DIXIÈME OBSERVATION
52 ans. — Blennorrhagie. — Gonflement des deux testicules. — Ulcérations du scrotum. — Douleurs vives. — - Suppuration. — Divers traitements. — Diverses complications. — Mort.
Ad mois de mars 1832, le sieur Poujade,. ouvrier, d’un tempérament nerveux , d’une santé faible , contracta une blennorrhagie. Cette affection fut d’abord traitée par les anti-phlogistiques, puis par le copahu ; l’écoulement disparut et revint à diverses reprises. Au mois d’aout 1833, à la suite d’un effort , Poujade ressentit une vive douleur dans le scrotum droit ; du gonflement survint; des bains locaux, des émollients furent mis en usage, mais sans beaucoup de succès. Le gonflement et la douleur augmentèrent peu à peu ; les douleurs étaient pongilives, tantôt dans un point du testicule, tantôt dans un autre. Au mois de décembre de la même année , le testi-
cale gauche se tuméfia sans cause connue , et devint très-sensible. Durant l’espace d’un an, Poujade , malgré quelques soins convenables , n’éprouva aucune amélioration ; le double engorgement s’accrut au point que, dans les premiers jours de décembre 1834 , chaque testicule avait le volume d’un œuf d’oie. A cette époque, une inflammation intense se manifesta sur le scrotum gauche , il survint de la rougeur , la peau s’amincit , une ulcération se forma , il sortit une petite quantité de pus bien formé , grisâtre ; les bords de l’ulcération restèrent rouges, engorgés. Au mois de mars 1835, les mêmes phénomènes eurent lieu sur le scrotum droit» Durant cet espace de temps, les douleurs cessaient pendant quelques jours pour reparaître ensuite plus intenses, et toujours pongitives, lancinantes. Au mois d’avril, le malade se rendit à Aurillac. Un médecin prescrit la tisane de salsepareille , des frictions mercurielles à la partie interne des cuisses, et des frictions avec la teinture d’iode sur les deux testicules. Ce traitement détermina un grand gonflement des parties , et de la salivation ; il fut suspendu. Au mois de juillet, Poujade se rendit à pied à Saint-Eloi, où il entra le 10.
A la première visite, on remarque le gonflement des testicules, leur dureté considérable. Les ulcérations laissaient écouler de la sérosité puru-
lente un peu épaisse, les douleurs étaient vives, toutefois les fonctions se faisaient en général bien ; mais la physionomie du malade était sombre, son teint jaune-paille , la maigreur assez prononcée.
Le malade avait eu un écoulement ; quoiqu’il eût été convenablement traité, M. le professeur Serre jugea nécessaire de recourir aux préparations mercurielles, dans la pensée que ses engor-» gements pouvaient bien tenir à une affection vénérienne invétérée.
Poujade prit environ 120 pilules de Sedillot. Ce traitement irrita beaucoup, mais ne détermina pas la salivation; le double engorgement marcha avec rapidité. Yers le 15 août , on reconnut de la fluctuation à la partie inférieure du scrotum droit ; une ponction fut faite , il s’écoula un liquide jaunâtre semblable à de l’urine. Quelque temps après, une ponction pareille fut pratiquée au même point sur le scrotum gauche, du pus fétide s’échappa. A dater de ce moment, Poujade ne prit aucun remède spécial, les deux testicules augmentèrent considérablement, et dans les premiers jours de novembre, ils étaient d’un tiers au moins plus gros que lors de l’entrée du malade à l’hôpital ; les douleurs lancinantes persistent et s’étendent même le long des cordons; ces derniers , d’abord peu tuméfiés , le deviennent beaucoup par la suite.
Dans le courant de novembre , Poujade eut de
la fièvre, des sueurs nocturnes, de la diarrhée; ses pommettes devinrent saillantes, rouges; il perdit l’appétit et le sommeil. A travers les ulcérations s’offraient des fongosisés blanchâtres.
Dans le mois de décembre, l’état général s’aggrava de plus en plus; les deux testicules prirent un volume énorme , restèrent toujours durs, les ulcérations s’agrandirent et les douleurs devinrent plus vives.
