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DES SYMPTOMES ACTUELS, COMME SOURCES DU DIAGNOSTIC

Nous avons à signaler ici les élémens les plus positifs du diagnostic chirurgical. Parmi les symptômes actuels des maladies, les uns, comme la douleur, sont seulement perçus par le malade et traduits oralement au chirurgien : tel est, par exemple, le premier symptôme d’une carie de la colonne vertébrale à son début; d’autres consistent en des troubles fonctionnels qui mettent le chirurgien sur la voie de la découverte de la lésion organique dont ils dépendent; d’autres enfin, sont liés à une altération que l’on peut étudier directement : cette dernière condition se rencontre dans le plus grand nombi*e des affections chirurgicales. A part quelques maladies qui se décèlent par des symptômes tellement tranchés , que leur apparition suffit pour établir le diagnostic, quoique la lésion organique et le phénomène qui en dépend ne soient point directement accessibles aux sens du chirurgien ; à part, disonsnous , ces cas exceptionnels , on voit que la sûreté du diagnostic se mesure en quelque sorte sur la fa-

DES SYMPTOMES. sÿ

cilité de constater les signes physiques des maladies chirurgicales.

Je ne m’étendrai pas sur chacun des symptômes que peuvent présenter les maladies chirurgicales , cette étude embrassant à elle seule presque toute la séméiotique; cependant, j’ai cru devoir traiter en particulier de quelques-uns d’entre eux, de ceux notamment qui, envisagés sous le point de vue chirurgical , peuvent fournir au diagnostic des élémens utiles. Les points qui n’auraient pas reçu une extension suffisante dans cette partie de la thèse, ou qui auraient été omis à dessein, seront repris avec les développemens qu’ils méritent, lorsque je traiterai de l’application des organes des sens à la recherche du diagnostic.

g I er . — Forme , direction , volume .

Un grand nombre d’affections chirurgicales se décèlent par des changemens dans la forme, la direction, le volume des parties malades; aussi ces éhangemens éclairent-ils souvent le diagnostic. Les luxations, les fractures, sont caractérisées par la déformation au voisinage de la lésion , l’inclinaison du membre dans un sens, l’augmentation de certaines saillies naturelles , la diminution de quelques autres. Une dépression dans laquelle le doigt s’enfonce indique la fracture de l’olécrâne, la rupture du tendon d’Achille. La forme globuleuse, piriforme, pédiculée, acuminée, d’une tumeur herniaire, d’une

hydrocèle, d’un kyste’, d’un abcès, sert à déterminer la nature de ces maladies. Le volume et la forme du pénis tiraillé par le malade conduisent au diagnostic d’une affection calculcuse. L’affaissement de Eœil, à la suite d’une plaie, indique la pénétration ; l’atrophie du même organe se lie à l’amaurose ; celle du membre inférieur, à la tumeur blanche de l’articulation coxo-fèmorale.

§11. Garnis tance.

La consistance est unsyimptôme fécond en notions diagnostiqués ; si nous voulions passer en revue les maladies dans lesquelles la consistance des parties est altérée, il nous faudrait évoquer ici la presque totalité des affections chirurgicales ; fractures , luxations , engorgemens inflammatoires, aigus ou chroniques, abcès, anévrismes,hernies, hydrocèles,etc.; et d’une autre part, quelle infinie variété dans la forme que peut revêtir ce symptôme , depuis la dureté d’une exostose jusqu’à la mollesse d’un abcès arrivé à sa période de maturité ! Ce n’est pas tout : jil est un grand nombre de tumeurs qui passent successivement par divers degrés de dureté ou de ramollissement, et pour lesquelles ces cfiangemens et l’ordre dans lequel ils se succèdent deviennent un signe d’une grande valeur. On voit se ramollir chaque jour un engorgement inflammatoire qui tend à la suppuration , tandis qu’un anévrisme d’abord souple et fluctuant devient progressivement résistant et compacte.

§ III. Œdème.

