Conserves neutres ou enfumées
Les conserves neutres, enfumées ou gris vert de Londres, ont une grande vogue, surtout depuis l'époque oii Lambert, ancien maire de Sèvres, arriva à obtenir, sur la recommandation de l'abbé Rochoux, un verre d'une couleur bleu noir d'une pureté parfaite. Vincent Chevalier construisit les premières conserves avec ces verres.
Les avantages que possèdent les verres de cette teinte lui ont paru tellement considérables, qu'il a cherché à propager leur usage par tous les moyens. MM. Charles et Arthur Chevalier ont accepté complètement l'idée de leur prédécesseur, et par leurs efforts continuels et les soins surtout qu'ils ont mis à obtenir de bonnes teintes bleue noire ou teinte neutre^ ils sont arrivés à obtenir un succès complet. L'emploi de ces verres est devenu général, et l'on s'efforce même aujourd'hui d'abandonner complètement l'usage d'autres teintes. Nous avons dit ailleurs notre opinion à cet égard, et nous pensons qu'il y a souvent nécessité d'avoir recours à l'une ou à l'autre teinte.
La teinte enfumée est très-utile lorsqu'elle est positivement neutre, que la coloration est uniforme et que le verre est pure; autrement il vaut mieux ne pas s'en servir. Malheureusement, les verres teintés sont tous faits de verre à vitres ordinaire coloré plus ou moins grossièrement, et pour obtenir la coloration de ce verre on ajoute des couleurs brunâtres ou jaunes foncées. Les conserves faites avec ce verre sont détestables, elles nuisent plus qu'elles ne peuvent calmer la sensibilité de l'œil, et il faut porter une grande attention dans leur emploi. Espérons avec M. Arthur Chevalier, que nos savants verriers s'occuperont sérieusement de cette question importante de rhygiène de la vue, et qu'avec leur concours intelligent, nous pourrons avoir des verres teintés uniformément et destinés spécialement pour les lunettes, et qu'au lieu d'employer du verre à vitres ordinaire, ils fabriqueront des verres de crownpur enfumé.
Choix des conserves enfumées. — Les conserves enfumées doivent être employées de préférence dans les cas d'opacité
du cristallin lorsqu'il faut diminuer la quantité des rayons lumineux sans changer leur couleur, de même qu'en général dans toutes les photophobies, de quelque nature qu'elles soient. Mais, chez les personnes qui ont des affections rétiniennes ou choroïdiennes, je préfère prescrire l'usage des lunettes bleues et quelquefois vertes.
La forme des verres en coquille ne peut être employée sans inconvénient pour les conserves que chez les personnes presbytes ou hypermétropes : le peu de grossissement qu'on obtient avec ces lunettes ne peut leur nuire en rien. Mais il serait préjudiciable de les employer chez les myopes qui se trouveraient fatigués facilement par l'usage de ces verres.
§ 4. — Aberration chromatique morbide de l'œil.
Dans un paragraphe précédent nous avons examiné le point important de l'optique physiologique de l'œil, et nous avons admis avec M. Vallée que l'œil humain est achromatique.
Mais dans certains états morbides l'œil perd cette propriété achromatique, et les objets lumineux tels qu'une bougie allumée lui apparaissent entourés d'auréoles de différente nature, et de cercles de toutes les couleurs dfe rarc-en-ciel. Cet état morbide, appelé ordinairement chrupsie^ ou vision irisée, constitue une forme d'aberration chromatique morbide de l'œil.
Il faut distinguer deux variétés d'aberrations chromatiques morbides : dioptrique et fonctionnelle ou nerveuse,