Le 3 janvier 1836, M. Lallemand , ne voyant d’autre moyen de salut pour Poujade que dans la castration, se décida à la pratiquer; mais une rétention d’urine l’ayant forcé à sonder le malade , et la sonde ayant été retirée pleine de pus, il changea aussitôt d’avis, ne voulant pas hâter la mort par une opération inutile. Le 6 , le malade accuse une douleur à la hanche gauche ; quelques jours après, une plus vive à la partie inférieure de la poitrine. Le 17, Poujade meurt.
Jusqu’à son dernier moment, le malade a conservé ses facultés intellectuelles et sa gaîté naturelle.
Quelques mois avant la mort , deux ouvertures s’étaient établies dans la région inguinale gauche ; elles communiquaient avec le tube intestinal , car, par suite du moindre effort, elles laissaient échapper des vents.
L’autopsie démontra que leur communication avait lieu avec la partie supérieure du rectum j
elle de'montra aussi que les deux testicules étaient cancéreux.
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Cette observation est fort instructive.
Le malade avait eu un écoulement. A la suite d’un effort , le testicule droit se gonfle ; quatre mois après, le gauche se tuméfie à son tour. Au premier abord , ce cas se rapproche de celui de Maunier et de Eocassin ( Obs. 4' et 8e) ; mais il en diffère néanmoins beaucoup, si nous nous rappelons que Poujade ne vit pas le testicule droit reprendre son volume normal avant que le gauche fût attaqué ; si nous nous rappelons que les douleurs furent toujours vives, que la dureté du double engorgement fut toujours considérable, que le scrotum ne tarda pas à s’enflammer. On ne pourra pas non plus confondre la maladie de Poujade avec celle des trois premiers malades dent il est question à propos des engorgements scrophuleux ; la forme des ulcérations chez Poujade et la nature du fluide qu’elles laissent passer éloignent toute ressemblance. Ici les ulcérations ne se cicatrisent pas à la vérité, mais elles ne s’enfoncent pas en cul de poule ; au contraire , elles s’étalent , s’agrandissent ; leurs bords deviennent durs , rouges, engorgés ; la matière qui s’échappe est du pus, mais fétide. En outre, tenons compte de l’état général, et tout doute cessera. Poujade, dès le moment où
les testicules ont acquis un volume considérable ,' a vu sa santé' dépérir peu à peu ; ses traits indiquaient la souffrance. Cette observation a la plus grande analogie avec la précédente ; elle en diffère seulement en ce sens que la maladie a marché avec plus de rapidité : ce qui a tenu probablement à une prédisposition plus marquée, et surtout au traitement excitant mercuriel que Poujade a subi deux fois. Le maître armurier avait, au contraire, beaucoup usé des anli-phlogisliques ; et si quelque temps avant l’opération il a usé de remèdes anti-vénériens, c’est du muriate d’or qu’il a pris, remède moins excitant que le mercure, et encore en a-t-il éprouvé quelques effets fâcheux.
Dans les deux observations, les douleurs ont toujours été vives, pongilives , se faisant sentir tantôt dans un point , tantôt dans un autre , et à divers intervalles, et se propageant le long des cordons spermatiques qu’on a trouvé engorgés. Le maître armurier n’a eu qu’un testicule malade ; Poujade a eu un double engorgement.
Les observations qu’on vient de lire sont en petit nombre; elles présentent sans doute un ensemble de caractères propres à faire distinguer un engorgement donné de tout autre, mais elles n’offrent pas ces nuances, ces variétés nombreuses.
qu’on ne peut saisir qu’en rapprochant une grande masse de faits. Nous sommes donc obligé, pour composer autant qu’il est en nous le tableau de chaque engorgement, d’analyser nos propres observations et de faire beaucoup d’emprunts aux divers auteurs qui se sont occupés du même sujet.
Nous déduirons le diagnostic différentiel des engorgements du testicule :
1° De l’âge et de la constitution des malades;
2° Des causes, des symptômes locaux et généraux , de la marche et de la durée de l’affection ;
3* Des effets des remèdes employés.