L’œdème peut constituer par lui-même une maladie ; mais, dans quelques circonstances, il est purement symptomatique , et c’est alors qu’il tombe dans le domaine du diagnostic. Quelquefois, loin d’éclairer la nature d’une maladie, il l’obscurcit en en masquant les principaux symptômes \ mais il n’en est pas toujours ainsi : on sait que l’empâtement œdémateux des tégumens du crâne instruisit Dionis sur la nature et le siège d’une fracture. La physiologie démontre que les obstacles à la circulation entravent l’absorption, et déterminent dans les parties la stase eti’accumulation des liquides séreux ; la présence de ce phénomène, surtout s’il a son siège aux membres, ne devra donc pas être négligée; elle aidera le chirurgien à rencontrer la source du mal, et dirigera ses recherches sur l’état des principaux vaisseaux artériels ou veineux, du tissu cellulaire qui les enveloppe , des organes qui leur confinent, etc. Dans les suppurations profondes l’œdème est un symptôme d’autant plus précieux que dans ces cas les signes sont obscurs et en petit nombre.

§ IV. Emphysème.

L’emphysème, envisagé comme signe des maladies chirurgicales , mérite de nous arrêter quelques

SOURCES DU DIAGNOSTIC, instans. On le rencontre dans les plaies ^le poitrine, du cou , des sinus frontaux, les fractures des côtes, des os du nez ; on l'a vue se manifester à la suite d’une plaie du canal intestinal (Blandin). Dans les cas que je viens de citer, l’emphysème reconnaît pour cause immédiate une communication établie entre les mailles du tissu cellulaire et des cavités naturelles pleines d’air ou de gaz. Nous y ajouterons les emphysèmes produits volontairement dans le but de simuler certaines maladies , tel est l’emphysème par insufflation d’air dans le tissu cellulaire du scrotum , l’insufflation par une éraillure de la muqueuse buccale. D’autres fois , les gaz se développent dans l’intérieur de nos tissus, comme dans la gangrène, les contusions violentes, certaines fractures compliquées; tel était peut-être cet emphysème extraordinaire qui succéda à une réduction de luxation de l’humérus opérée par Desault.

.§ Y. — Température.

Au nombre des phénomènes de plusieurs affections chirurgicales , on peut citer les modifications survenues dans la température : ces modifications sont générales ou locales ; l’appréciation des premières fournit plus habituellement aux médecins qu’aux chirurgiens des élémens de diagnostic. Il est une circonstance, cependant, où les sensations de température éprouvées par le malade ont une signification importante : nous voulons parler des cas dans

lesquels 11 se manifeste des frissons. Les frissons, survenus quand existe une phlegmasie aiguë susceptible de se terminer par une suppuration, annoncent à peu près certainement la sécrétion du pus ; un ou plusieurs frissons violens, éprouvés par un individu atteint d’une plaie en suppuration , dénotent presque infailliblement l’invasion des accidens qui ont été attribués à l’altération du sang par le pus. Le frisson, qui marque le début de la fièvre traumatique , diffère des précédens en ce qu’il est unique. Par la périodicité de leur retour, les frissons de la fièvre intermittente se distinguent de ceux dont nous parlons et qui sont essentiellement irréguliers.

Quant aux modifications survenues dans la température locale, elles permettent de séparer tout d’abord en deux grandes classes la plupart des tumeurs sous-cutanées : les unes, telles que le phlegmon, l’anthrax, le furoncle, etc., se présentent toujours avec un accroissement de la chaleur de la peau 5 les autres, beaucoup plus nombreuses , telles que l’abcès froid, celui par congestion, l’anévrysme , le cancer, la hernie, les kystes, les lipômes, etc., se développent ordinairement saris changement de température des tégumens externes. L’abaissement local de température peut s’observer dans les lésions des nerfs ou des vaisseaux , à la suite de violentes contusions; la cessation entière de la calorification est un symptôme de gangrène. Le refroidissement n’aurait plus la même valeur diagnostique ,

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si les parties avaient été exposées à une température

très-basse.

§ yi. — Attitude.

L’attitude du malade peut entrer comme élément dans le diagnostic de certaines affections. Tous les chirurgiens ont remarqué l’attitude que prennent instinctivement les individus atteints du mal de Pott. L’affection occupe-t-elle la région cervicale, surtout chez un enfant, on le voit soutenir sa tête entre les deux épaules fortement élevées, ou l’appuyer sur une seule, si la maladie a fait plus de progrès d’un côté que de l’autre.. Siège-t-elle dans les régions dorsales ou lombaires, on sait par quel artifice le malade transmet au bassin le poids des parties supérieures du tronc. Desault a souvent reconnu une fracture de la clavicule, d’après l’attitude du malade qui entrait dans son amphithéâtre. Dans les diverses espèces d’empyèmes, le déeubjtus varie suivant que l’épanchement occupe une seule ou les deux cavités pleurales. L’explication physiologique de ces phénomènes jusque-là mal interprétés a été présentée par M. le professeur Richerand d’une manière aussi simple que judicieuse.

