‹ Du diagnostic des maladies des yeux par la chromatoscopie rétinienneChapitre 14 sur 31 · VERT · texte numérisé non relu

VERT

Grandeur des surfaces carrées colorées (en milli-

Valeurs moyennes pour le fond blanc et noir. . . .

eu 1

Carrés colorés sur le

s moye

Carrés (iolorés sur

leur

es

Moyenne générale. .

Des résultats analogues ont été obtenus par Schelske (1) sur des couleurs spectrales, qu'il faisait apparaître au moyen de l'appareil de Tessel.

§ 2. — Influence de l'électricité sur les sensations colorées de la rétine.

Les expériences électriques sur les phénomènes visuels ressentis parla rétine nous démontrent la variété considérable

(1) Schelske, lur Farhenempfindung {Archiv von Graefe, Donders^ Bd. IX, Abth. ni, S. 32).

de sensations. Tantôt ce sont des cercles rouges ou jaunes, tantôt des éclairs verts ou bleus, selon que les courants électriques sont ascendants ou descendants. Ainsi Ritter (1), en faisant des expériences sur lui-même, a constaté que les courants ascendants faibles provoquaient la sensation d'une lumière verte, tandis que des courants plus forts lui faisaient voir une lumière rouge intense. Les courants descendants, au contraire, produisaient la sensation d'un bleu pâle. Les expériences de Purkinje ont abouti aussi à peu près aux mêmes résultats. Avec le courant ascendant, écrit l'auteur (2), apparaît un losange d'un bleu clair, entouré d'une bande obscure, pendant que le nerf optique fait voir un disque obscur entouré d'une lueur bleue. Les courants descendants donneraient lieu à une figure losangique obscure, entourée de bandes rouge jaune. Avec les courants plus forts, ces phénomènes colorés devenaient tellement confus qu'il n'y avait possibilité de rien distinguer.

Nous avons cru nécessaire de rapporter ici les phénomènes colorés produits par l'électricité dans les yeux sains, sans que pour cela nous voulions en faire une déduction physiologique. L'action, en effet, de l'électricité sur la rétine se fait en masse, les courants passent par plusieurs ou tous les éléments simultanément, et l'on ne peut savoir si c'est à tel élément ou à M autre qu'appartient la sensation du rouge, du vert ou du bleu que ressent l'œil électrisé.

(1) Kitter, Beitrage zur naheren Kemitniss des Galvanismus, t. Il, III et IV, p. 159, 166, etc.

(2) Purkinje, Beobachtungen und VersuchG zur Physiologie der Sinne. Berlin, 1825, t. II, p. 31.

§ 3. — Théorie de Th. Young et de Helmholtz sur la physiologie des sensations colorées de la rétine.

La partie essentielle de la physiologie des sensations colorées de la rétine qui reste aujourd'hui à résoudre est celle qui se rapporte à la localisation de la faculté chromatique. Tl reste, en effet, à démontrer dans quel élément nerveux de la rétine se produit la perception de la lumière blanche ou colorée, et de quelle façon cet acte visuel s'accomplit.

Au commencement de ce siècle, Thomas Young, le savant distingué de l'Angleterre, a émis une théorie toute nouvelle, sur la manière dont les impressions colorées peuvent se produire sur la rétine. Il a admis, à cet effet, l'existence de trois sortes de fibres nerveuses, dont chacune était chargée spécialement par la nature de recueillir une couleur particulière, rouge, verte ou violette. Le mélange de ces trois couleurs dans différentes proportions faisaient, d'après l'auteur anglais, naître la sensation de toutes les autres couleurs du spectre.

Cette théorie n'a pas obtenu pendant longtemps beaucoup de succès, parce qu'elle n'était basée ni sur l'anatomie histologique, ni sur aucun autre fait positif quelconque de la physiologie ou de la pathologie oculaire.

L'hypothèse de Th. Young a trouvé pourtant, dans ces derniers temps, un défenseur zélé dans la personne de M. Helmholtz, qui l'a développée et commentée par des nouvelles observations et des nouvelles déductions physiologiques. Cette hypothèse donne, selon M. Helmholtz, une explication et un aperçu excessivement simples et clairs de tous les phénomènes de l'étude physiologique des couleurs. Mais elle n'est jusqu'à présent confirmé ni par l'anatomie qui n'a pas découvert trois sortes de fibres, ni par des observations phy-

siologiques et pathologiques ; c'est pourquoi nous ne pouvons l'accepter, et nous ne la reproduisons ici que pour servir à l'histoire de cette partie de la physiologie. Voici la théorie de Th. Young.

