‹ Du dialecte blaisois et de sa conformité avec l'ancienne langue et l'ancienne prononciation françaiseChapitre 118 sur 132 · PREMIÈRE CONJUGAISON · texte numérisé non relu

PREMIÈRE CONJUGAISON

1° Les verbes en er, dont la terminaison est immédiatement précédée de deux consonnes, dont la seconde est un / ou un r, subissent la métathèse de IV ou de 17 au futur et au conditionnel, et Ye intermédiaire sonne eu ; Ex. : J'entrerai — j'enterrai, pron. j'enteurrai;)e livrerai =je liverrai, pron. je liveurrai; je soufflerai = je soufl'elrai, pron. je soit //'cuirai ; il ronflera = y ron/clra, pron. y ronfcidra.

Le même usage existait dans l'ancienne langue ; Ex.:

Et quant enterras dans la cité.

(Rois, p. 33.) Liverrai lui une mortel bataille. (Roi. Maller, vs. G58.) Voir La vie vaill. Bertr. du Guesclin, vs. 15820.

2° Les mêmes verbes, ainsi que ceux des mitres conjug. aux personnes terminées en reou le, ou bien éprouvent la même mêlathèse àl'ind., àl'impérat., et ausubj. prés., aux personnes terminées en e, es, enl ; Ex.: Entre donc = enterdonc, pron. enteurr'doun;

livre-le moi — liver-le moi, pron. liveurr'le moue; souffle-lui = souffel-lui, pron. souffeuWli; ils ronflent à tue-tête = ils ronfeknt à tue-tête; pron. y ronfeull'à teue-téete:

Qucuverchief, couvre-chef.

(Palsgr. p. 209.) Que descouvers-tu son...

(ïd. p. 546.) Je ofîers.

(Id. p. 667.) Je luy ofiers moytié argent.

(Id. 625.) Je couvers de pierre.

(ïd. p. 706.) Je ouvers, je soutiers.

(Id. 729.742.)

ou bien suppriment la liquide : Ente doun; live-le moue ou UveuV moue; sou/fe-li; i ronfe à teue-téete.

Le verbe trouver fait toujours trouverrai, trouverrais :

Nous les trouverons tous dormant.

(M. dus. d'Orl.vs. 47993.)

3° Le verbe envoyer et son composé renvoyer ont conservé le futur et le condit. de forme bourguignonne, $ envolerai, je renvoierais.

Ces formes se rencontrent dans Montaigne, dans Rabelais, dans Malherbe et jusque dans Corneille (') :

Dieu t* envolera .

(Palsgr. p. 520.) Si renvoyeraij-je les lettres.

(Pli. de Com.)

Le dialecte blaisois prononce généralement dans ces verbes,

(1) V. Corneille, Nicomède, IV. 5 et V. 5.

comme dans tous ceux en oyer ou ayer, Y y mouillé : J'envoueilleré, je renvoueilleré.

Du reste, il est probable que Yi oui'// était primitivement mouillé, non-seulement dans les formes en oierai, mais môme dans celles en eierai, comme semble le démontrer ce passage de la chanson de Roland (Muller, vs. 244) :

Seignurs baruns, qui i enveieruns

En Sarraguce al rei Marsiliun ?

et celui-ci d'Àl. Chartier :

Et tant qu'en vie demourray A garder Tonneur qui leur.touche, Emploierai ou je pourra y Cueur, corps, sens, langue, plume et bouche. (Excusalion.)

4° Je ne signale ici que pour mémoire la transformation en e muet , ou la suppression de Yè grave dans la plupart des verbes en eter, de trois ou de quatre syllabes, à l'indic. , à l'impér. et au subj. prés.: J'épouss'te, je cach'te, j'étiq'te, je caq'te, je me colite, les poules coq'tent, il dechiq'le,je feuill'tc, tu feur'tes et dans quelques verbes en eler, je carr'le de carreler; ne bosse pas l'argenterie, pour ne bosselle pas; muse, meuse ton chien ou mus le ton chien, pour muselle ; fissle pour ficelle ton paquet. Plusieurs de ces formes sont entrées dans la prononciation commune et je lis dans une grammaire à l'usage des enfants :

Un usage assez répandu aujourd'hui laisse toujours muet le dernier e du radical dans les verbes décolleter, becqueter. (Gramm. fr. par Guérard, pag. 34, paragr. 96. Note.)

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