ILest quelques lésions qui peuvent être soupçonnées d’après l’aspect que présentent certaines parties du corps : c’est la dépression de la paroi antérieure de l’abdomen qui a fait reconnaître à Percy une rupture du diaphragme; le faciès , dans la pé-

ritonite, est marqué d’un cachet particulier; le visage revêt, dans les plaies du diaphragme, un aspect propre qu’on a désigné sous le nom de rire sardonique.

§ VII. Digestion.

Déglutition. Les changemens qui surviennent dans l’acte de la déglutition sont tantôt l’indice d’une lésion des centres nerveux, tantôt la conséquence d’une affection d’un ou plusieurs des nombreux organes qui entrent dans la composition, de l’appareil complexe, au moyen duquel cet acte s’accomplit. Que la luette trop prolongée tombe sur la base de la langue , elle y détermine un sentiment de titillation , qui cause secondairement le soulèvement du pharynx; qu’un corps étranger s’arrête dans le conduit œsophagien, son séjour dans ce lieu entraîne un trouble de la fonction , qui varie entre la simple gène et l'empêchement absolu. La compression et le rétrécissement de l’œsophage par une tumeur développée à son voisinage ou dans l’épaisseur même de ses parois, sont souvent annoncés par la régurgitation des alimeas.

La faim , éclaire quelquefois sur les altérations du canal intestinal; un appétit excessif, dans un cas d’anus contre nature, apprend que la maladie siège dans le commencement du tube digestif.

Les nausées , les rapports , dépendent en général d’un obstacle plus ou moins marqué au libre trajet

3 a SOURCES DU DIAGNOSTIC,

des matières contenues dans l’intestin, et deviennent de précieux indices dans le diagnostic des hernies.

Nous mentionnerons ici le hoquet, signe d’une valeur incontestable dans les plaies du diaphragme, les gangrènes , et surtout dans celles qui affectent les hernies 5 mais , dont il est permis de contester l’importance, si on veut, àl’exemple de J. L. Petit, trouver, dans l’époque de son apparition avant ou après le vomissement, un caractère différentiel de la cystocèle et de l’entérocèle étranglée.

Le vomissement se manifeste dans plusieurs lésions chirurgicales des organes abdominaux et de leur enveloppe commune. L’étranglement de l’intestin, de l’épiploon, de la vessie, du cordon spermatique, la néphritecalculeuse, nous présentent ce symptôme. Les vomissemens sanguinolens nous feront reconnaître une lésion traumatique de l’estomac; des vomissemens de matières stercorales font soupçonner au chirurgien que le cours de ces matières est interrompu dans l’intestin, soit par une hernie, soit par un corps étranger arrêté dans le canal intestinal, soit par une tumeur qui le comprime, etc. Le vomissement est un symptôme fréquent de la commotion cérébrale.

Les déjections peuvent en plusieurs circonstances instruire le chirurgien. Leur suppression, dans une hernie, indique l’étranglement ou l’engouement; elle peut indiquer surtout que l’étranglement persiste dans l’abdomen , malgré la réduction. Elle

DES SYMPTOMES, établit la différence entre la fistule stercorale et l’anus contre nature; elle peut enfin éclairer la composition d’une tumeur formée dans l’abdomen.

Leur nature pourra souvent rendre raison de certains accidens. Elles seront dans les plaies des intestins parfois sanguinolentes; elles le seront souvent dans les hémorrhoïdes , le cancer du rectum. Enfin , leur disposition et leur forme indiqueront un rétrécissement organique ou une compression de l’extrémité inférieure de l’intestin.

§ VIII. Respiration.

C’est principalement comme signe d’affection traumatique du cerveau, que les chirurgiens ont étudié les modifications que la respiration peut éprouver; et c’est à ce titre que je dirai un mot de la respiration stertoreuse. Cette modification du bruit respiratoire nous paraît due à ce que le voile du palais paralysé obéit à l’impulsion que lui communique la colonne d’air attirée dans la poitrine ou expulsée de cette cavité. Il ne faut pas la confondre, ainsi qu’on le fait tous les jours, avec la respiration bruyante, qui n’est autre chose qu’une exagération du bruit qui se produit naturellement lors du passage de l’air, ou avec le râle trachéal, résultant du bouillonnement que produit l’air, en traversant du mucus, du sang accumulé dans les voies aériennes , le pharynx.