V L'œil possède trois sortes de fibres nerveuses propres à percevoir et conduire au cerveau trois différentes sensations colorées : le rouge, le vert et le violet ;

'2" La lumière objective homogène excite les trois espèces de fibres nerveuses avec une intensité qui varie avec la longueur d'onde. Celle qui possède la plus grande longueur d'onde excite le plus fortement les fibres sensibles au rouge, celle de longueur moyenne les fibres du vert, et celle de la moindre longueur d'onde les fibres du violet.

Mais le choix de ces couleurs est tout à fait arbitraire, et au lieu de celles que choisit Th. Young, M. Helmholtz ne nie pas qu'on pourrait choisir trois autres couleurs, et cette autre hypothèse serait plus compliquée sans être impossible.

On voit par là combien cette méthode est discutable et par conséquent répondant peu aux exigences actuelles de la science.

Nos propres recherches faites sur des malades atteints de différentes altérations nous ont démontré que l'existence de trois sortes de fibres est inadmissible, parce qu'il n'y a pas possibilité de se rendre compte de certains phénomènes chromatiques morbides. Gomment, en effetj pourrait-on comprendre les faits suivants ?

Un de mes malades atteint d'une amblyopie alcoolique distinguait très-nettement chaque couleur du cercle chromatique ; mais aussitôt qu'il dirigeait son regard sur une autre cou-

leur, la première impression lui restait et il lui semblait voir la même couleur, soit qu'il regardât le rouge , le bleu, le vert, etc. Ainsi en fixant le vert n° 10 (pl. 1), de loin, il le distinguait bien, puis il regardait le rouge qui lui semblait être aussi vert tout le temps qu'il le fixait. Mais il n'avait qu'à fermer ses yeux pendant quelque temps et fixer de prime abord le rouge pour qu'il se rendît bien compte de la couleur» Il y a évidemment là persistance de l'impression primitive qui rend la rétine incapable à toute autre et nouvelle impression.

En supposant trois fibres de différente nature pour les différentes couleurs, la sensibilité de chacune d'elles n'aurait pu être émoussée que par l'action d'une seule couleur correspondante, et le phénomène observé par nous ne devrait pas avoir lieu. Plus tard, on lira les détails de ce fait intéressant.

D'autre part, en supposant l'existence de trois sortes de fibres nerveuses, on aurait besoin d'admettre aussi trois sortes d'éléments rétiniens destinés à recevoir et percevoir l'impression des différentes couleurs, les fibres nerveuses elles-mêmes, n'étant que les conducteurs et ne pouvant, en aucune façon, recevoir l'impression de lumière. C'est ainsi que la papille du nerf optique, composée uniquement des fibres optiques, reste tout à fait insensible pour l'action de la lumière. Quels seraient donc ces éléments? sont-ce les cellules nerveuses, la couche des bâtonnets ou la couche granulaire? Quels seraient les éléments qui serviraient pour les autres fonctions visuelles ?

Il est aujourd'hui difficile, et même impossible, de résoudre ces différentes questions, surtout si l'on prend en considération cette circonstance que l'on n'a pas étudié jusqu'à présent les troubles chromatiques qui peuvent résulter des diverses affections de la rétine.

D'après les désordres de tel ou tel élément rétinien, on aurait pu juger de son rôle dans la faculté colorée de l'œil. Mais ces études ne sont pas encore faites.

Cest au moyen de la chromatoscopie rétinienne qu'on pourra arriver à des résultats plus satisfaisants à cet égard. Les études que nous avons faites sur les malades atteints d'altérations de la rétine et du nerf optique, et que nous résumons dans ce travail, contribueront, en grande partie, à ces recherches, en apportant des faits nouveaux de la pathologie des sensations chromatiques de l'œil.

Les auteurs allemands ont cherché dans ces derniers temps à éclaircir ce point par des expériences faites avec les préparations de la santonine. On sait que l'ingestion des sels de santonine à des doses plus ou moins élevées peut donner lieu à des troubles visuels, limités surtout à la perversion de la faculté colorée de Toeil. Tous les objets sont vus par les individus qui ont pris de la santonine comme jaunes ou jaune vert.

Rose(i), Schultze (2) et Hûfner (3) ont expérimenté sur eux-mêmes les effets de la santonine, en commençant par les doses faibles de 30 centigrammes, et l'augmentant successivement jusqu'à 55 et 65 centigrammes. Au bout de dix à vingt minutes, l'effet du médicament se fît ressentir par un malaise général, quelquefois envies de vomir, et ensuite par une hallucination colorée de la vue.

