‹ Du diagnostic différentiel de certains engorgements des testiculesChapitre 15 sur 16 · ENGORGEMENT INFLAMMATOIRE CHRONIQUE · texte numérisé non relu

ENGORGEMENT INFLAMMATOIRE CHRONIQUE

1° Age. Les sujets jeunes et adultes ne présentent cette espèce d’engorgement que lorsque, après l’action de la cause provocatrice, la phlegmasie locale est entretenue par l’irritation d’un, organe voisin. C’est ainsi que Beringer (3e Obs.\ âgé de 27 ans, a vu, long-temps après une conr-

tusion , son testicule droit rester engorge', et l'engorgement était entretenu par la présence de rétrécissements dans le canal. Au-delà de 50 ans, les engorgements chroniques sont très-communs.

2° Constitution. Une santé débile , un tempérament lymphatique t scrophuleux , y prédisposent.

3° Causes. Cet engorgement est quelquefois directement produit sympathiquement par une lésion du canal de l’urètre ; assez souvent il succède à l’inflammation aiguë du testicule ; toujours il se développe lentement. Dans certains cas, l’induration produite ou entretenue par une maladie vénérienne persiste après que cette dernière est entièrement détruite. (3e Ofys.)

4° Symptômes , marche. C’est surtout à l’aide des symptômes locaux et généraux que nous distinguerons cet engorgement de tout autre. La tuméfaction est toujours indolente dans son principe , et en cela elle diffère de l’engorgement cancéreux ; elle débute souvent par l’épididyme , etacquiert un volume rarement très-considérable; elle est lisse, uniforme, un peu mollasse : ce n’est qu’après un certain temps qu’elle devient quelquefois dure et bosselée. L’engorgement chronique attaque assez souvent les deux testicules ,• et cette circonstance contribue à le faire distinguer de l’engorgement cancéreux qui se borne communément à un seul. Le scrotum reste ordi-

nairement sain ; et si quelque ouverture y est pratiquée, elle se cicatrise. Tant que la tumeur est maintenue par un suspensoir, elle ne fait éprouveraucun tiraillement douloureux , à moins cependant d’un surcroît d’irritation. (3e Obs.) Arrivée à un certain degré, elle reste stationnaire , et les malades peuvent quelquefois la garder toute leur vie sans qu’elle prenne aucun mauvais caractère.

C’est surtout avec le testicule cancéreux commençant qu’on peut confondre l’engorgement inflammatoire chronique. Cependant on peut éviter l’erreur, en se rappelant que ce dernier ne présente pas une dureté aussi rénitente ; que , dans les endroits endurcis , il est ordinairement moins irrégulier, et que lorsqu’il est généralement mollasse , on n’y trouve pas divers points beaucoup plus mous que les autres.

5° Traitement. Les remèdes un peu excitants, parfaitement indiqués dans l’engorgement chronique , produiraient de mauvais effets contre un engorgement cancéreux.

ENGORGEMENT VKSERIS^.

1* Âge. En général, c’est depuis l’âge de 20 à 35 ans que cet engorgement est le plus commun: aux autres époques de la vie, on l’observe rarement, les Sujets n’ayant pas encore joui des plaisirs vénériens ou s’en étant sevrés.

2° Constitution. Les hommes à fibres molles, lâches, d’un tempérament lymphatique , y sont surtout prédisposés: chez eux, en effet, l’irritation syphilitique a la plus grande tendance à passer à l’état chronique , et à constituer l’espèce d’engorgement dont il est actuellement question.

3° Causes. Une maladie vénérienne ancienne est toujours la cause de son développement ; quelquefois il se manifeste pendant la durée des symptômes primitifs de la syphilis ; plus souvent c’est plusieurs mois ou plusieurs années après leur disparition complète qu’il survient , et par suite de contusions, de plaies, de coups reçus sur le testicule, ou d’efforts violents. (4e Ods. )

4° Symptômes locaux. 11 est assez rare que les deux testicules s’engorgent en même temps ; presque toujours l’engorgement apparaît d’ahord sur une glande , puis sur l’autre , après avoir abandonné la première, pour l’attaquer de nouveau après un temps variable et sans cause connue. (4e Obs.)