Les collections purulentes dans la plèvre , l’em-

pyèrae traumatique, les corps étrangers dans les voies aériennes ou la partie supérieure de l’œsophage, le gonflement des amygdales, certaines plaies de cou, diverses tumeurs de cette région ; les fractures du côté troublent plus ou moins les phénomènes de la respiration.

La voix est altérée dans un certain nombre d’affections chirurgicales, et ses lésions peuvent servir à déterminer le siège ou la nature de la maladie. Elle est abolie dans quelques plaies faites au-dessous de la glotte; elle est ordinairement altérée dans les ulcérations des cordes vocales; lorsqu’un corps étranger, une fausse membrane, existent dans la trachée artère, ou compriment le tuyau vocal; lorsqu’un polype, une tuméfaction des amygdales obstruent le larynx, les fosses nasales ou l’isthme du gosier.

ha.toux, phénomène presque inséparable de l’irritation de la membrane muqueuse gastro-pulmonaire, est un des symptômes des plaies du conduit aérien ou de la présence d’un corps étranger, qui s’est engagé dans le larynx ou arrêté sur son orifice. Ce phénomène devient utile au diagnostic d’une autre façon ; car, le malade pouvant à son gré produire la toux, le chirurgien l’emploie pour s’éclairer sur la nature et le siège des tumeurs qui, comme les hernies, les abcès par congestion, sont déplacées par la contraction des parais abdominales.

g IX. Circulation.

Les ressources que l’appareil de la circulation offrent au chirurgien, sous le rapport du diagnostic, sont nombreuses et intéressantes. Nous nous atta-çherons à deux faits principaux; les pulsations et l’écoulement du sang.

Les Pulsations n’appartiennent pas aux artères seules ; on sait qu’elles ont été rencontrées dans tout le système veineux superficiel, et qu’il n’est pas rare delespercevoir danslarégion du cou; mais ces pulsations veineuses, qui en médecine ont une certaine valeur, deviendraient en chirurgie, plutôt des causes d’incertitude ou d’erreur que desélémens de diagnostic. Les pulsations artérielles, au contraire , outre les notions qu’elles fournissent au médecin comme au chirurgien sur l’état de la circulation générale, présentent encore à ce dernier des indications spéciales et très précises. Les battemens formentle caractère le plus saillant des tumeurs anévris males. Le pouls s’affaisse rapidement dans plusieurs circonstances, telles que la gangrène qui s’empare d’une hernie, la perte d’une quantité considérable de sang; on conçoit l’importance qu’acquiert ce signe , lorsque l’hémorrhagie se fait dans une cavité intérieure, comme le ventre, le canal intestinal, etc. La petitesse, la faiblesse et la vitesse excessive du pouls sont souvent, à la suite d’une opération de hernie, les premiers symptômes

par lesquels le chirurgien est averti du développement de la péritonite. Dans une commotion cérébrale, le pouls est, en quelque sorte, la mesure à l’aide de* Iaquelle on apprécie l’intensité des accidens. L’affaiblissement des baltemens dans les artères de l’extrémité d’un membre, dénote une altération variable, inflammation, ossification, oblitération, etc. , qui peut siéger, soit dans ces artères ellesmêmes, soit dans les gros troncs. Ce phénomène peut se rattacher aussi à la compression des vaisseaux, par des tumeurs développées dans leur voisinage.

Nous pensons devoir mentionner ici quelques phénomènes dont le diagnostic chirurgical reçoit des lumières , et qui ont avec la circulation des relations intimes; ainsi, les soulèvemens des encéphalocèles et des fongus de la dure-mère; le mouvement d’expansion des tumeurs érectiles.