(1) Rose, Virchow's Arch., Bd. XXVUI, S. 55 et Bd. XIX, S. 533,

(2) Schultze, Ueher den gelben Fleck der Belina, seinen EinfLms auf normale Sehen und Farbenhlindheit. Bonn, 1866.

(3) Hiifner, Versuch einer Erkldrung der xm Santonrausche beobachlelen Erscheinung von partieller Farbenblindheii im Sinne der Young'schen Théorie {Arch. V. Arlt, Donders et Graefe, Bd. XIII, Abth. II, S. 309).

Pour ces expérimentateurs, les objets éclairés apparaissent en jaune verdâtre, et les objets noirs ou obscurs en violet, et en même temps Textrémité violette du spectre devient invisible. Mais avant que ces phénomènes surviennent, tout le champ de vision prend une coloration légèrement violette, sans que cette sensation soit précédée, comme dit M. Hûfner, de la vision en jaune. Une fois même, M. Hiifner a pu voir tous les objets teints en violet, quand il regardait à travers plusieurs plaques de verre jaune. M. Rose a observé à plusieurs reprises, que le rouge et le jaune ont été vus sous l'influence de l'intoxication santonique comme du violet ; dans d'autres cas on a pu obtenir, dit-il, toutes les impressions lumineuses, ce qui est dû à l'individualité des personnes soumises à ces expériences (1).

Ces expériences sont loin de nous donner une explication quelconque des phénomènes chromatiques de l'œil, et si M. Hiifner cherche à prouver que la théorie de Young est confirmée par ces investigations, de son côté, M. Rose croit démontrer l'incompatibilité des phénomènes observés par lui avec la théorie de Th. Young. Si la théorie de Young était vraie, il faudrait, comme dit Rose, que le violet et ses tons disparaissent et que le bleu devienne verdâtre par l'effet de la santonine.

Mais quelle est l'action de la santonine sur la rétine, agit-elle comme un agent excitant ou bien déprime-t-elle sa sensibilité? Au premier abord, il semble difficile de répondre d'une manière certaine à cette question, et M. Helmholtz lui-même, partisan dévoué de la théorie de Young, est fortement embarrassé de se prononcer à cet égard.

Si nous interprétons, comme dit M. Helmholtz, ces phéno-

(1) Rose, Virchow's Archw, Bd. XIX, S. 554.

GALEZOWSKI. 7

mènes d'après la théorie de Th. Young, il faut en conclure que la sensibilité des fibres violettes n'a pas été abolie, mais que les organes terminaux (cônes de la rétine) deviennent moins sensibles ou tout à fait anesthésiés pour la lumière violette. Et plus loin, le physicien allemand avoue qu'il n'est pas facile de décider si la santonine produit une excitation interne forte de la rétine. Il se demande même s'il ne s'agit pas dans ce cas d'une excitation des fibres sensibles au violet; il y aurait alors un affaiblissement relatif de ces mêmes fibres pour la lumière violette objective, affaiblissement dû à un effet d'épuisement (i).

Nous ne pensons pas, pour notre compte, qu'on puisse tirer de ces expériences une conclusion quelconque sur la physiologie du sens chromatique de l'œil ; tout au plus pouvons-nous accepter que les sels de santonine agissent sur Tceil en affaiblissant la sensibilité de la rétine en général, déprimant ses fondions, et en pervertissant ses facultés chromatiques.

On a cherché aussi à démontrer la justesse et l'exactitude de la théorie de Young, par certains faits de la cécité partielle ou totale des couleurs, que l'on rencontre chez les individus qui présentent dès la naissance cette anomahe. Cette opinion ne nous paraît pas être mieux prouvée que les raisonnements de l'intoxication par la santonine, et nous ne pouvons ici mieux faire que de citer l'opinion de M. Aubert (2), qui s'exprime en ces termes à ce sujet : « En somme, il me semble que les recherches sur les cécités des couleurs ne peuvent servir de preuve, soit pour, soit contre la théorie de Young. »

(1) Helmholtz, Optique physiologique y trad. franç., p. 398.

(2) Aubert, Physiologie der Netshaut^ p. 184.

§ 4. — Théorie de l'auteur sur la physiologie de la sensation colorée de la rétine.

