DEUXIÈME OBSERVATION
Engorgement du scrotum. — Tuméfaction considérable du corps du testicule gauche. — Bains de siège. — Sangsues. — Cataplasmes. — Guérison en quinze jours.
Allheily, âgé de 23 ans , soldat au 26e de ligne,
d’une taille assez élevée , d’un tempérament ner*
voso-sanguin , éprouva le 12 février dernier, dans l’après-midi et sans cause connue, une vive douleur dans le testicule gauche ; la douleur augmenta dans la nuit et dans toute la journée du 13, mais sans s’accompager de gonflement. Le 14 au matin , le malade s’apercevant que son testicule gauche est plus gros que d’habitude, consulte le chirurgien du régiment, et, d’après son avis, prend un bain de siège , applique un cataplasme et se couche. Malgré ces moyens, la tuméfaction du testicule devint considérable et la douleur intense. Le 15, usage des memes moyens, nulle amélioration. Le 16 , le mal faisant des progrès, Allheily se rend à pied à l’hôpital Saint-Eloi. Observé le 17 au matin, nous remarquons: Une tuméfaction considérable du testicule gauche, du corps seulement, car l’épididyme est à l’état normal, le gonflement est uniforme, dur, douloureux à la pression , le scrotum rouge, tendu ; le cordon spermatique peut être facilement senti à travers les téguments , et rien n’annonce qu’il participe à l’engorgement ; la réaction générale est grande. Le malade nous dit qu’il n’a jamais eu d’écoulement et que depuis long-temps il n’a pas usé du coït. Le médecin de service prescrit un bain de siège , la diète , des cataplasmes, un suspensoir. Dans la soirée, les symptômes locaux s’aggravent, le sommeil est troublé, l’agitation est vive. Le 18 au matin, la
douteur et le gonflement sont plus prononces. (Diète, application de dix sangsues sur le testicule gauche; après leur chute, cataplasmes émollients laudanisés. ) La saignée locale est abondante ; pendant que le sang coulait, dit le malade, mon scrotum droit et le testicule de ce côté augmentaient presque à vue d’œil, et j’y ressentais autant de douleur que du côté gauche. Dans l’après-midi , les symptômes locaux diminuèrent beaucoup de part et d’autre, mais c’est surtout dans la nuit que le dégorgement eut lieu , à tel point, que le 19 au matin la tuméfaction du côté droit avait en entier disparu , et que celle du côté gauche était de beaucoup moindre et presque sans douleur. (Continuation des cataplasmes, de la diète.) Le 20, la douleur a complètement cesse, le testicule gauche n’est guère plus gros que dans l’état ordinaire, et encore n’est-ce pas à la vue qu’on s’aperçoit de cette différence, il faut pratiquer le toucher, et alors on conslale aussi que l’organe est un peu dur. Les 21,22,23, amélioration très-sensible^ Le 24, la dureté n’existe presqueplus. Le 27, la guérison est entière ; toutefois le malade reste encore quelques jours dans l’hopitai , il n’en sort que le 9 mars.
Ces deux observations présentent de nombreux
points de contact, tout en différant sous certains rapports. Dans l’une et dans l’autre , des soins convenables ont été mis en usage d’assez bonne heure sans cependant arrêter les progrès de l’inflammation; chez le second malade même, les Symptômes locaux s’aggravent après l’usage d’un bain de siège , des cataplasmes , ce qui peut servir à rappeler au praticien qu’il est des cas dans lesquels la maladie va son train, quoi qu’on fasse. Dans l’une et dans l’autre , une douleur assez vive a précédé l’engorgement, et celui-ci s’est manifesté chez Bedoiseau le lendemain du jour où la douleur se fit sentir, chez Allheily, le surlendemain. Chez les deux malades , la tuméfaction a marché avec rapidité, en trois jours elle est devenue très-considérable. Les douleurs, quoique vives, n’ont été ni lancinantes ni pongitives, et notons ce caractère parmi tant d’autres. Les tumeurs sont dures, tendues, uniformes, douloureuses à la pression, sans bosselures, sans nodosités. Chez Bedoiseau, la tumeur paraît en présenter une , mais elle est formée par la tuméfaction de l’épididyme. Le second malade a eu seulement le corps du testicule pris ; le premier a eu en même temps un engorgement du testicule et de l’épididyme , aussi chez lui la tumeur a-t-elle acquis le volume du poing et déterminé plus de douleur. Chez l’un et chez l’autre l’engorgement s’est terminé par la résolution , avec cette
différence que le testicule d’Allheily avait repris son volume ordinaire le 27, après quinze jours de maladie, tandis que Bedoiseau conservait de la dureté dans l’épididyme le 27, après vingt jours de maladie et malgré un traitement plus énergique. La texture seule des parties rend compte de cette différence. « Le testicule, » dit Dupuytren , « est un organe d’un tissu mou, pulpeux, « parenchymateux, et dans lequel par conséquent « les fluxions se développent et se dissipent avec « facilité. L’épididyme, au contraire , beaucoup « plus compliqué dans sa structure et offrant à « l’intérieur une surface muqueuse , peut-être « aussi une membrane musculeuse , à l’extérieur « un tissu cellulo-fibreux , les engorgements s’y « forment avec lenteur et sont beaucoup plus « difficiles à combattre. » Dans les deux cas, l’application des sangsues sur le testicule engorgé a déterminé la tuméfaction du testicule opposé, d’où le précepte de ne jamais appliquer les sangsues sur le point malade , mais dans les environs, et dans l’espèce actuelle le long du cordon spermatique. Pour ce qui concerne le traitement , notons que les anti phlogistiques ont été mis en usage chez les deux malades, avec plus d’énergie toutefois sur le premier que sur le second ; que chez ce premier l’administration de l’émétique a suivi la saignée générale et qu’ensuite deux purgatifs ont été donnés.