Les écoulemens sanguins se font soit par une plaie, soit par la surface d’une muqueuse. Le sang est-il vermeil, spumeux, s’échappe-t-il d’une plaie par jets saccadés, etc. vous prononcerez qu’il y a une lésion artérielle. Si le sang est noir, s’il s’écoule par un jet continu, il provient d’un vaisseau veineux. Il faut cependant se rappeler qu’un jet de sang vermeil et saccadé peut, ainsi que nous en citerons plus bas des observations, avoir lieu, alors qu’il n’y a qu'une veine blessée; et que le sang peut sortir noir et uniformément d’une plaie artérielle. L’hémoptysie, l’hématurie, l’écoulement de sang

par le conduit auditif, indiquent une lésion du poumon, des reins, une fracture du rocher; les hémorrhagies utérines nous font soupçonner un polype, une lésion organique de l’utérus. Enfin, si nous voyons une tumeur ulcérée fournir des hémorrhagies abondantes , en nappe et quelquefois en jet, on devra croire qu'il s’agit d’une tumeur encéphaloïde. plutôt que d’une tumeur squirrheuse,

§ X. Humeurs normales , ou morbides .

La présence ou l’absence de ces humeurs, les changemens qu’elles subissent , soit dans leurs cours, soit dans leur quantité, soit dans leurs qualités, fournissent des notions utiles et d’une application fréquente.

La diminution ou la suppression des humeurs indiquent soit une inflammation des organes ou des surfaces qui les produisent, et par suite le défaut de sécrétion, soit l’obstruction des conduits excréteurs par une cause quelconque, corps étrangers, calculs , caillots , maladie des organes voisins, etc., soit une altération des forces en vertu desquelles les produits circulent dans leurs conduits naturels; c’est ainsi qu’un calcul salivaire, engagé dans le conduit de Warthon, empêche le liquide sécrété par la glande sous-maxillaire d’arriver dans la bouche; que l’absence des urines fait présumer ou leur suppression, ou un obstacle à leurs cours, ou une paralysie de la vessie, etc,

L’issue par une voie qui ne leur est point ordinaire prouve un changement dans les conditions des organes qui les rehferment habituellement ; l’écoulement de la synovie décèle l’ouverture d’une articulation ou dune bourse muqueuse; l’issue de la bile par une plaie, annonce la pénétration dans lés voies biliaires. L’issue du chyme, des mucosités intestinales ne dénote pas seulemerit une plaie pénétrante du canal intestinal; elle apprend quel est l’oCgane blessé : l’estomac, le commence ment de l’intestin grêle, le reste des intestins. La sortie des urines pat le rectum, par le vagin, est la conséqueince de la fistule recto-vésicale, vésico ou urétro-vaginale.

L’abondance des produits de sécrétion doit être prise en considération : l’abondance des Urines est un des caractères du diabète. La quantité de la salive qui s’écoule par une fistule parotidienne jette quelque jour sur son siège précis, car l’écoulement sera peu abondant si la fistule aboutit à la glande ; il le sera davantage, si elle provient du conduit de Sténon.

Les cbangemens qu’éprouvent dans leurs qualités les humeurs normales correspondent en général à des altérations plus ou moins profondes des organes sécréteurs ou des voies excrétoires. Ces modifications dépendent . dans beaucoup de cas, de la sécrétion ou du mélange inaccoutumé de certaines matières, telles que le sang ou le pus. L’expectoration

de mucosité sanguinolente et spumeuse sert à reconnaître une plaie du conduit aérien ou la présence d’un corps étranger, rugueux, irrégulier. L’écoulement par la vulve de mucosités sanguinolentes, de fleurs blanches est trop souvent déterminé par une affection chirurgicale du vagin ou de l’utérus pour que le chirurgien ne soit pas autorisé , sur ce seul symptôme, à préjuger quelqu’une de ces affections, à surmonter la répugnance des malades, et à procéder à un examen plus approfondi. Le mucus puriforme qui sort par l’urètre, lorsque les symptômes de la blennorrhagie aiguë ont déjà depuis long-temps disparu, dénote souvent un rétrécissement de l’urètre.

Les urines mêlées de sang, laissant déposer au fond du vase une matière visqueuse , tenace, purulente, pulvérulente ou graveleuse, sont consultées avec avantage dans le diagnostic des plaies et des affections calculeuses , catarrhales, inflammatoires de l’appareil urinaire.

Les sueurs fournissent peu de choses au diagnostic chirurgical ; toutefois , nous ne devons pas passer sous silence l’odeur urineuse de là transpiration cutanée , qui peut être considérée comme un indice de la rétention d’urine.

