‹ Du dialecte blaisois et de sa conformité avec l'ancienne langue et l'ancienne prononciation françaiseChapitre 111 sur 132 · PASSÉ INDÉFINI · texte numérisé non relu

PASSÉ INDÉFINI

J'é évu, eu, eu ; T'as évu, eu, etc.

passé antérieur (rare.) J'é eu (ou u) évu (ou eu), etc.

Ex. : Quand il a u évu soun argent, i s'ée n'n'allé. — Une remarque à faire ici, c'est que les formes eu ou évu jouent toujours à ce temps le rôle de participe, et les deux autres, eu ou u celui d'auxiliaire. Dans la bouche du blaisois pur sang, la prononciation française u, appliquée à eu, ne s'emploie que dans les occasions, qui se présentent du reste rarement, de faire usage du passr antérieur.

(1) Dubois : « La prononciation vulgaire de aimait fait aimoint de aimeroil, aimeroint. Mais ce dernier t étant diilicile à prononcer pour quelques uns, ils y ajoutent un e et disent aimerente. » (Ap. Liret,p. 38.)

PLUS-QUE-PARF.

J'avée évu, eu, eu, etc.

FUTUR SIMFLE

«Tarai (pron. j'aré.)

Taras

Il ou aile ara

«Tarons, j'arouns

V'arée

II, iz, aile aront, arouut.

Ce futur, qui semble un temps simple , est en réalité un temps composé. Ste-Palaye, Raynouard, Chevallet, Burguy l'ont complètement démontré. Tandis que le valaque, le grec moderne, l'anglais, obéissant à une influence que j'ignore, empruntaient le secours de voiu, 6&w, will qui signifient je veux pour former leur futur, le roman, la langue d'oc, l'italien, le portugais, l'espagnol ont emprunté le secours à'habeo. Habere habco, j'ai à avoir, c'està-dire, j'aurai, d'où j'avoir-ai et avec l'affaiblissement de la dipbtbongue oi comme dans l'ancienne forme je recèlerai pour je recevoirai,j'aver-ai ('), puis par la transformation du v consonne en v voyelle j'auer ai, j'aurai, et par la contraction assez connue et déjà expliquée d'au en a : j'arai. De même sapere habeo, je savoir-ai, je saverai, sauerai, saurai, sarai. J'en ai cité plus haut des exemples tirés de textes du moyen âge. En voici quelques autres :

Point n'a euvre laissié, vraiemcnt, ne ara Qui a ceste gent-ci bataille liverra.

(Chr. Du Guesclin, vs. 15820.) Nous les aron comme souris Atrappés en la ratouère.

(Liv. dubonJeh. vs. 722.)

(1) Cf. Hug. Capet, vs. 1272 et 1273.

Yarey ou j'aorey, tu aras ou aoras, il ara ou aora, nous avons ou aorons, vous avez, iYaront ou aoront. (Dubois, ap. Livet, p. 90.)

Dans certains temps du verbe avoir, le v est d'abord devenu voyelle pour former la diplithongue au lieu de av ; Vu s'est ensuite supprimé : ainsi Ton prononce j'arai, tu aras pour 'f aurai qui a remplacé 'j'aurai. (Th. deBèze, ap. Liv. p. 526.)

Cette forme se maintint dans la conversation pendant la plus grande partie du XVIe siècle, mais dès la fin de la première moitié, les écrivains ne s'en servent plus et Ronsard, du Bellay, Hug. Salel firent prédominer d'une manière définitive : V aurai, tu auras, etc.

La forme contracte correspondante au français j'arai se trouve en italien. Au lieu d'avrô, avrai, on a dit aussi ard, aval. (Cf. p. 79, note.)

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