Le testicule malade devient peu à peu dur, et présente des bosselures peu prononcées; la dureté se montre d’abord à la partie inférieure pour s’étendre de-là à tout l’organe ; le volume peu considérable dans le principe ne tarde pas à augmenter si le mal continue sa marche ; l’épididyme reste rarement sain , il fait corps avec le testicule , et on ne peut le distinguer de lui ; des

pressions meme assez fortes font rarement naître des douleurs ; celles-ci ne se font sentir qu’à l’entrée de la nuit pour disparaître le matin ; elles offrent en un mot le caractère des douleurs vénériennes. Mais un traitement trop excitant rend les testicules assez sensibles , et accroît leur volume ; la peau du scrotum reste intacte , mobile , sans adhérence avec la tumeur.

5° Marche, durée. Cet engorgement se développe presque toujours d’une manière fort lente. Parvenu à un certain volume , il peut persister long-temps, sans produire d’accident fâcheux et sans prendre l’aspect d’une tumeur de mauvaise nature.

6° Traitement. Les anti-phlogistiques restent sans succès ; ils ne peuvent que débiliter le malade : les mercûriaux seuls produisent de l’effet lorsqu’ils sont convenablement administrés ; ils en produiraient de fâcheux contre les engorgements scrophuleux et cancéreux.

ENGORGEMENT SCROPHULEUX.

1° Age. Cet engorgement se montre quelquefois pendant l’enfance (6* Obs.), plus communément à l’époque de la puberté et dans les premières années qui la suivent. L’âge adulte n’en est pas à l’abri. (5e, 7e et 8e Obs.')

2° Constitution. Les sujets d’une santé languis-

santé , d’un tempe'rament lymphatique , bilieux, éprouvent presque exclusivement les effets de cette fâcheuse maladie.

3° Causes. Chez un grand nombre de malades l’engorgement scrophuleux survient après la suppression d’un écoulement urétral , d’une transpiration cutanée (7e Obs .) ; chez d’autres , à la suite de contusions, de froissement des testicules; chez1 quelques-uns, les causes provocatrices restent inconnues. (5e, 6e et 8e Obs.)

4° Symptômes locaux , marche. Dans le principe , le testicule malade n’offre pas un volume très -considérable , et c’est de préférence sur l’épididyme que se fixe l’engorgement. Le gonflement se produit sans douleur aucune , sans changement de couleur à la peau ; il augmente très-lentement, et laisse s’écouler assez souvent des mois et des années avant de déterminer d’autre incommodité qu’une pesanteur variable , à moins qu’un traitement irritant ne hâte sa marche. (7e Obs. ) Lorsqu’on porte les doigts sur la tumeur, on trouve des bosselures saillantes, granulées, indolentes à la pression, se déplaçant assez aisément et adhérent d’une manière bien évidente, soit au testicule, soit à l’épididyme. (5e Obs.) Parvenues à leur entier développement , ces granulations doublent et triplent quelquefois le volume du scrotum : ce dernier ne tarde pas à s’amincir, à s’ulcérer dans certains points par

lesquels s’échappe une matière caséiforme (5* Qbs.^y floconneuse, tuberculeuse (8e Observ.) , différant beaucoup du pus ordinaire. Ce travail d’ulcération et d’amincissement de la peau ne se fait pas en même temps sur plusieurs points de la tumeur, mais à plusieurs reprises et successivement. Les ulcérations ne se cicatrisant pas , en peu de temps le scrotum est criblé d’une foule d’orifices fisluleux (5e Obs.') , dont les bords se dépriment en forme de cul de poule. ( 7e Obs.) Ces orifices, pendant toute la durée de la maladie, donnent issue à une humeur grisâtre, séreuse, un peu épaisse.

L’engorgement scrophuleux est moins dur que le cancéreux; jamais il n’est le siège de douleurs lancinantes , pongitives. La tumeur est irrégulière, inégale, sans chaleur ni rougeur : assez souvent les deux testicules sont pris (5e, 6e et 8e Obs.)] plus sauvent l’engorgement détermine une accumulation de sérosité dans la tunique vaginale. Notre garçon de 12 ans portait une double hydrocèle ; Radet et Maunier ont supporté plusieurs ponctions. En général, le cordon spermatique reste sain.

5° Symptômes généraux. Presque toujours les individus atteints d’engorgement scrophuleux sont exempts de fièvre , de chaleur à la peau , de sueurs nocturnes ; leur santé paraît n’être en rien altérée ± et logique les masses tuberculeuses yien-

nent à suppurer, leurs fonctions n’en continuent pas moins , pendant un long temps encore , avec régularité, et après la guérison, les facultés viriles peuvent être conservées. (5% 6e et 8 eObs.)

