GROUPE
OBSERVATION XIX (Inédite) (1)
DiaGnosrTic. — Aortisme hystérique, prédominance des battements artériels à droite.
G... Claude, 44 ans, brigadier aux gardiens de la paix, entré le 20 janvier 1897, sorti le 4 février 1897.
Père mort après une troisième attaque d’apoplexie, mère morte
(1) Observation 2518 de la collection de M. le professeur Bard,
probablement phtisique. Elle prenait, semble-t-il, des crises d'hystérie. Une sœur morte à 17 ans phtisique, une sœur utérine actuellement bien portante. Une tante maternelle hystérique,
Pas de maladie dans l'enfance, jamais de convulsions, fluxion de poitrine à 21 ans, jamais de rhumatisme, ni de syphilis. Pas d’alcoolisme, jamais de blennorrhagie.
Depuis 3 ou 4 ans, vertige au lever, ou bien lorsque le malade regarde d’une hauteur même faible, Il y a 1 an, tremblement survenant dans les jambes, lorsque le malade était debout, se calmant par la station assise, cela dura 2 mois. Il y a 1 mois, bourdonnements et sifflements dans les oreilles, céphalée que le malade compare à un cordon lui étreignant le front. En même temps, envies très fréquentes d’uriner, quarante fois par jour, trois fois dans la nuit; sensation de cuisson avant la miction. Enfin depuis 3 mois, trois à quatre fauxbesoins d’aller à la selle, avec diarrhée de 2 à 8 jours, alternant avec une constipation opiniâtre.
Le malade n’a jamais eu à proprement parler de crises convulsives, mais souvent à l’occasion d’une émotion, il éprouve, dit-il de la ter— reur, ses membres se raidissent et se mettent à trembler, le tout se termine par une crise de larmes.
Etat actuel. — Le malade entre surtout pour sa pollakyurie, qui, à son dire, le fait souffrir beaucoup, de même d’ailleurs que ses fauxbesoins, C’est avec une exagtration manifeste qu’il raconte ses souffrances qu’il dit multiples.
L'état général est bon, le malade paraît être très émotif et répond en bégayant. Il se plaint en outre d’un ballonnement de l’abdomen qui existe réellement, mais léger.
La pollakyurie persiste ; c’est ainsi que hier il a uriné toutes les heures et demie, éprouvant une sensation de picotement très pénible lorsqu'il essaie de résister au besoin d’uriner. Jamais d’incontinence. La vessie se vide également bien ; les faux-besoins et la diarrhée ont disparu depuis l’entrée. Les urines ne contiennent pas d’albumine.
Mais, ce qui est apparu depuis le premier interrogatoire du malade à son entrée, interrogatoire dans lequel on lui avait demandé s’il toussait, c'est une sensation d’essoufflement, toute subjective d’ailleurs, car les mouvements respiratoires ne sont pas accélérés. Le lendemain de l’interrogatoire, au matin, crises d’éternuement et de toux pendant
dix minutes.
On provoque à volonté des zônes d’anesthésie au niveau du tégu-
ment externe. Pas de rétrécissement du champ visuel.
RG
Exagcration très marquée des réflexes rotuliens. Pas de trépidation épileptoïde, La pression dans les deux fosses iliaques, surtout du côté droit, provoque de la douleur et une sensation d’étouffement.
Rien aux poumons.
Rien au cœur, pas d’exagération de la vibration valvulaire.
23 janvier. — L'état général cst excellent, l’'embompoint au-lessus de la moyenne.
Les battements du cœur sont réguliers, tranquilles sans hyperkynésie notable. A la palpation, on ne perçoit nettement ni choc, ni vibration. Battements très accusés, à la vue et à Ja main, de l'aorte à l'épigastre. Baltements artéricls périphériques exagérés. Pouls de Corrigan atténué. Différence très marquée entre les deux radiales ct les deux carotides, les battements Ctant beaucoup plus accusés à droite. Pas de matité aortique sous-sternale.
A l’auscultation : Eclat très exagéré du deuxième bruit sans changement de timbre. Le premier bruit ne présente rien d’anormal, Aux fémorales, souffle de Duroziez très court, n’existant que [our une pression forte, mais constant à la pression favorable. L'amplitude du pouls est plus considérale à droite qu’à gauche, mais cette inégalité est moins marquée qu’au membre supérieur. Le souffle de Duroziez est plus facile à obtenir à droite qu’à gauche, mais s’y présente avec les mêmes caractères.