Pour se former une idée sur la manière dont se produisent les sensations colorées dans la rétine, il est important de se rapporter aux notions histologiques de cette membrane. La théorie de Young et de Helmholtz aurait pu être beaucoup plus facilement admise si elle ne reposait que sur une anatomie idéale, qui suppose l'existence de trois sortes de libres optiques, ce qui n^'a pu être jusqu'à présent démontré. Cherchons s'il n'y a pas possibilité de comprendre la perceptivité colorée de la rétine par une action physicjue et optique sur un élément quelconque de la rétine ?

Nous avons expliqué plus haut de quelle façon les vibra« tiens des ondes lumineuses se transmettent à la rétine pour y produire une impression de foyer lumineux ou d'un objet lumineux quelconque. Cette impression est produite dans la couche des bâtonnets et des cônes, seule couche de la rétine qui est apte par son ébranlement de sentir la lumière, c'est-àdire la voir.

Mais nous savons d'autre part que les ondes lumineuses blanches et les ondes colorées ne diffèrent que par leur vitesse de vibration, ainsi que le degré de réfrangibilité. Par conséquent, un organe qui serait capable d'être ébranlé par des ondes vibrantes avec des vitesses différentes, et qui serait en même temps en état de saisir le degré de réfrangibilité, pourrait donner une idée plus ou moins exacte des couleurs. Cette double faculté, selon nous, se trouve concentrée dans un des éléments de la couche la plus externe de la rétine, et notamment dans les cônes. Examinons, en effet, la nature intime de ces éléments.

lOO PHYSIOLOGIE DES SENSATIONS DE LA RÉTINE.

Depuis longtemps M. Briicke (1) a démontré que la couche des bâtonnets est douée d'une grande réfringence, si Ton compare ces éléments à la plupart des autres éléments organiques. D'autre part, la forme géométrique elle-même de chacun de ces éléments (bâtonnets en forme de cylindres et les autres en forme des cônes) ne doit pas être étrangère à la production des impressions lumineuses et colorées, qui sont aussi par elles-mêmes l'effet physico-optique.

Le rôle de chacun de ces deux éléments peut être expliqué, cela me semble, de la manière suivante :

Les bâtonnets^ qui sont des cylindres réguliers et placés perpendiculairement à la surface rétinienne, ne peuvent laisser passer d'autres rayons que ceux qui les traversent parallèlement à l'axe. Tout faisceau lumineux qui ferait angle avec leur axe serait perdu ou éteint, comme cela arrive dans les yeux à facettes ou mosaïque^ ainsi que l'ont très-bien démontré Leeuwenhoekj Millier et M. Giraud-Teulon. Ainsi donc, chez l'homme, les bâtonnets reçoivent l'impression des rayons simples, blancs ou noirs qui, sans se réfracter, vont à la base de ces éléments, et de là les impressions sont transmises, par le filet qui longe une des parois du cylindre aux cellules et ensuite au cerveau. Ce sont des organes, des sensations lumineuses en général sans impressions colorées. Si Taction de la lumière se prolonge trop longtemps, il y a alors anesthésie et une sensation du noir.

Les cônes sont au contraire de vrais organes chromatiques de l'œil, et voici de quelle façon ce mécanisme optique se produit.

(1) Briicke, Anatomische Beschreibung des menschlichen Augapfels. Berlin, 1847, et Devsmarres, Traitédes maladies des yeux, iSbli, t. I, p. 29.

Représentons-nous la section d'un cône par la figure 22 A, et la base de ce même cône par la figure B :

FiG. 22. — Phénomènes de dispersion dans les cônes de ïa rétine.

Le sommet de chaque cône regarde, comme nous savons, a rintérieur de Tœil, et de la base au sommet il est traversé par un filet central, qui va ensuite se confondre avec la couche granuleuse, etc. Eh bien^ le faisceau lumineux s qui frappe la surface du cône près du sommet doit nécessairement, en traversant ce cône, se dévier et se décomposer selon les lois des réfractions pour produire à la base des cercles concentriques du spectre solaire, de telle sorte qu'on aura à la base B des cercles rouge^ a; orangé^ h; jaune ^ c; vert, d; bleUy e; indigo, f; violet, g. Les sept cercles concentriques delà base resteront ainsi toujours et constamment sensibles et impressionnables pour ces sept couleurs, de sorte que si une seule lumière arrive, par exemple la lumière bleue, elle ne pourra impressionner que la partie bleue e de la base, les autres restant sans excitation, muettes. En supposant maintenant que la lumière blanche arrive sur le cône, elle se décomposera à la base ; mais comme à la fois toutes les sept parties seront impressionnées, il y aura production de la couleur blanche.

lO'i PHYSIOLOGIE DES SENSATIONS DE LA RÉTINE.

