‹ Du diagnostic clinique de l'Arythmie complèteChapitre 25 sur 63 · II. — FORMES D'APRÈS LA DURÉE DU SYNDROME ARYTH- MIQUE · texte numérisé non relu

II. — FORMES D'APRÈS LA DURÉE DU SYNDROME ARYTH- MIQUE

Se sont des formes d'autant plus curieuses à connaître que certaines d’entre elles marquent une des modalités de l’entrée dans l’arythmie complète définitive. On en distingue, en effet, deux variétés : l’une transitoire, l’autre permanente.

a) Les formes transitoires.

Leur connaissance a dépossédé l’arythmie complète du nom de « pulsus irregularis perpetuus » qu’on lui donnait autrefois. En effet, quand cette arythmie

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débute chez un sujet, elle ne revêt pas d'emblée la forme continue. Elle apparaît d’abord par poussées, par accès : on dirait qu’elle tâte le terrain. D’après leur modalité d'apparition, ces formes intermittentes peuvent se diviser en deux variétés; l’une qui survient par crises bruyantes, violentes, l’autre au contraire plus calme, presque insidieuse, mais de durée éphémère toujours, comme la première.

1° Les paroxysmes d'arythmie complète. — II y a des crises de fibrillation auriculaire comme il y a des crises de tachycardie paroxystique. Comme ces dernières, elles ont leurs causes occasionnelles ; un trouble digestif qui, quelquefois, est plutôt l’effet que la cause, une émotion plus ou moins violente, chez la femme l'approche de la période menstruelle.

Le malade peut être réveillé la nuit par sa crise, qui a toujours pour caractéristique de débuter brusquement et de finir de même.

Comme dans la tachycardie paroxystique, ce passage brutal de l’état de santé à l’état de malaise ne se fait pas sans désordre. Tantôt le malade éprouve des sensations réelles de battements tumultueux du cœur, tantôt des réactions d'ordre général plus ou moins impressionnantes et même dramatiques, d’après la nature et le tempérament du sujet qui en souffre : pâleur, vertiges, parfois même syncopes. Celles-ci sont assez rares; mais en général, plus le taux de la tachyarythmie est élevé, plus le sujet est angoissé, palpitant, troublé.

Le retour subit de l’état de santé est marqué par une éclosion de phénomènes qui sont comme une manifes-

tation bruyante et joyeuse de l'équilibre circulatoire recouvré : crises polyuriques, digestives, etc.

Si l’on ausculte le cœur au moment des accès, on est surpris de ne pas entendre le rythme fœtal, apanage de la tachycardie paroxystique, mais on perçoit le désordre des pulsations qui, joint à leur rapidité, impose le diagnostic de tachyarythmie. Il est rare d’ailleurs que cette crise d’arythmie complète paroxystique survienne sans crier gare. Cependant nous pouvons, au sujet des conditions d'apparition qui entrent dans la balance du diagnostic, distinguer plusieurs types de malades que notre maître, M. LAUBRY, a d'ailleurs observé.

Premier type. — C'est un des plus fréquents et des moins surprenants : il s’agit de femmes, en général sympathicotoniques, qui toute leur vie durant ont souffert de troubles d’excitabilité cardiaque : au début, ceux-ci ont été des extrasystoles simples, puis ces intermittences se sont changées en petites crises passagères, quelquefois bruyantes, quelquefois inaperçues; au second stade, les troubles constatés sont des crises franches de tachycardie paroxystique, et enfin les crises de tachyarythmie se substituent un bes 1 jour à ces dernières.

Deuxième type. — On peut voir survenir chez une femme à la période de la ménopause, sans qu’elle ait présenté auparavant le moindre signe d’irrégularité cardiaque, des paroxysmes arythmiques transitoires el qui n’ont pas de lendemain.