Le pouls capillaire n’est pas absolument certain. Rien d’anormal à l’auscultation du poumon.
Ancsthésie imparfaite, variable, à peu près égale des deux côtés. La transfixion d’un pli de la peau se fait à peine sentir dans les deux cuisses et ne donne pas de sang.
2 février 1897. — Le pouls présente les mêmes caractères d'amplitude et de forte tension, mais il n’y a pas aujourd’hui de différence marquée entre les deux radiales, toutefois la différence persiste aux carotides.
A l’auscultation on constate toujours l’exagération du second temps à la base, non encore perceptible à la pointe.
La vibration diastolique est faiblement perçue et seulement dans la première partie du sternum. Pas de choc musculaire ni de vibration systolique.
Le malade quitte le service le 4 février 1897.
OBSERVATION XX in thèse Thouzellier, Lyon 1898 {résumée)
DraGnosric. — Fièvre typhoïde. Aortisme, rythme, couplé dans la convalescence.
B... Pierre, 21 ans, boucher, entré le 2 juillet 1897, sorti le 7 août 1897.
Père âgé de 63 ans, atteint de maladie de cœur, mère en bonne santé, une sœur morte à 11 ans de fièvre typhoiïde, un frère mort à 2 ans, de maladie inconnue. Une sœur en bonne santé.
Pas d’impaludisme, pas d’alcoolisme, pas de maladies vénériennes. Rougeole dans l'enfance. Incontinence nocturne d’urine jusqu’à l’âge de 10 ans. À 7 ans, première atteinte de rhumatisme aux deux genoux qui dura huit jours. En 1891 nouvelle atteinte de rhumatisme. En 1894 pneumonie gauche.
Le malade a de la céphalée depuis le 22 juin, le 26 il ressentit en en outre une grande lassitude, de l’anorexie, et il s’alita le dimanche 27. La diarrhée persiste depuis le 23. Nombreuses épistaxis. Pas de vomissements.
Actuellement le malade présente un certain degré d’accablement, il accuse une grande faiblesse ; il éprouve des vertiges dès qu’il se lève. Gargouillement dans les deux fosses iliaques ; la matité splénique est augmentée d’étendue et le malade accuse une douleur dans cette région. Quelques taches rosées douteuses.
Au cœur, la vibration systolique est forte. Le choc est au contraire très faiblement perçu, les bruits sont un peu assourdis. Pas de bruits anormaux. Les battements sont réguliers.
Le pouls est très ample, très bondissant, très dicrote de tension plutôt forte. Pouls capillaire très intense. Battements des carotides très” apparents. Battements très accusés, uniformes du corps thyroïde sans exophtalmie.
6 juillet, — Pouls très bondissant, mais avec soulèvement de courte durée. Pouls capillaire toujours net. L'examen du cœur ne révèle aucun signe nouveau. S
17 juillet. — Le pouls présente les mêmes caractères d’amplitude et de haute tension. Le pouls capillaire persiste, mais moins apparent. On ne sent pas de choc musculaire.
es caractères du pouls, ainsi que le pouls capillaire disparaissent au bout de quelque temps.
Le 24 juillet, on constate un rythme couplé du pouls qui donne 58 dans le decubitus et monte à 103 dans la station debout, en même temps qu’apparaît à droite un pouls veineux très marqué, à double pulsation à c'aque systole.
31 juillet. — Pouls 84, Le pouls veineux n’est plus apparent. Il existe toujours un peu d’hyperkinésie des contractions et un pouls bondissant.
2 août, — Le malade part pour Longchêne.
OBSERVATION XXI (inédite) (1)
DiaAGNosrTic. — Dilalation des artères périphériques et pouls de Corrigan, pseudo-insuffisance aortique. Entéroptose.
T... Emilie, 72 ans, tisseuse, entrée le 27 février 1895, sortie le 10 mars 1895.
Père mort à 60 ans d’une attaque, mère morte à 85 ans également d’une attaque, un frère mort à 40 ans d’un vomissement de sang ? survenu brusquement à la suite d’une frayeur, un frère vivant, bien portant, une sœur paralysée.
La malade a toujours eu une bonne santé, jamais de broncaite prolongée.
Réglée à 12 ans, régulièrement jusqu’à 45 ans. Trois enfants morts tous à 20 ans, un de son premier mari, de tuberculose ; les deux autres morts probablement aussi de tuberculose.
