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Emplaslre
reproche,
et quelques autres inusités ou peu usités dans le dialecte blaisois.
De tous les substantifs supra-cités il en est sept ou huit : Age, évangile, espace, exemple, poison, ongle, ouvrage, orage, qui sont constamment du féminin en blaisois. Image est souvent masculin. (') Les suivants : Image, rets, pleurs, couple, doute, sont usités tantôt à un genre, tantôt à l'autre. Je ne connais point d'exemple dans l'ancienne langue du genre féminin attribué aux substantifs argent, autel, chaud, éclair (*2), froid, hôtel; ils n'en ont jamais d'autre dans la bouche de nos paysans.
1° Age. —
Ronsard, Marot, du Bellay, le cardinal du Perron.. Malherbe, Bertaud ont employé ce mot au féminin :
Quand sur Vâge première elle se voit aimée..
(Ronsard, hymmes, H, 5.) Que d'hommes fortunez en leur âge première Trompés de l'inconstance à nos ans coutumière, etc.
(Malherbe, les larm. de S1 Pierre. J
Ménage fut le dernier à donner à ce mot le genre commun,
(1) L'une elle enfloit de monstrueux images. (Franciad. II.)
(2) J'en découvre un dans le Soleil mystique de la sainteté par Nie. Dupont, 1629, p. 127 : « Il fait eselater sa gloire comme une esclair. ■»
comme on disait alors , mais on peut dire qu'à partir de 1 630, il ne fut plus employé au féminin que dans la conversation. « La pluspart des femmes (et en fait de langue — voyez-vous la malice ! — ce n'est pas un petit parti) font communément ce mot du féminin. Ne disent-elles pas par exemple : Voilà une belle aage ; la première aage ; elle est dans une aage fort avancée ? Et apparemment que le gouverneur de la citadelle de Cambray, véritable Castillan, avait appris à parler françois auprès des dames, car le roy luy ayant dit quelques paroles obligeantes sur ses blessures, lorsqu'il sortoit de cette citadelle , il répondit: Ha! sacrée majesté, qu'une rencontre comme celle-cy m'auroit fait faire de folies dans une aage moins avancée! etc. » (Nclks obs. p. 7.)
2° Evangile. —
Souvent orthographié Euvangile, csvangile, évangire, ce mot est presque toujours féminin jusqu'à la 1re moitié du XVIIe siècle.
Je jure sur les saintes esvangiïes... (Qrdonn. de Phil. le Bel, 13G0.)
Voir aussi Cérimonies des gages de bataille, pag. 25 et 29, et Chroniq. des ducs de TSTorm. I, p. 539, X évangire, et les 7 Dam. de Rh. euvangile.
Prescher la sainte évangile. (Jeh. Bouch. fol. VI, verso.) L'évangile au chrétien ne dit en aucun lieu : Sois dévot 5 elle dit: Sois doux, simple, équitable. (Boilcau, Sat. XI, 112.)
3° Espace. —
Terre en trembla longue espace.
(Marot,ps. LXXVIH, B.) Ce fleuve fait de si grandes espaces ou de si grandes estendues d'eau. (Relation, etc., p. 53.)
Espace était aussi employé très souvent masculin. Voir Ronsard, Franc. II.
4° Exemple. —
Malvaise essample n'en serat ja de mei. (Roland, Mùll. vs. 1016.)
5° Poison. —
J'ai toujours vu ce mot féminin dans les vieux auteurs. La première fois que je l'ai rencontré au masc. dans un écrit officiel, c'est dans une ordonnance de Ch. IX, de 1569.
C'est soubz apparence belle
En vaisseau d'or une poyson mortelle.
(Marot, I, 159.) Ils veulent, malgré la raison, Qu'on dise aujourd'hui la poison, Une épitaphe, une épigramme, Une navire, une anagramme, Une reproche, une duché, Une mensonge, une évesché.
(Ménage, Req. des Diclionn. 1049.)
5<> Ongle. —
Sur une ongle agnsée Mon lorment se façonna.
( Joach. du R. De sa peine et des beaulez de sa dame.) Se rencontrant sous la main de l'oiseau Elle sent son ongle maline.
(La Font"', vs. 15.)
7° Ouvrage, orage. —
« La pluspart des femmes donnent le genre féminin à ouvrage, orage, gages , étage, et a quelques autres encore, par une affectation particulière qu'elles ont pour leur genre. Oserions-nous les condamner, quand M. Vaugelas n'a osé le faire, et leur a permis de donner le féminin a leurs ouvrages? » (NelIes obs. pag. 6.)
Est-il vrai que les femmes aient une affectation particulière pour leur genre? Est-il vrai, comme le prétend le même auteur,
que notre langue , qui a tant varié , ait , à l'imitation des femmes , un extrême penchant pour le féminin? Est-il vrai, comme il l'affirme ('), que le français renferme une fois autant de mots féminins que masculins? Je n'en sais rien, je ne les ai pas comptés; mais ce que je puis affirmer, c'est que le paysan blaisois à une tendance remarquable à attribuer le féminin aux mots terminés par un e muet. Je ne puis expliquer autrement , puisque ces mots ont toujours été masculins dans notre langue, la constance des gens de la campagne à mettre au féminin les mots asthme, centime, cigare, emplâtre, incendie, insecte, intervalle, ivoire, légume, parafe, ou, comme ils disent, patarafe, (2) etc.