélas, il se retissa par la suite ; cela m'arriva chaque lois que je me bouchai les oreilles pour ne pas entendre la voix divine qui me sollicitait. Pourtant, jamais plus l'étoffe n'en redevint aussi résistante que naguère.
Quant à la science, je n'eus pas beaucoup a m'interroger. Après avoir recensé avec soin les théories matérialistes, je m'aperçus, plein d'un étonnement joyeux, que l'édifice ne tenait plus debout. Je n'eus qu'à donner un coup de pioche et tout s'effondra. L'écroulement fat total — et définitif. Je peux affirmer que, depuis, en aucune occasion, cette lourde bâtisse ne s'est réédifiée en moi.
— Maintenant, que me reste-t-il ? m'écriai-je.
Aussitôt, il me fut répondu, tout bas, au dedans de moi : — Dieu !
Je tressaillis et j'eus un mouvement de recul.
74 DU DIABLE A DIEC
Mais la voix intérieure et si douce reprit : — Dieu!
Et il me sembla que les feuillages chanteur» répétaient autour de moi : — Dieu 1 le Seigneur Dieul
J'hésitai, je cherchai par où me dérober tant ce nom mé taisait peur. Puis prenant mon parti : — Soit, dis-je, je veux bien aller à Lui. Mais comment m'y prendre?...
11 arrive parfois, lorsqu'on erre dans les parties rocheuses de la forêt, sans suivre de chemin tracé, qu'on aboutit au fond d'un défilé où les blocs de grès paraissent se rejoindre pour vous empêcher d'avancer. On n'aperçoit d'abord nulle issue. On pourrait revenir sur ses pas, mais on n'y consent point parce qu'on se doute que, de l'autre côté de ces pierres, il y a des choses merveilleuses à voir. On s'approche et, dès qu'on est tout près, on découvre un passage étroit, obscur, encombré de ronces, mais tout de même praticable. — On s'y glisse, en butant et en chancelant ; on se rattrape aux ronces qp\ vous ensanglantent les mains, on s'appuie aux parois du roc, on tombe, on se relève, — et enfin Ion débouche sur une esplanade, baignée de clartés, da haut de laquelle on admire n fini un paysage grandiose.
■ISTOIRJK D'UNE COKVKli 7b
Cette image rend on ne peut mieux non seulement cet épisode de ma conversion mais aussi ce qui devait m'arriver jusqu'au jour ou l'Eglise accueillit dans son giron le pauvre pécheur repentant.
Tout en tergiversant, comme je viens de le dire, j'arrivai dans le bas des Fosses Rouges, au carrefour du Pivert. Là, le sentier bifurque : à gauche, il grimpe vers Mont-Chauvet, à droite, il s'enfonce dans la futaie du Nid de l'Aigle.
Je pris à droite ; et après avoir marché quelque* pas, je quittai le chemin pour entrer dans la brousse. Je trouvai, au pied d'un chêne, une pierre moussue où je m'assis et je me demandai ce que j'allais construire pour remplacer le temple des vaines idoles dont les derniers débris roulaient, pêle-mêle, hors de mon âme.
J'étais dans un état de parfait équilibre, plein d'une quiétude rarement ressentie. Et je me sentais si lucide que je pouvais suivre sans peine toutes mes associations d'idées. C'est là encore un des bienfaits de la Grâce. Certes, les minutes où elle nous soulève hors de nousmême et nous remplit de rayons, en un ravissement ineffable, sont splendides. Mais combien douces également les heures qu'elle choisit pour
couler en nous comme un fleuve paisible et majestueux où nos pensées se reflètent, plus précises qu'elles ne le furent jamais. Alors le calme dont on jouit, la perspicacité nouvelle qu'on se découvre permettent de dégrossir les matériaux pour le tabernacle où le Seigneur descendra quand il le jugera suffisamment purifié.
A l'endroit, où j'étais assis, les buissons m'entouraient de toutes parts de sorte que du sentier, l'on ne pouvait m'apercevoir. — On verra pourquoi je donne ce détail.
Le dos appuyé au tronc du chêne, les prunelles levées vers le ciel radieux qui semait des médailles de soleil sur le sable, je me dis : — Un fait existe, c'est que, depuis qu'il y a des hommes pour se poser le problème du : Pourquoi sommes-nous mis au monde, cent religions et autant de philosophies ont tenté de le résoudre.
Elles ont varié sans cesse, suivant les milieux, les circonstances, les modes, et surtout suivant les caprices de l'esprit humain. Des croyance» sont nées, se sont développées, ont péri. La raison et la science se sont évertuées à donner une explication de l'univers. Jamais elles n'ont réussi à rien établir de stable puisque telle hypothèse, tenue hier pour la vérité, est remplacée
HISTOIRE D USB CONVERSION
aujourd'hui par une h ' nouvelle qui,
dem a elle-ni il une autre
conjecture.