L’affection actuelle a débuté il y a environ un mois, par un grand frisson, un point de côté à gauche, de la toux, d’abord sèche, puis suivie au bout de trois ou quatre jours d’une expectoration pénible teintée de sang. Son Ctat s’amiliora au bout de huit jours, mais elle continua à toussor un peu jusqu'à son cntrée.
Depuis six mois, la mala le se plaint de douleurs stomacales, qui surviendraient la nuit vers deux ou trois heures, suivant l'heure à laquelle a eu lieu le repas de la veille. Ces douleurs seraient analogues à des brûlures, comparées aussi par la malade à des piquets qu’on
(1) Observ. n° 2981 de la collection de M. le professeur Bard.
‘lui enfoncerait au niveau du creux de l’estomäc et qui correspondraient ‘dans le dos. Elles durent toujours au moins une heure et passent spontanément.
Quelques renvois de temps à autre, amers; pas de pyrosis. Jamais il n’y a eu de vomissements.
L’amaigrissement a débuté il y a une dizaine d’années, mais n’a pas été plus marqué ces derniers temps. Actuellement l’état général est bon, l’embompoint suffisant. La langue bonne, la pointe déviéeà droite, l'appétit est modéré, mais les digestions se feraient mal comme autrefois. Pas de constipation.
Pas de toux ni d’expectoration. Pas de température. Aux poumons on ne constate rien d’anormal, mais il existe une déformation thoracique avec affaissement du côté gauche; voussure à droite.
La pointe du cœur bat dans le cinquième espace, un peu en dehors du mamelon ; les battements sont réguliers, d'énergie normale. Les bruits sont normaux, le premier est le siège à la pointe d’un léger souffle sans propagation.
A l’examen de l’abdomen, on constate une dilatation considérable de l'estomac. A la palpation, on sent un peu au-dessus et à gauche de lombilic une masse dure, presque superficielle, allongée dans le sens vertical, du volume et de la forme à peu près de l'artère fémorale, laquelle masse est animée de battements énergiques non communiqués. Cette masse roule sous le doigt est douloureuse à la pression ct paraît être l’aorte.
Il y a dix ans, à la suite d’un effort, la malade eut un dérangement de matrice, pour lequel on lui mit un pessaire. Depuis lors elle souffre surtout du côté gauche, surtout quand elle marche, à moins qu’elle ne porte une ceinture. À l’examen on sent nettement la moitié infé-— rieure du rein gauche.
Les urines ne contiennent pas d’albumine.
8 mars. — La malade présente un'assez bon état général, quoiqu’un peu pâle ; il n’existe aucune trace d’æœdème.
Un peu de toux, mais on ne constate à l’auscultation que quelques sibilances disséininées.
L’abdomen est flasque, la ligne blanche élargie, la paroi très dépres® sible. On ne constate pas de tumeur. On perçoit et on déplace facilement l'aorte abdominale un peu à gauche de la ligne médiane, surtout au voisinage de l’ombilic. L’artère paraît superficielle, elle est trés mobile. On la perd un peu plus bas, mais on retrouve l’iliaque primi-
tive droite peu après sa bifurcation sur un assez long trajet, bien perceptible, sous la forme d’un cordon résistant un peu superficiel. Les radiales sont très flexueuses, très mobiles dans le tissu cellulaire; elles résistent au doigt et cependant elles s’effacent à peu près complètement par la pression.
Le pouls présente les caractères très nets du pouls de Corrigan. La grande mobilité des radiales oblige à des précautions particulières pour mesurer la tension au sphygmomanomètre. Celui-ci marque 13 à gauche et 16 à 18 à droite. Les deux pouls sont isochrones et d'égale amplitude, mais l'artère gauche paraît un peu moins volumineuse. Pouls capillaire unguéal manifeste. Souffle de Duroziez très net, mais court, un peu diffcile à percevoir. Pas de retard carotidien.
La matité cardiaque est peu étendue, il n’y a pas de matité aortique sous-sternale, Les battements du cœur sont parfaitement réguliers et tranquilles. Le choc de la pointe, peu intense, sans caractère particulier à la palpation sc fait dans le cinquième espace exactement sur la ligne mamelonnaire et ne paraît pas abaissé, le thorax étant légèrement bombé en avant.
A l’auscultation les bruits sont normaux, le deuxième temps sans aucun souffle, très net, peut-être un peu exagéré.
Les contractions n’Cveillent pas l’idée d’hypertrophie.
La malade n’a jamais eu de rhumatismes, jamais d’ædème ni de dyspnée.
11 mars, — Elle quitte l'hôpital à l’improviste, se sentant mieux.