D’autres humeurs encore, en se faisant jour au dehors, peuvent dévoiler la nature de la maladie. Si l'ensemble des signes propres au testicule luhef-

SOUhCES DlJ DIAGNOSTIC.

culeux pouvait laisser le chirurgien dans l'incertitude, toute espèce de doute devrait disparaître de son esprit au moment où l’ulcération met en quelque sorte la maladie sous ses yeux. Nous ne devons point omettre le dépôt d’un liquide tantôt clair et limpide , tantôt jaunâtre , brun , opaque au-dessous de l’épiderme-, liquide qui, en soulevant cette pellicule , détermine la formation des phlyclènes, dont la présence éclaire le diagnostic de quelques degrés de la brûlure, des contusions, annonce le développement de la gangrène, etc.

Mais, parmi les produits morbides versés à l’extérieur, il en est peu qui offrent autant d’intérêt que la matière purulente. Celle-ci présente des caractères qui varient suivant certaines circonstances, telles que le tissu qui l’a fournie, la nature et le degré de la maladie dont ce tissu est affecté , l’état général du malade. Bien que ces différences nous paraissent avoir été quelquefois exagérées, nous pensons que le pus présente parfois des modifications qui sont de nature à éclairer le diagnostic. Que le chirurgien, par exemple, trouve les linges qui ont servi au malade , imprégnés d’un pus ténu, séreux, roussâtre, fétide, il sera autorisé à penser qu’il s’agit d’une maladie du tissu osseux, et spécialement de la carie; si le pus contenait quelques parcelles osseuses , il n’y aurait aucun doute possible. Un pus chargé de lambeaux membraniformes , de débris putréfiés, annonce la désorganisation du tissu cellulaire. Le pus séreux, floconneux, indique souvent un abcès

scrophuleux; il est visqueux , verdâtre dans les abcès vénériens.

L’inspection des matières sécrétées à la surface d’une plaie permet d’indiquer avec une certaine précision la période à laquelle elle est arrivée : dans les premiers momens, le liquide qu’elle fournit est séro-sanguinolent, puis séreux; elle se recouvre ensuite d’une couche grisâtre, friable, qui est remplacée par une sanie purulente plutôt que par un véritable pus ; celui-ci paraît enfin avec sa couleur jaunâtre, sa consistance crémeuse; et le produit redevient encore fluide dans les derniers temps de la cicatrisation. Le ramollissement de la surface de la plaie et la couche couenneuse, dont elle se recouvre , forment des caractères importans de la pourriture d’hôpital.

La quantité du pus doit être prise en considération : qu’un abcès s’ouvre et qu’il s’en échappe un flot de pus disproportionné avec le volume de la tumeur, le chirurgien aura la presque certitude que cet abcès n’est point borné là où il proémine ; mais qu’il provient soit d’un os plus ou moins éloigné , soit de la profondeur du membre, etc. Enfin , la suppression de la suppuration à la surface d’une large plaie, phénomène auquel les chirurgiens ont, avec tant de raison, attaché une grande importance, se lie au développement de cette terrible complication des maladies chirurgicales qu’on appelle la résorption purulente.

g- XI. Fonctions intellectuelles et sensoriales.

Les lésions de l’intelligence fournissent des documens utiles pour le diagnostic des maladies chirurgicales de l’encéphale, et probablement ces données deviendront plus précises encore, si la physiologie parvient à nous faire connaître les fonctions des différentes parties de cet organe. Ces lésions sont l’affaiblissement, l’anéantissement ou la perversion des fonctions intellectuelles; leur nature et leur degré permettent de supposer l’étendue ou l’intensité de la commotion, de la compression ou de la contusion de la pulpe cérébrale ; elles peuvent également indiquer l’inflammation des méninges.

Les lésions des fonctions sensoriales ont aussi leur valeur ; tantôt ces lésions annoncent une affection des centres nerveux; tantôt elles annoncent seulement une maladie des nerfs qui en naissent. La lésion de la sensibilité, quand elle est partielle, dépend ordinairement d’une maladie des nerfs; tandis qu’une lésion étendue , une hémiplégie , une paraplégie est le signe probable d’une maladie de l’axe cérébro-spinal ; mais,comme presque toujours, dans ces derniers cas, la paralysie du sentiment est liée à celle du mouvement, nous renvoyons à l’article qui traite de cette fonction.

