CONDITIONNEL SIMPLE
J'arée, t'arée, il are, j'arions, ariains, arains, ariouns, v'ariée, iz araint, ariaint.
J'ai peine à croire, malgré l'assertion de Chevallet (III, p. 259.) que ce temps vienne du latin haberem , ou, comme d'autres le prétendent, du latin habuero ('). Haberem eût donné avère, comme cram a donné ère; habuero, amure comme gruem, greue, grue, ou avoure, comme sucm, soue. C'est une loi de notre langue, il est facile de s'en assurer, de faire disparaître complètement, ou de remplacer par un c muet les syllabes finales du latin. La terminaison rem ou ro, selon que l'on adopte l'une ou l'autre étymologie, serait le seul exemple en français d'une finale latine transformée en une syllabe sonnante. Je pense, quant à moi, que, de même que
(l) Dubois, avant Orell et Ampère, avait depuis long-temps signalé cette formation. (Ap. Livet, p. 42.)
le futur vient de habere habeo, j' avérai, le conditionnel vient de habcre habeam (i), que ]'aie à avoir, j'avoir-aie, i'averaie, ]'auraie ou ]'auroie, d'autant plus que le subjonctif latin était employé lui-même dans le sens du conditionnel, et qu'en espagnol on rencontre comme pour le futur, des exemples de ce conditionnel divisé avec avoir. (Raynouard, Gr. comp. pag. 298.)
En reproduisant le conditionnel présent Ravoir d'après les idées de Dubois, qui l'appelle présent de l'optatif, nous aurions :
J'aré (2) — j'harée Ta ares (3) — tu harées (ap. Liv. p. 90.) Il aret
Nous aremes ou areons Vous ares ou aries Ils arent ou aréent. (4) (Ap. Liv. p. 39,40.)
Ce conditionnel fut , comme le futur, usité pendant tout le moyenâge concurremment avec ] aurais.
Vos areiz pais itel com vos vodrois.
(Gér. de Viane, vs. 3569.)
Dès la seconde moitié du XVIe siècle on ne l'emploie plus guère comme forme littéraire. On n'en retrouve plus trace au XVIIe.
Les Italiens avaient également la forme contracte du conditionnel , arei pour avrei.
(1) Cf. Vie de Ste Euphr., p. 8, dimittcre habiat, et Ann. Comn. dans Mavrophrydi, p. 249, -fosçiçsiv e'xov, j'offrir-ais.
(2) É a un son plein comme charité. (Dubois.)
(3) Ë a un son mixte comme aimes, amate. (fd.)
(4) C'est à dessein que Dubois termine la 3e pers. en arent, et non arènt (e muet) ; la prononciation était ici la même que dans bien, chien. (V. Livet, pag. 40 et 44.)
Areste gia maçon tuo rinegato.
(Morgantemagg. I, 4.)