6° Traitement. Les effets des traitements employés servent ici beaucoup à éclairer le diagnostic. L’engorgement s’aggrave par l’emploi de remèdes trop excitants ; les anti-phlogistiques long-temps continués, en débilitant la constitution , l’empêchent de réparer les pertes qu’entraîne une suppuration abondante. Les toniques seuls favorisent la guérison , ou du moins s’opposent pendant long-temps à ce que la maladie fasse des progrès alarmants.

ENGORGEMENT CANCEREUX.

1° Age. L’expérience a démontré que l’engorgement cancéreux se manifeste très -rarement avant l’âge de 25 à 30 ans. Presque toujours , lorsqu’on observe une induration testiculaire avant cette époque , la maladie est de nature scrophuleuse, vénérienne ou inflammatoire; mais après 30 ans l’affection peut se montrer à toutes les époques de la vie ; néanmoins, d’après Bayle, elle est d’autant plus ordinaire qu’on est plus rapproché de l’âge de 50 ans.

2° Constitution, causes. Les sujets entachés de diathèse cancéreuse en sont exclusivement atta-r

qués ; mais la diathèse, pour être mise en jeu , nécessite l’action d’une cause provocatrice. Cette cause occasionelle , très - variable , ne pourra fournir, ainsi que nous l’avons déjà dit , que des renseignements insuffisants.

3° Symptômes locaux , marche, durée. L’engorgement n’affecte en général qu’un seul côté ; mais plusieurs fois on l’a vu se développer sur les deux testicules, soit simultanément, soit successivement. (10e Obs.) L’induration se fixe de préférence sur le corps du testicule , mais trèssouvent elle ne tarde pas à gagner l’épididyme et même le cordon spermatique. A ce dernier égard, Bayle fait remarquer que le gonflement du cordon peut tenir au développement variqueux de ces vaisseaux.

Lorsqu’on examine dès le début un testicule cancéreux, on remarque une tumeur assez dure, pesante, quelquefois uniforme , souvent irrégulière , anguleuse , bosselée , sans adhérence avec le scrotum , et peu douloureuse. Plus tard , le volume du testicule augmente, et le malade y ressent de temps en temps des douleurs d’un caractère particulier , lancinantes , pongilwes. Le scrotum devient adhérent à la tumeur, et offre d’espace en espace des dépressions irrégulières, caractéristiques. Quelquefois la tumeur, très-dure dans certains endroits, est molle dans d’autres, et fait naître là le sentiment d’une

fluctuation. Cette circonstance favorise beaucoup les erreurs du diagnostic , en faisant croire à une hydrocèle.

Bèclard s’y est trompé une fois. Il s’agissait d’une énorme tumeur ovalaire du scrotum : le trois-quarts fut plongé, il ne sortit que du sang. Béclard reconnut de suite une tumeur cancéreuse dont il fit l’extirpation. (Bérard.)

A une époque plus avancée , les douleurs deviennent plus vives et plus fréquentes; la tumeur prend avec rapidité de nouveaux accroissements. Le scrotum est attaqué à son tour : d’abord il change de couleur dans certains points , puis s’amincit , s’ulcère. Les ulcérations laissent écouler un fluide fétide , ichoreux, qui irrite et excorie les parties voisines ; les bords des ulcérations sorti durs , irréguliers , renversés en dehors ; leur pourtour est grisâtre ou d’un rougebrun.

Dans les derniers temps, à travers les ulcérationssortent des fongosités blanchâtres, en forme de champignons. (10e Obs.)

L’engorgement cancéreux , après avoir grossi pendant plusieurs mois et même pendant plusieurs années , peut devenir stationnaire et persister dans cet-état durant un temps illimité. (Bayle )

Notons aussi que cet engorgement se complique assez souvent d’hydrocèle. ( 9e Obs.)

4° Symptômes généraux. Dans les premiers,

mois de son développement, l’engorgement cancéreux n’enlraîne aucun trouble dans les fonctions; mais lorsque sa marche a été accélérée par suite de coups, de contusions (9e Obs . ) , ou d’un traitement irritant (10e Obs.), il s’accompagne de coliques fréquentes , de diarrhée , de fièvre , de sueurs nocturnes, de la perte de l’appétit et du sommeil , d’accidents nerveux ; la face se décompose ; le teint devient pâle, blême et plombé ; les traits expriment la souffrance et la tristesse. Presque tous les malades parviennent au dernier degré du marasme.

5° Traitement . Les traitements anti-vénériens et anti-scrophuleux déterminent toujours, et assez rapidement, l’augmentation de volume de la tumeur, la violence et le retour fréquent des douleurs, la formation des ulcérations et un trouble général dans les fonctions. Lorsque ces symptômes existent , les mêmes remèdes en accélèrent la gravité.

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