DES TEMPS QUI MANQUENT EN BLA1SOIS
Deux temps manquent à la conjugaison des verbes dans le dialecte blaisois, le passé défini et l'imparfait du subjonctif.
§ I. Au lieu du passé défini, nos paysans emploient constamment le passé indéfini.
J'ai été amené naturellement, pour m'expliquer cet usage, à rechercher les différences qui existent en français entre l'emploi de l'un et l'autre de ces temps. Ce qui m'a frappé tout d'abord , en étudiant les grammairiens , c'est le peu d'accord qui règne entre eux sur le nom que Ton doit donner à ces deux formes du passé. J'attache une certaine importance aux noms ; ils sont un indice de la clarté ou de la confusion qui règne dans les idées. Or, tandis que les uns appellent le passé défini prétérit défini, comme le P. Chifflet, ce qui est après tout la même idée, si ce n'est qu'il est inutile d'employer le mot latin de prétérit, quand nous avons le mot bien plus clair de passé, ou prétérit simple, comme le P. Bufïier, parce qu'il envisage uniquement la forme non composée de ce temps, les autres comme Yaugelas, Port-Royal et Régnier- Desmarais le nomment prétérit indéfini, ou comme l'abbé Girard , aoriste absolu. Eu revanche ils appellent notre passé indéfini, les
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trois premiers , prétérit défini ; \e dernier, prétérit absolu. Pour M. Jullien, celui-ci est le parfait; l'autre est le prétérit simple, de sorte que , selon le point de vue différent considéré par les grammairiens, le même temps s'appelle à la fois passé indéfini , prétérit défini et parfait. — Et nnnc, crudimini.
En compensation , l'accord le plus parfait règne entre eux sur l'usage que l'on doit faire de ces temps. « Le prétérit défini, dit le P. Chifflet, n'est jamais employé quand on parle du même jour, ou du même mois, ou de la même année, ou enfin du même temps qui est encore en course, comme qui cliroit : Aujourd'huy matin je fus bien en peine, etc. Un tel langage est inconnu à toute la France. » Et là dessus, Port-Royal copie Chifflet, Régnier-Desmarais Port-Royal, le P. Buffier Régnier-Desmarais, Wailly le P. Buffier, et les grammairiens modernes Wailly. Evidemment la règle remontait plus haut que Chifflet ; j'ai consulté Vaugelas, qui n'en parle pas ; enfin j'ai découvert dans les Sentimens de l'Académie sur le Cid, au sujet du premier vers cle l'acte II: « Il n'a pu dire : Je lui fis l'affront, car l'action vient d'être faite : il fallait dire : Quand je lui ai fait, puisqu'il ne s'était point passé de nuit entre deux. » Où l'Académie avait-elle découvert cette règle? En remontant jusqu'au XVIe siècle, je finis par trouver dans Henri Estienne la page suivante, où pour la première fois sont déterminés en français , et comme je le démontre plus loin , dans un sens inconnu au moyen âge, les rôles de nos deux passés, ou pour me servir de son expression , de nos deux prétérits parfaits :
« Quand nous disons : J'ay parlé à lu y et lui ai faict response, cela s'entend avoir esté faict ce jour là ; mais quand on dit : Je parlay à luy et lui fei response, cecy ne s'entend point avoir esté faict ce jour mesme auquel on raconte ceci, mais auparavant, sans qu'on puisse juger combien de temps est passé depuis. Car soit que j'aye faict ceste réponse le jour de devant seulement, soit qu'il y ait jà cinquante ans passez ou plus , je diray : je luy fei response, ou alors, ou adoncje fei response. Voilà comment par ce prétérit