‹ Du dialecte blaisois et de sa conformité avec l'ancienne langue et l'ancienne prononciation françaiseChapitre 110 sur 132 · IMPARFAIT · texte numérisé non relu

IMPARFAIT

J'avée,

T'avée ,

Il ou alleavé (*), aveu,

J'avions, j'aviains, j'avains,

V'aviez

Il ou aile aviaint, avaint,

Iz aviaint, avaint, avéent (rare.)

1° J'avée. — « G' havêc aimé, tu havées aimé, il hacéet aimé, etc. » (Dubois, ap. Livet, p. 12.)

2° J'aviains. — Aviains, avains, ou pour me conformer à l'orthographe du moyen âge, aviens est l'ancienne forme bourguignonne de la 1re pers. plur. de l'imp. (Voir Burguy, p. 224 et

3° V'aviez. — Je ne reviendrai plus sur cette crase, très-rare

(1) Voir à v'aviez.

(2) Je n'ai pas mis de t à ave parce que , même deyanl une voyelle, on ne le fait jamais sonner.

au moyen âge ('). Je ferai seulement remarquer une fois pour toutes les manières différentes dont se comporte le pronom vous, suivi de l'adverbe ou du pronom?/. (Y dans le dialecte blaisois s'emploie pour à lui, à elle.) 1° Vous suivi àey et d'un temps quelconque d'avoir sonne tout entier et Yy se mouille ; Ex. : Vous yavée feu mal (2), pron. vouillavèe. %° Vous, suivi de y et d'un temps du verbe aller commençant par un i sonne tout entier, Y y ne se prononce pas, et Y ou du pronom se mouille; Ex. : J'vâ à Blouée d'meim ; qu'vouilVirée itou (3) ? Du reste il est à remarquer qu'en français, remarque déjà faite par Ramus, l'adverbe y dans ces sortes de phrases se confond toujours avec Yi initial du futur et du conditionnel d'aller, et que l'on dit non pas : Y irezvous ou est-ce que vous y irez, mais simplement : Irez-vous? est-ce que vous irez? On dit encore en blaisois en supprimant complètement la diphthongue du pronom, et l'adverbe: Qu'v'irée ? c'est à dire : (Est-ce) que vous irez? 3° Vous, devant*/ suivi d'un verbe commençant par une consonne, ou se mouille en se combinant avecl'*/, ou s'élide ; Ex. : Vouilly dirée ; v'y gangneréc (i). On dit aussi : V'y dirée ; vouilly gangncrèe ; c'est le sentiment qu'on a de l'euphonie qui décide.

4° Iz avaint, avéent. — Dubois (ap. Livet, p. 42.) signale quatre formes différentes pour cette 3rae pers. de l'imparf. : Ils havient, haviont, hav oient, et havéent. Les trois premières, dit-il, sont du parler vulgaire. Aviaint semble descendre en droite ligne de ils havient. Je n'ai pas indiqué dans la conjugaison aviont, qui est très peu usité, du moins dans la partie du Blaisois qui ne touche pas au Berry. Quant à avaint, il me paraît avoir remplacé l'ancienne forme avoint comme j'avais a remplacé pavois en français.

(1) J'en trouve un exemple dans Aye d'Avignon, vs. 368 :

« Car, si n'estes vaincu, vo geste arez honie. »

(2) Vous lui avez fait mal.

(3) Je vais à Blois demain ; est-ce que vous y irez aussi.

(4) Vous lui direz ; vous y gagnerez.

Ce qui me confirmerait dans cette opinion, c'est le passage suivant de Meigret : a Ceux qui ont mauvaise expérience de la langue françoise ne faudront pas de lire leur ramage sur cette manière d'écrire confuse: ils disoient, de sorte qu'un nayf Bausseron ne faudra pas de dire venoint en voyant venaient, ne le Picard de prononcer ventent ('). » Cette forme en oint se rencontre constamment dans le Livre du bon Jehan , duc de Bretagne :

Car ses annemys touz estoint Pour ce nul bien ne li vouloint.

Os. 2316.) Mais les troys estaz y estoint, Qui un seul mot dire tfosoint.

(vs. 2636.)

Voir encore vs. 2630 estoint, escoutoint; vs. 2828 prenoint; vs. 2820 et sqq. danezoint, chant oint, ressambloint, avoint, etc. D'après ma supposition avoint, comme j'avois, serait donc la forme bourguignonne , de même que avaint, comme j'avais, serait la forme normande.

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