DU TRAITEMENT DES HÉPATITES AMIBIENNES
Le chlorydrate d’éméline, à dose infinitésimale (1 — 100.000) exerce à l'égard des amibes une action paralysante. Au 10.000* il les tue, transformant leur citoplasme en masses amorphes et granuleuses. Doprer a également démontré que l'absorption de cette substance provoquait le rejet des hématies incluses dans le protoplasme.
Alors que des cultures d'amibes virulentes injectées dans le rectum d’un jeune chat en dilution dans l’eau physiologique provoquent des lésions ulcératives, les mêmes diluées dans une solution d’émétine au 50.000 ne produisent aucun résultat.
Le blanchiment de l’amibien peut être réalisé par différentes techniques, Nous les examinerons successiyement,
OP
RAvauT préconise une première série de injections intra-veineuses de 30 centigrammes de novarsénobenzol à 4 jours d'intervalle, chacun des 3 jours intermédiaires étant rempli par une injection d’émétine aux doses croissantes de 4, 6 et 8 centigrammes.
Ensuite il suspend l'émétine et continue à injecter 30 centigrammes de 914 tous les 4 jours jusqu’à concurrence de 10 piqüres, mais à partir de la 7° il reprend l'émétine dans les intervalles aux doses croissantes de 4,6 et 8 centigrammes.
Au total 10 piqûres de novar et 18 d’émétine en 40 jours.
Ainsi que Pont exprimé RavauT et KROLUNITSKY, On a tout à gagner de cette association médicamenteuse. « Ces deux substances se complètent; l’action déprimante de l’un est corrigée par l’action eutrophique de l’autre, toutes deux combattent efficacement l’amibe dysentérique ».
D'autre part cette alternance dans la thérapeutique offre de plus l'avantage d’évitef laccoutumance.
MM. Parsseau et Jean Hurinez préconisent surtout dans les formes chroniques un mode de posologie confié uniquement à l'émétine selon le rythme suivant :
Première série d’injections de 8 centigrammes par. jour pendant 6 jours, puis 30 jours de repos.
Deuxième série d’injections de 6 centigrammes par jour pendant 5 jours puis 30 jours de repos.
Les séries suivantes seront de 6 centigrammes pen- ‘dant 8 jours et les intervalles de 60 jours.
Dans la médication mixte le novar peut être rem-
Ale
placé par un de ses dérivés et celui-ci administré par la voie buccale.
Ravaur a démontré l'efficacité plus nette à l'égard des kystes du médicament ingéré. C’est ainsi qu’il employait le 914 en comprimés glutinisés dosés à 10 et 20 centigrammes, |
L’émétine doit être injectée par la voie hypodermique. Sa dose maxima pour une série est de 1 gramme.
Marter a montré que son élimination s'accomplissait selon un mode lent et discontinu, les doses élevées et ré-” pétées ameneraient donc de bonne heure des accidents d’intolérance : modification des réflexes, hbypotension, dépression musculaire étant les signes avant-coureurs, bientôt suivis de vertiges, vomissements, lipothymies, parfois même de collapsus cardiaque.
L'atoxyl se serait montré moins actif. CARLES de son côté a préconisé l’hectine. .
Mais il nous faut faire une place toute spéciale au traitement par le stovarsol des accidents amibiens.
Sa vogue date de 1923,époque à laquelle le professeur MarcHoux communiqua les heureux résultats obtenus par Padministration de ce composé arsénical au cours de la dysenterie amibienne rebelle. Riche en arsenic, 27 %, il présente d’abord l'avantage d’une grande stabilité et celui d’une toxicité faible, ce qui garantit le tube digestif contre les irritations. Employé judicieusement, on n’a pas à craindre de sa part des accidents d’intolérance d’ailleurs réduits : diarrhée, céphalée, -exanthèmes, bronchite.
A la phase dysentérique le stovarsol présente une ac-
OR
tion parasilicide indéniable. Il empêche.la formation des kystes ou les détruit rapidement, même dansle cas d'insuccès de l’émétine. A noter également qu’il n’a pas l'inconvénient d’être hypotenseur.
On le prescrit par voie buccale à raison de 2 comprimés de 25 centigrammes par jour pendant 6 à 10 jours.
