‹ Du diagnostic différentiel de certains engorgements des testiculesChapitre 12 sur 16 · NEUVIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

NEUVIÈME OBSERVATION

55 ans. — Coups violents sur le testicule droit. — Application de près de 200 sangsues. — Douleurs intenses. — . Engorgement trilobé. — Difficultés de diagnostic. — Ponctions répétées. — Castration. — Guérison.

R. S., maître armurier, âgé de 35 ans, avait foui jusqu’en 1820 d’une bonne santé. A cette époque, il reçut sur le testicule droit un coup assez violent ; le testicule se tuméfia un peu, et eut de la tendance à remonter facilement vers l’anneau inguinal par suite de la moindre contraction : des anti-phlogistiques dissipèrent l’inflammation. En 1822, un second coup porta sur le même testicule, y détermina des phénomènes analogues à ceux déjà observés : les mêmes moyens eurent les mêmes résultats. En 1827, à la suite d’un voyage sur mer, le testicule se gonfla beaucoup, les douleurs furent vives: le tout disparut à peu de chose près par l’usage des émollients. En 1831, nouveau gonflement plus considérable, douleurs plus vives: application à diverses reprises de deux cents sangsues environ, émollients de toute espèce. Malgré ce traitement énergique , le gonflement persiste , ainsi que les douleurs qui sonÇ

lancinantes, pongilives , et se propagent le long du cordon spermatique, à l’aîne et aux reins.

Durant quatre ans, le malade vit sa tumeur augmenter peu à peu et devenir douloureuse de plus en plus. Enfin, fatigué de son mal, il entre à Saint-Eloi vers les premiers jours de septembre 1835. A la première visite , on observe ce qui suit :

Sa figure est crispée , sa physionomie est sombre et triste , une couleur jaune-paille revêt ses traits, ses cheveux sont un peu blanchis, l’appétit est bon , les fonctions se font en général bien. Le scrotum droit présente un volume considérable , il est tendu, rouge. Pressée entre les doigts, la tumeur est dure dans sa partie moyenne ; cette dureté est presque osseuse ou tout au moins cartilagineuse. La partie inférieure est molle, élastique et paraît contenir un liquide ; la partie supérieure offre bien à peu près les mêmes caractères, mais cependant l’idée de la présence d’un fluide ne naît pas de son examen attentif. Interrogé sur les causes qui ont pu donner lieu à cette affection, le malade répond qu’il n’a jamais eu de maladie vénérienne , et attribue le tout aux coups reçus.

M. le profsseur Serre met en usage divers moyens d’exploration pour parvenir à un diagnostic certain. Après plusieurs jours d’examen, on se décide à pratiquer une ponction à la partie

inferieure de la tumeur; environ un demi-verre de sérosité sanguinolente s’écoule. La petite plaie se cicatrise, le fluide se renouvelle et nécessite une nouvelle ponction. Après chaque évacuation, la totalité de la tumeur diminua de volume, mais toujours les parties moyenne et supérieure conservèrent leurs dimensions premières. La tumeur supérieure fut à son tour attaquée : une incision longitudinale fut pratiquée avec soin et couche par couche, un liquide semblable à celui de la tumeur déjà ouverte s’écoula. Dès-lors la tumeur fut réduite à sa portion moyenne , et on put la palper avec plus de succès. En l’explorant en arrière , on fit éprouver une douleur sui generis , vive , instantanée : c’est le testicule qu’on comprime, dit le malade. Mais le testicule ne formait pas toute la tumeur, ou bien il était malade ; et s’il l’était, quelle était sa maladie? Cette question ne pouvait être résolue qu’en tenant compte de tous les antécédents et de l’état actuel. Cette tumeur si dure était-elle formée par un engorgement inflammatoire ? Ce n’était pas probable ; les anti-phlogistiques employés avec tant d’énergie dès le principe en auraient triomphé. Avait-on affaire à un engorgement vénérien? Les réponses du malade éloignaient toute supposition à cet égard. Etait-ce un engorgement scrophuleux ? Aucun caractère dans l’ensemble de la constitution ne pouvait faire naître cette

idée ; le malade était grêle , jamais il n’avait eu de ganglions engorgés. Etait-ce un engorgement cancéreux ? C’était très-probable ; toutefois le testicule en entier n’était pas malade, puisque, comprimé dans un point , il faisait éprouver des douleurs identiques à celles du testicule opposé. Le diagnostic à peu près établi , M. Serre ne jugea pas cependant prudent de recourir à la castration. On voulut attendre, essayer certains remèdes: l’oxide d’or, comme moins excitant que le muriate , fut préféré. On le donna en* frictions sur la langue : le malade en prit sept grains sans obtenir de résultats. Les douleurs devenant plus vives et l’état général s’aggravant tous les jours, on jugea l’opération nécessaire ; elle fut pratiquée le 16 décembre. Avant cette époque, la tumeur supérieure avait repris sou premier volume. Ojo dut donc procéder à l’opération avec ménagement; car trop de précipitation pouvait entraîner des accidens graves, la lésion d’une anse intestinale , par exemple ; surtout si nous rappelons que, dans le principe , le malade avait vu son testicule remonter jusque dans le canal inguinal, ce qui fait supposer que ce dernier était large.

L’opération ne présenta rien de particulier, les suites en ont. été très-heureuses : au bout d’un mois le malade est sorti parfaitement guéri. Disons néanmoins que la réunion immédiate

n’eut pas lieu, et que presque jamais elle n’a réussi à la suite des opérations de ce genre : ce qui tient, sans doute, non à la nature des parties, mais bien à ce que les lèvres de la plaie n’ont aucun point d’appui. La dissection de la tumeur a prouvé que la maladie était de nature cancéreuse.

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Cette observation nous paraît fort complète ; elle présente les principaux caractères des engorgements cancéreux du testicule. En effet , le testicule droit éprouve deux contusions violentes, se tuméfie douloureusement : des anti-phlogistiques sont employés et avec énergie, et cependant l’engorgement persiste. L’engorgement inflammatoire aigu cède à de pareils moyens.

Remarquons que les douleurs ont été toujours vives, lancinantes, pongitives : nous n’avons pas noté ce caractère à propos des engorgements vénérien et scrophuleux. Le scrotum était rouge, tendu, adhérent à la tumeur: les ouvertures qu’on ^ a pratiquées se sont cicatrisées promptement.

Les malades dont nous avons parlé jusqu’ici n’ont jamais présenté cette couleur jaune-pailïe qui recouvrait les traits de celui-ci.

La tumeur moyenne avait une dureté osseuse. Pour la première fois nous signalons cette dureté considérable ,* pour la première fois aussi nous

signalons l'augmentation lente , progressive et douloureuse de l’engorgement.

Dans ce cas, l'engorgement cancéreux était compliqué d’un épanchement de liquide dans la tu-nique vaginale , divisée accidentellement en deux poches.

Les douleurs se sont propagées le long du cordon jusqu’à l’aîne et aux reins. Ce caractère est important..

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