Ainsi toute couleur simple, primitive du spectre solaire, traversera le cône sans se décomposer et ira ensuite impressionner une partie de la base qui correspond à la nature de couleur. La direction de cette déviation sera définie par le degré de réfraction que possède chaque couleur, et pendant que le rouge passera jusqu'à la base presque sans être dévié, les rayons violets subiront un angle de déviation le plus considérable. Une couleur composée se décomposera dans le cône, .pour produire simultanément à la base deux ou trois impressions que le cerveau ensuite transformera en une impression mixte.

On voit par là qu'il n'y a aucune nécessité de supposer Texistence des trois fibres, un seul élément rétinien suffira pour produire les différentes impressions ; quant à ta possibilité de transmettre ces diverses impressions au cerveau, il n'y a pas besoin pour cela des fibres nerveuses à part, une seule peut suffire selon qu'elle sera plus vivement ou moins vivement ébranlée, comme cela arrive pour les fibres nerveuses de l'organe de l'ouïe, du goût, etc. Les sensations de chaleur, du froid, de pression, de douleur, etc., ne sont pas non plus transportées au cerveau que par une seule et même fibre sensitive cutanée. La loi de transmission de diverses qualités des sensations de même ordre, par les seules et uniques fibres conductrices, existe probablement au même degré, adaptée à la transmissibilité des impressions lumineuses. Les fibres optiques font sentir dans le centre visuel, qui est le cerveau, les moindres différences qui existent dans la vitesse des vibrations lumineuses. De là naît la sensation des couleurs.

Mais aussitôt que ces fils iconducteurs sont altérés par telle

OU telle autre transformation morbide, il y a immédiatement la perversion du sens chromatique de l'œil, et souvent à un degré bien plus fort que lorsque la rétine elle-même est désorganisée. Les observations que nous rapportons peuvent servir d'exemples à ce sujet. L'altération se trouve souvent située tout près de la papille; elle prend naissance dans le nerf optique et la malade ne peut distinguer aucune couleur.

Tout au contraire, on trouvera dans quelques autres observations rapportées par nous, que la rétine est souvent fortement endommagée, et pourtant les malades reconnaissent les couleurs en partie ou même en totalité. Dans ces derniers cas les couches des bâtonnets et des cônes ne sont pas évidemment désorganisées dans toute leur étendue : c'est pourquoi la vision colorée de la rétine peut s'exercer en partie.

Les altérations rétiniennes n'occupent quelquefois que les couches internes, souvent même on ne voit des exsudations que dans la couche cellulo-vasculaire, pendant que les autres conservent leur transparence parfaite, comme cela se rencontre en effet dans les rétinites albuminuriques. La faculté de distinguer les couleurs ne peut être alors altérée, et les malades atteints de cette affection conservent ce sens complètement intact. Mais aussitôt que l'altération envahit la macula, les désordres se communiquent à toute l'épaisseur de cette membrane qui est mince et délicate dans cette région, et il y a trouble du sens chromatique.

On trouvera une complète confirmation de cette opinion dans le fait suivant : Une malade avait les deux yeux atteints de la rétinite albuminurique, mais elle voyait assez bien de l'œil gauche pour lire et n'avait aucune perversion de la sensibilité chromatique, tandis que l'œil droit ne voyait

point pour lire, et quant aux couleurs, la malade les confondaient toutes d'une manière extraordinaire. Ainsi le jaune lui paraissait rose; le garance, groseille foncé; le vert lui semble noir. Gela était d'autant plus frappant, que de l'autre œil l'acuité de la vision n'était que très-faiblement diminuée, puisqu'elle distinguait de cet œil le n° 3 de Jaeger, et la'sensibilité chromatique n'était point pervertie.

Nous verrons aussi que les altérations delà macula amènent le plus souvent la cécité partielle ou totale des couleurs, ce qui s'explique très-facilement par la désorganisation des cônes qui sont plus serrés dans cette région et s'altèrent bien

plus facilement.

La théorie que nous avons développée ici sur la décomposition de la lumière dans les cônes, ainsi que sur la production d'impressions colorées à leur base, peut, jusqu'à un certain point, expliquer les anomalies congénitales connues sous le nom de daltonisme^ dyschromatopsie^ etc. La cécité congénitale pour les couleurs n'a rien de fixe ni de constant, et tantôt c'est le bleu et le vert qui sont inconnus pour ces individus, tantôt, au contraire, c'est la couleur rouge qu'ils confondent avec le vert. Cette dernière anomalie se rencontre le plus souvent.