Troisième type. — Le vieillard entre fréquemment dans l’arythmie complète à la faveur de crises de tachyarythmie, mais on n’oubliera pas que celles-ci peuvent

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se montrer longtemps à titre isolé. M. LAUBRY suit un vieillard de 75 ans, qui consulta le professeur RIBIERRE, en 1921, pour des crises très nettes de tachyarythmie et chez lequel, actuellement encore, des intervalles de quatre et cinq mois se passent avec un cœur régulier et sans ennuis; tout se borne, au moment de la erise, à une sensation de malaise précordial. Sur le conseil di docteur RIBIERRE, ce malade ne suit pendant sa crise, qu’un petit traitement quinidique (il a la phobie de la digitale ) et ce traitement purement calmant semble ne pas lui avoir nui.

2° Les poussées transitoires simples. — Bien qu'il soit difficile de distinguer cette variété, jumelle de ia précédente, il est nécessaire de le faire parce que non. seulement des nuances symptomatologiques Îles séparent, mais parce que cette forme semble survenir dans des conditions assez différentes. Tout d’abord, il y a durée plus longue-.de l’arythmie qui se compte par jours, par semaines, par mois et non par heures. Il y a ensuite symptomatologie fonctionnelle beaucoup moins marquée; le trouble ici apparaît sans tapage, le malade ne s'aperçoit pas ou peu du dérèglement de son cœur, sauf la fatigue inaccoutumée qu’il peut provoquer.

Le sujet qui fait l’objet de l’observation n° 61 passe du rythme normal à la fibrillation auriculaire sans s’en “louter, et sa femme nous dit qu’elle à observé le fait depuis une vingtaine d’années.

Chez ces malades, l’arythmie complète un beau jour disparaît, tantôt sous l'influence d’un traitement quinidique, tantôt spontanément, ce qui peut faire douter de

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l'efficacité du traitement. Ainsi en était-il chez un ma-. lade du docteur LAUBRY : une femme, au moment de sa ménopause, fut en proie à des troubles aythmiques pour lesquels, cliniquement et électriquement, il s'agissait d’arythmie complète; l'affection durait depuis deux semaines, quand fut institué un traitement par la quinidine, qui amena un résultat satisfaisant et un retour à la régularité du cœur. Deux mois plus tard, l’arythmie réapparaissait, elle fut traitée, à ce moment-là, par des calmants anodins et quinze jours après cédait la place à un rythme normal. Ultérieurement, à la faveur d’une intervention chirurgicale assez grave et sous l’influence de l’anesthésie, même trouble impressionnant, qui céda avec la digitale. Un tel exemple montre en même temps dans quelles conditions survient cette forme transitoire banale.

On le note aussi à l’occasion d’une intoxication et même d’une infection. Assez nombreux sont les cas d’arythmie complète éphémère, observés à l’occasion de la grippe. On peut en rapprocher ce cas, au cours d’un rhumatisme articulaire aigu, dont LAUBRY et DOUMER ont donné un très intéressant exemple. On l’a observé au cours des maladies parasitaires : maladie de Chagas, amibhémie, etc.

Ces formes sont utiles à connaître pour ne pas préjuger trop vite de l'influence salutaire d’une médication dans l’arythmie complète, surtout au début.

b) Les formes permanentes.

.Tous les auteurs ont vu les malades porteurs d’arythmie complète intermittente, verser tôt ou tard dans la

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forme continue. Les accès, insidieux ou bruyants, deviennent plus fréquents, leur durée se prolonge, et les sujets conservent un cœur en état de fibrillation auriculaire jusqu’à la fin de leurs jours.

C’est sous cette forme qu’elle est le plus fréquemment observée, avec des variantes de rythme plus rapide ou quelquefois — mais plus rarement — de passage à la forme lente.

La tolérance en est parfaite dans bien des cas, dans d’autres, au contraire, les complications se précipitent, hâtant le dénouement fatal.

DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL

On comprend qu'avec la multiplicité de ses formes cliniques, l’arythmie complète — malgré le caractère fondamental que lui confère sa cadence désordonnée — puisse simuler toutes les autres formes d’arythmie. Certes, la plupart du temps le diagnostic sera facile, mais dans certains cas dla difficulté est insurmontable et le dernier mot demeure aux investigations graphiques et à l’électrocardiogramme qui fait toucher du doigt la fibrillation auriculaire.

Avant d'y recourir, il faut faire œuvre de clinicien et savoir exercer sa sagacité sur les seules ressources sensorielles. Chaque forme exigera un diagnostic différent.

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