Dans les formes aiguës certains auteurs ont préconisé son emploi à hautes doses (2 gr.) pendant 2 à 3 jours, suivi d'un repos de 5 jours,puis reprise. Il importe également que celte médication soit échelonnée sur plusieurs mois.
MM. Cape et Ravaur ont cité un cas de guérison par le stovarsol, après échecs répétés de l'émétine, du sulfarsénol et de l’ipéca.
Signalons enfin la modification intéressante apportée par ce médicament sur le milieu intestinal dont il paralyse les associations microbiennes.
Il nous faut également souligner les avantages de la cure mixte émétine et stovarsol, MM. DARGEIN et Doré en avaient rapporté le 5 avril 1925 une observation documentée concernant la guérison d’une hépatite non suppurée. MM. CHaurrarD et CLÉMENT ont présenté un cas de guérison d’abcès du foie dans les mêmes conditions de traitement.
Après 6 jours d’injections d’'émétine à 8 centigrammes chacun de ces auteurs ont prescrit une cure journalière de 50 centigrammes de stovarsol pendant 10 jours.
Puis reprise de l’éméline à 6 centigrammes, l’injection pendant 6 jours suivie d’une nouvelle cure stovarsolique de ro jours.
ES
Cette technique, nous l'avons vu, pratiquée chez notre malade de Boucicaut, avait ainené en quelques jours des résultats très satisfaisants.
L'amibien blanchi sera-t-il livré à lui même ? Tous les auteurs sont unanimes à soutenir la nécessité d’une cure d’entretien. « De même qu'après plusieurs années de traitement arsénical ou mercuriel des réserves doivent être faites à l’égard d’un spécifique » il convient de même qu’un amibien reste soumis au traitement émétinien, une reviviscence de l'infection étant toujours possible même après un laps de temps relativement considérable. CASTAIGNE et FRANÇON ont cité de « fausses guérisons de l’amibiase ».
Ravaur administre à ses malades par périodes intercalaires une pâte dans laquelle la poudre d’ipéca est associée au bismuth et au charbon.
Poudre de charbon QE — de sous-nitrate de bismuth
Sirop simple . RAS Glycérine .
Poudre d'ipéba Mr EN IEP Er ee 4 gr.
Une cuillerée à café — 0 10 d'ipéca.
deux à dix cuillerées en 24 heures.
L’heureuse influence du stovarsol à l’égard du milieu intestinal dont il paralyse les associations microbiennes, son action destructice à l’égard des kystes amibiens, son administration facile enfin militent en faveur de son emploi à titre de médicament d'entretien.
On le prescrira à la dose d’un comprimé de o gr. 25
AU
par jour, ensuite tous les 2 jours,- puis 2 fois par semaine, pendant plusieurs semaines consécutives.
Il conviendra également de fournir à ces entéropathes dont les lésions ulcératives ne se cicatrisent que lentement un régime alimentaire destiné à supprimer toute cause d’excitation infectieuse ou mécanique et à prodiguer pour l’organisme déprimé une meilleure nutrition générale.
Bensaude a mis en valeur la nécessité de tâter la susceptibilité du sujet à certains aliments et d’assurer au malade un régime suffisamment substantiel sans être irritant pour l'intestin.
On ne recourra au régime lacto-hydrocarboné que dans les cas aigus, sa prolongation entrainant la dénutrition. On lui préfèrera le régime mixte avec certaines particularités suivant que le malade sera un constipé ou un diarrhéique.
Aux constipés on ordonnera un régime légèrement laxatif où entreront largement fruits cuits et légumes verts, et duquel seront bannis les mets fermentescibles.
Aux diarrhéiques on ajoutera au régime hydrocar-. boné : les viandes rouges ou blanches divisées et pulpées, les poissons bouillis, le beurre non cuit, évitant d’imposer le lait et les œufs souvent mal tolérés. Le képhir pris en fin de repas donnera des résultats satisfaisants.
Faut-il conseiller aux amibiens un séjour thermal ? Il semble que les formes chroniques se trouveront bien d'un séjour à Châtelguyon ou Plombières mais on évitera soigneusement d'y adresser des malades porteurs d’abcès du foie ou de lésions intestinales en activité,