On peut très-facilement comprendre que la base des cônes peut être incomplètement développée, et que dans les cercles concentriques correspondants aux bandes colorées du spectre, il manque le cercle de la périphérie g, où doivent aboutir les rayons violets ; dans d'autres cas le cercle interne a le plus rapproché de Taxe du cône est en défaut, et la lumière rouge n'est plus perçu. Les rayons, dans ces cas, rouges ou violets, arriveront comme dans l'état normal à la base, mais là où ils

doivent produire leur sensation propre, il n'y a qu'un vide ou un tissu connectif quelconque impropre à toute perception, et par conséquent l'absence de perception de cette couleur. Dans le cas où un individu ne distingue pas des couleurs correspondantes aux bandes du milieu du spectre il y a probablement à la base des côrcles ou des bandes circulaires privés de sensibilité, et alors tantôt c'est le vert, tantôt c'est l'orangé ou le vert qui restera invisible. On rencontre le plus rarement la cécité pour la couleur jaune, parce que la bande jaune du spectre solaire est une des plus large et probablement, dans la distribution des cercles chromatiques à la base des cônes, la nature a conservé la même proportion pour l'étendue de chaque couleur.

Dès lors rien n'est plus simple que de comprendre la conservation de la sensibilité dans l'étendue d'une couleur qui occupe le plus grand espace, tandis que la moindre altération peut détruire celles qui sont étroites et servent à la perception d'autres couleurs ou seulement de leurs nuances.

§ 5. — Opinions des auteurs sur les sensations colorées de la rétine.

Il serait superflu d 'entrer dans un développement très-grand sur les opinions diverses qui ont régné dans la science au sujet de l'anomalie chromatique de l'œil. Quelques aperçus généraux suffiront pour renseigner nos lecteurs sur la manière dont on a envisagé, à différentes époques, cette question intéressante de la physiologie oculaire.

. 1. Nous avons exposé plus haut la théorie de Th. Young, qui est aujourd'hui généralement acceptée en Allemagne.

L'hypothèse de Th. Young ne nous paraît pas admissible pour les raisons que nous avons exposées ailleurs.

2. Sir Brewster (1), en parlant des anomalies congénitales dans l'appréciation des couleurs, a cru attribuer ce phénomène à l'insensibilité de la rétine pour les rayons colorés situés, soit d'un côté, soit de l'autre du spectre solaire. Cette insensibilité partielle pour les couleurs peut exister, dès la naissance, chez certains individus comme il y a, dit-il, des individus insensibles à tous les tons placés au-dessus ou au-dessous de l'échelle musicale.

C'est donc un arrêt ou défaut de développement de la rétine ; mais en quoi consiste cet arrêt de développement et quel est l'élément rétinien qui présente cette anomalie ? Brewster ne nous le dit point, et son explication de comparaison ne peut en aucune façon résoudre la question.

3. Dalton ayant été atteint lui-même d'une anomalie dans la perception des couleurs, voulait attribuer ce défaut à la coloration de l'humeur vitrée en vert bleuâtre. Après sa mort, on a trouvé que les milieux réfringents étaient colorés en jaune et non en bleu. Mais cette coloration jaune existe chez tous les vieillards, et ils distinguent pourtant les couleurs.

4. Wartmann (2) admet un état anormal dans l'élasticité de l'expansion des fibres du nerf optique. L'absence d'une élasticité suffisante ferait que l'ébranlement produit par la vibration d'ondes rouges, par exemple, et vertes, produiraient une seule et même impression, et l'œil confondrait par conséquent une couleur avec l'autre.

(1) Brewster, Edinhurgh phîlos. Journal of science^ vol. IV.

(2) "Wartmann, Mém, de la Soc. de phys. de Genève, t. XII ; Archives à''ana^ tomiey 1846 ; Sur le daltonisme ou dyschromatopsîe {Ann, d'oc, t. XXI, p. 180).

Nous avons démontré ailleurs que la lunaière n'agit pas directement sur les fibres nerveuses, mais sur les éléments rétiniens spécialement chargés de ce rôle; la théorie de M. Warfmann, par conséquent, ne peut point être admise.

