‹ Du dialecte blaisois et de sa conformité avec l'ancienne langue et l'ancienne prononciation françaiseChapitre 117 sur 132 · PART. PASSÉ · texte numérisé non relu

PART. PASSÉ

Éeté, éeteu, été, éteu.

De Verbes en général.

Les verbes du dialecte blaisois peuvent se diviser en 6 classes 1° Ceux qui ayant cessé d'être usités en français se sont conser

(1) N'i a si jofnos, ne si vieux,

Qui n'i seient les oil moiliié.

(Chr. cl. d. deNorra. p. 501.)

vés en blaisois avec un sens identique ou restreint; identique, comme bouter, tournevirer (*), hardir usité seulement à l'impératif hardi (2) ; restreint, comme dans poiser (pouéezer), qui se dit seulement de ceux dont les pieds, en faisant poids, enfoncent dans la boue; trimbaler (pr. trinqueballer qu'on trouve dans Rabelais) qu'on emploie dans un sens méprisant pour flâner (3) ; dessoler qui signifie briser, mettre en pièces, etc. « Dessoler ce monument. » (F. Pyat , cité par le journal la France du jeudi 4 mai 1 871 , p. 3 , col. 3).

2° Ceux qui, continuant à être usités en français, ont conservé ou ont contracté une prononciation différente, comme aider, émèier ou éméjer, breier ou bréjer, chafauder, dèniger, jallir, boulir, bêcher (dans l'expression donner à bêcher pour donner la becquée) , envelimer, etc.

3° Ceux qui, continuant à être usités en français, ont contracté un sens différent, comme abîmer, qui s'emploie dens le sens d'endommager ; serrer dans celui de cueillir (Cf. avec le franc. gêner, étonner).

4° Ceux qui sont inconnus au français moderne , et qu'on ne retrouve pas dans le français ancien , bien qu'ils y aient probablement existé , comme : pouiller (4), c'est-à-dire mettre un vêtement, formé probablement par rétroactivité de son contraire dépouiller; rafistoler, qui signifie arranger, raccommoder, forme corrompue de rabistoquer, usité en Anjou (re-bistoccare) (5) ; arrigoter (recevoir un objet qu'on vous lance), dérivé sans doute d'un primitif arriger (qui se trouve clans Palsgr. p. 732, arrigere manus,

(1) En la grand mer où tout vent tourne et vire, Je suis pour vray la doulente navire, etc.

(François 1er.)

(2) Cf. Mol. Sganarelle, se. XXI, et J. deMontl. p. 188.

(3) On trouve trimbaler dans Ph. Chasles, Et. sur l'Allem. au XIX» siècle.

(4) Je trouve bien pouiller dans Palsgrave (p. 615), mais dans un sens tout différent, pediculos tollere.

(5) Voir Palsgr. p. 589 : Je bistocque.

dresser les mains pour recevoir) , avec l'addition de la terminaison fréquentative oler, très commune en blaisois, et par aphérèse : rigoter.

5° Ceux qui ont un aspect de formation relativement moderne , et que le peuple crée selon les besoins de sa pensée, principalement par l'adjonction de la préposition n/c , comme déclouter, décourrouiller, désucrer, dévirer, dégoncer, demi foncer.

Li portiers fut apareilliez, E li guichet descorreiUez.

(Chr. (1. d. deNorm., p. 662. ^

Gresset a dit :

Telle qu'une nonne, il ne dépariait pas-,

et un auteur inconnu :

Et je sens, quand je le dêsaime, Que j'aime l'autre malgré moi.

(Ph.de la Madelaine, p. 363.)

6° Enfin tous les verbes diminutifs, fréquentatifs ou péjoratifs formés journellement par le peuple à l'aide des terminaisons oter, (mer, ailler. La liberté la plus complète paraît régner dans ces créations (') ; néanmoins, on n'emploie pas toujours ces terminaisons l'une pour l'autre ; les nuances de la pensée et le souci de l'harmonie en déterminent l'usage. Ainsi, buvoter, c'est boire à petits coups et souvent; huvasser, c'est boire souvent, et à petits coups, et à tort, et malproprement ; boissailler (on ne dit pas buvailler) se dit de celui qui aime à faire de fréquentes stations dans les cabarets et à provoquer le plus possible les occasions de boire ; en un mot, c'est boire souvent et beaucoup. Buvoter est surtout

(1) » Or. faut-il tousjours avoir mémoire de rc que j'ay «lie! de la facilitéde nostre langage quant à faire recevoir à ses mots le pli qu'il leur plait leur donner ; ruais il en vient bien mieux à bout, quand il ne faut que suivre l'analyse. Pour exemple , tout ainsi qu'il dit trembloter, pinçoter, beuvoter, ainsi pourra-t-il faire suçoter de sucer. » H. Est. Précell. du lang. fr

diminutif; buvasser, péjoratif; boissailïer, péjoratif et augmentatif. Parloter se dira d'un enfant qui commence à nouer des phrases; parlailler, d'un bavard de carrefour. Celui qui mange peu et souvent, et non sans une certaine grâce, mangeote; celui qui mange souvent et sans propreté , mangeasse ; le glouton qui mange souvent et beaucoup à la fois , mangeaille.

Une troisième terminaison fréquentative, et qui indique dans l'action elle-même plus de mouvement et de rapidité , est la terminaison en ouiller. Ainsi, sepater, c'est prendre des mottes de terre à ses souliers en marchant dans un terrain gras ou boueux , c'est s'engluer les pattes dans un sol où l'on enfonce. De là patouiller, mot qui indique admirablement l'action de lever et de baisser le pied le plus rapidement possible pour échapper aux pouéezemâns. Et comme pater, par une extension de sens toute naturelle , s'est appliqué des pieds aux mains , attendu que dans le langage métaphorique de nos paysans les mains sont souvent appelées des pattes , patouiller se dira très bien d'un enfant qui joue avec Veau, se plaît à la faire jaillir, y trempe tour à tour et en retire ses mains. Le français patauger diffère de patouiller en ce que le premier provoque une idée du dégoût , que n'éveille pas nécessairement le second,

Je découvre patouiller dans Jeh. de Montlyard (p. 149) :

Mars , roi tout forcené , qui cruel te lantouilles Dans le sang espanché, qui de rage patouilles Parmi les corps occis, etc.

Cf. Nisard, Curios. p. 123.

En français, nous disons d'un renard qui, poursuivi par les chasseurs, s'est réfugié dans son trou : II s'est terré. Je me demande comment un écrivain français exprimerait en un seul mot l'innocent plaisir des volatiles, surtout des moineaux et des poules, de se coller le ventre contre terre en été, en se tournant et becquetant tour à tour à droite et à gauche , puis la queue écar-

tée en éventail, l'œil languissant, de faire à grands coups d'aile voler la poussière autour d'eux. Le blaisois exprime tout cela d'un seul mot, d'un mot charmant, se terrouiller.

De la Conjugaison des "Verbes dans le dialecte

blaisois.

On a pu voir d'après la conjugaison des verbes avoir et être quelles sont les principales différences qui distinguent les désinences verbales du blaisois de celles du français. Je vais signaler ici les formes particulières qui méritent d'être remarquées parmi les quatre conjugaisons.

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