INous n’abandonnerons pas ce sujet sans rappeler les exemples peu nombreux rapportés par Petit de Namur et Lapeyronie, et dans lesquels l’exaltation

générale de la sensibilité a paru dépendre d’une blessure du cervelet.

Ilest une dernière classe de sensations qui peuvent être Utiles au chirurgien, pour l’éclairer sur le diagnostic de certaines maladies obscures : c’est ainsi que, dans la fracture du crâne, le bruit de pot cassé ; le craquement, dans les fractures des membres 5 le coup de fouet, dans la rupture du plantaire grêle ; la sensation particulière qu’éprouve, au moment de la déglutition des liquides, l’individu atteint d’une rupture de l’œsophage, ont mis plus d’une fois le chirurgien sur la voie de la véritable lésion.

§ XII. Douleur.

Il est rare qu’une maladie existe sans douleur , et souvent c’est le seul symptôme qu’elle présente; c’est, ainsi qu’on l’a dit, le cri des organes en souffrance. En l’envisageant dans ses rapports avec les maladies chirurgicales, on voit qu’une douleur in tense se fait ordinairement sentir dans les tumeurs à marche rapide; qu’elle est sourde ou profonde dans celles dont la marche est chronique. Dans certaines tumeurs, la douleur n’a jamais existé: ce symptôme négatif est un de ceux qui aident à reconnaître un abcès par congestion, un lipome, une tanne. La nature delà douleur fournit des indications plus précieuses encore : ainsi, des douleurs aiguës , pongitives, suivies de douleurs gravatives qui elles-mêmes finissent par disparaître, annoncent

presque certainement un travail de suppuration-, des douleurs lancinantes, un cancer; des douleurs ostéocopes, une périostoseou une exostose syphilitique; des douleurs brûlantes à l’anus, une fissure de cette partie. Le début d’un grand nombre de tumeurs blanches est marqué par la douleur, etc.. Leur succession, leur durée, l’époque de leur apparition, le lieu où elles se manifestent, ne sont pas sans importance. Les médecins, comme les chirurgiens , ont noté que des douleurs nocturnes indiquent presque toujours une affection vénérienne; que celles qui reviennent irrégulièrement, et sans cause connue, appartiennent aux maladies cancéreuses.

Relativement au lieu , c’est tantôt, et le plus souvent près du mal, tantôt plus ou moins loin, que la douleur se fait sentir : les calculs rénaux produisent de la douleur dans l’aine ou le scrotum ; le symptôme le plus constant peut-être de la coxarthrocace est la douleur au genou.

§ XIII. Lésions du mouvement.

Les fonctions des muscles peuvent être perverties, affaiblies ou perdues complètement. La diminution de la myotilité ou son abolition complète nous font quelquefois diagnostiquer avec une grande précision les lésions traumatiques des nerfs ou des centres nerveux; la paralysie du deltoïde, à la suite d’une luxation de l’humérus, indique une lésion du nerf

circonflexe ; la paralysie de la paupière supérieure avec renversement du globe oculaire en haut et en dehors, décèle une lésion de la troisième paire ; la paralysie des extenseurs des doigts, dans un cas de plaie du bras, annonce sûrement la division du nerf radial.

Quant à la valeur de la paralysie comme moyen de diagnostic des maladies des centres nerveux, elle a été reconnue dès le plus haute antiquité. L’action croisée des lobes cérébraux est établie aujourd’hui sur un si grand nombre d’observations qu’il en faut faire la règle : laissant dans l’exception les cas contraires qui ont été publiés à cette occasion. Ainsi, l’hémiplégie est un signe important de diagnostic dans les cas de compression du cerveau par du sang, du pus ou une esquille ; il ne faut pas oublier toutefois que d’autres lésions traumatiques du cerveau peuvent aussi déterminer cette hémiplégie. La paraplégie appartient plus particulièrement aux lésions de la moelle épinière.

La perte du mouvement peut encore faire reconnaître une lésion musculaire, la section, l’adhérence d’un tendon. Elle peut aussi indiquer l’oblitération de l’artère principale d’un membre.

A la perversion des mouvemens se rattachent les convulsions cloniques et toniques. Les premières se présentent assez souvent dans les lésions traumatiques du cerveau; les secondes s’observent dans le tétanos.

Ifi SOURCES DU DIAGNOSTIC.

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