5, M. Sous (1), de Bordeaux, se rapproche complètement de la théorie de Wartmann, lorsqu'il pense que la rétine d'un daltonien, étant hypertrophiée dès sa naissance, est incapable de vibrer sous les ondulations tantôt trop rapides, tantôt trop lentes.

6. M. Muncke(2) a donné une autre explication de ce phénomène qui ne manque pas d'intérêt. Il prend pour base de sa théorie deux puissances et deux propriétés différentes de l'action de la lumière : puissance chimique et puissance calorifique. Supposons, dit-il, qu'en ce qui concerne l'activité du nerf optique, il n'y ait que deux couleurs, le bleu et le rouge, dont les complémentaires sont le jaune et le vert. Si Tune de ces couleurs est le résultat de la puissance calorifique et l'autre de la force chimique, il résulterait; naturellement que la rétine et le nerf optique ayant la faculté de ressentir l'action des rayons calorifiques, pourraient percevoir en même temps la sensation de la couleur correspondante rouge ainsi que de sa complémentaire. La même chose aurait lieu pour une autre couleur qui correspondrait à la force chimique que la rétine aurait la faculté de sentir. Toutes les autres couleurs pourraient être vues par la rétine, parce qu'elles ne sont que le résultat de mélange de ces quatre couleurs.

C'est une théorie très-ingénieuse, mais elle n'est basée

(1) Sous, Du daltonisme. Bordeaux, 1865.

(2) Muncke, in Geliler, Physikalisches Woerierhuch. Leipzig, 1828, t. IV, p. 1428.

sur aucun fait physiologique ni pathologique, et ne peut par conséquent être accepte'e que comme une simple hypothèse.

7. Durand (de Gros) s'est beaucoup occupé de la question des sensations colorées de l'œil, et l'explication qu'il donne au sujet de certains phénomènes morbides est digne qu'elle soit prise en sérieuse considération.

Il accepte aussi, de même que Young et Helmholtz, trois fibres principales, mais différentes de celles qui ont été admises par ces auteurs. Ces libres sont : Vérythrique ou fibre du rouge, la xanthique ou celle du jaune, et la cyanique ou la fibre bleue.'

Mais M. Durand n'explique pas la manière dont la perception de couleurs se fait dans l'œil normal. Pour faire mieux comprendre son idée, nous préférons citer textuellement ce qu'il dit à propos d'achromatopsie (1).

« L'achromatopsie totale doit consister dans une anormale indivision du différentiateur chromatique de la fibre visuelle. En effet, ce vice d'organisation livrerait l'accès des trois fibres chromatiques élémentaires à l'action de tous les rayons colorés indistinctement, et par conséquent chacun de ces rayons déterminerait en nous la sensation de blanc, mais d'un blanc plus ou moins clair, plus ou moins gris, plus ou moins obscur, suivant la valeur de ton de la lumière colorée.

» Quant à l'achromatopsie partielle elle doit tenir, soit à la paralysie de l'élément ou des éléments nerveux correspondant à la couleur ou aux couleurs qui font défaut, soit à la fusion, à la coalescence mutuelle de leurs différentiateurs particuliers, le différentiateur de l'autre élément ou des autres éléments persistant dans son individualité indét)endante.

(1) Durand (de Gros), Essai de 'physiologie philosophique, Paris, 1866,

» Dans les cas de la première supposition, le sujet ne serait pas seulement étranger à une ou plusieurs couleurs; en outre, il serait forcément étranger à la sensation du hlanc^ car un ou plusieurs des éléments essentiels de cette sensation manqueraient. Les images ayant, objectivement parlant, la couleur dont Fagent rétinal corrélatif se trouve paralysé, paraîtraient comme si elles étaient objectivement noires au lieu d'être bleues, ou vertes, ou rouges, etc. Pour ce qui est de la lumière blanche, elle donnerait la sensation d'une couleur qui serait la complémentaire de la couleur ou de la somme des couleurs supprimées.

» Supposons, par exemple, que la fibre xanthique (jaune) soit paralysée : les objets jaunes paraîtront noirs, et les objets blancs seront vus d'une couleur qui répond à l'expression suivante : blanc =rouge + jaune + bleu; — jaune — rouge + bleu = violet. En outre, les diverses couleurs composées seront perçues, mais déduction faite de l'élément jaune qui pourrait y entrer. Ainsi, dans le cas que nous venons de supposer, le vert se confondrait avec le bleu.

» Dans l'hypothèse de l'autre lésion organique, la lumière blanche serait vue blanche, et ne pourrait être confondue avec aucune couleur objective, car son action mettrait' en jeu la totalité des éléments chromatiques nerveux formée par le concours de l'élément Hbre et des deux éléments en coalescence.

» Mais, de toutes les couleurs, deux seulement seraient perçues: la couleur principale correspondant à la fibre spécifique isolée et la couleur complémentaire. Ainsi, la libre chromatique qui a conservé son isolement étant, je suppose, Vérythrique ou fibre du rouge, et les deux autres, la xanthique

(jaune) et la cyanique (bleue) étant solidaires, c'est-à-dire répondant chacune et à son propre rayon spécifique normal et au rayon spécifique de l'autre, soit au rayon bleu et au rayon jaune indistinctement, il s'ensuivrait que les objets bleus et les objets jaunes paraîtraient respectivement verts, et que ces trois couleurs seraient absolument équivalentes.

» Quel serait l'effet du violet? D'une part, le rouge qu'il contient frapperait la fibre érythrique restée indépendante, et produirait une sensation de rouge; d'autre part, son élément bleu se porterait sur les deux fibres xanthique et cyanique coalescentes, ce qui amènerait une sensation de vert, et de là sortirait une résultante qui serait un mélange de rouge et de vert, c'est-à-dire le blanc. Ainsi, dans la condition organique que nous supposons, le violet et le blanc ne feraient qu'un. »

Le raisonnement de M. Durand est très-logique et très-ingénieux, mais rien ne nous prouve qu'il y ait dans l'œil trois sortes de fibres différentes pour la perception des couleurs; par conséquent, il faut renoncer à cette belle hypothèse.

8. Challis (1) et Grailich (2) ont basé leur théorie des sensations colorées sur la vitesse d'ondulation des molécules d'éther que doit ressentir la rétine. Grailich a surtout examiné l'effet produit par deux rayons de durée d'oscillation différente, et calculant ensuite le temps nécessaire pour que les molécules d'éther exécutent ce mouvement, il est arrivé à formuler cet axiome : que dans le mouvement des couleurs composées, les temps sont en général différents, et le mouvement ondulatoire produit dans l'œil une succession rapide des

(1) Challis, PUloî. Magaz., t. XII, p. 329 et 521.

(2) Grailich, Beilrag zur Théorie der gemischten Farben {Wiener Ber., t. XII et XIII).

sensations colorées qui se combinent en une seule mélangée. Les ondulations des couleurs simples ont toujours un mouvement de vibration à des temps égaux.

Getle théorie d'ondulation est aussi celle qui est aujourd'hui acceptée par tous les physiciens, et nous l'avons adoptée plus haut. Quant à la manière dont la sensation colorée se fait dans la rétine, les deux auteurs ne disent rien ; ils acceptent en principe que la rétine possède la faculté de sentir les ondulations vibratoires de l'éther.

Parmi les théories qui ont été émises pour expliquer la sensation colorée de l'œil physiologique ou morbide, il y en a qui rapporte le siège principal et unique de cette faculté au cerveau. Ainsi :

9, Gall et Spurzheim ont cherché les premiers à localiser toutes les facultés dans les différentes parties du cerveau, et pour eux la faculté chromatique réside dans l'une des parties de ce centre.

Ldi crâniologie ou crânioscopie^ comme dit Gall, doit nous renseigner sur l'état des forces intellectuelles ainsi que sur le développement des divers sens chez les hommes, d'après les saillies plus ou inoins grandes que présente la surface du crâne.

Gall a décrit vingt-sept organes différents qui sont désignés sur la tête que nous reproduisons ici, par les chiffres 1, î2, 3, 1, etc. Spurzheim et ses condisciples ont ajouté plusieurs autres centres qui sont imaginés parles lettres A, B, G, etc. Tous les phrénologistes s'accordent à placer les facultés intellectuelles dans la portion antérieure, et les facultés animales dans la partie postérieure du cerveau; la portion moyenne servirait au contraire de siège exclusif des facultés morales.

Gall pensait que la faculté de distinguer les couleurs appartenait exclusivement au cerveau, et notamment à la partie qui se trouve située immédiatement au-dessus de l'œil et au-dessous du sourcil. Cette place est indiquée sur la tête que nous reproduisons (fig. 23), par le chiffre 6.

FiG. 23.

3 — Organe

4 — Organe

5 — Organe

6 — Organe

7 — Organe

8 — Organe

9 — Organe

10 — Organe

11 — Organe

20 — Organe

21 — Organe

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