‹ Du dialecte blaisois et de sa conformité avec l'ancienne langue et l'ancienne prononciation françaiseChapitre 119 sur 132 · DEUXIÈME CONJUGAISON · texte numérisé non relu

DEUXIÈME CONJUGAISON

1° Les verbes venir, tenir et leurs composés son! très irréguliers; L'indic. prés, est non pas je mens, je tiens, mais je reins, je tri us, formes usitées au moyen-âge :

Maint en ocit, maint en aleint; Bien lor mostre qu'au quor li teint .

(Chr. des d. de Norm. vs. 16271 .)

Le pluriel fait j' venons, ou je v'nons, vous venez, y veignmt, vianent ou vnalnt.

%° L'n s'y transforme en gn devant Yi de la terminaison et à toutes les personnes du subj. prés.; Ex.: J'vegnions quant et li (') ; queftiegne, que tuveignes, qu'i tiegne, etc. (Voir Burguy, I, 389, 390.) "

3° Le d du futur et du condit. disparaît: Je veinrai, tu teinras, j'veinderiains; vous tcinriez ou vous teinderiez ; y veinraint ou veinderiaint (V. Burguy, I, 398 et 399) :

Nous revenrons.

(Un mir. de Sl-Ignace, Buchon, p. 279.) Et scez-lu qui t'en avenra.

(ld. id. p. 281.) Et de Tun et de l'autre apaiiet me lenroie.

(Boni. d'Alex, fol. 128, verso, col. 1, dernier vers.)

Voir IVe partie, des dentales d et /, p. 231 . C'est ainsi que le d qui existait autrefois clans ces verbes à la 3e pers. du parf. de l'indic. a disparu du français actuel :

Onques Gauwains ne Lancelos Ne tindrent d'armes plus grant los.

(R. duCh. deCoucy, vs. 64.) Siglant vindrent à Barbefleu.

(Chr. d.d. de Norm. p. 331.)

4° Les composés des verbes tenir, et venir font généralement le participe passé en tint et vint, non en tenu et venu. Ce participe existe dans tout le Blaisois et même au delà. Je l'ai suivi depuis Meusnes, sur la frontière du Berry, où un paysan m'a dit cette

(1) Nous venions avec lui.

phrase curieuse par les deux formes qu'elle renferme. « C'est eune aféere counv'nue, il en a counvint, » jusqu'à Phrasé, petit bourg d'Eure-et-Loir, où un paysan, auquel je me plaignais des fondrières delà route, me répondit : Y nTount pouaîn enteurtint, ste g'min-là. »

On rencontre peu d'exemples de ces sortes de participes au moyen-âge; on en trouve davantage au XVIe siècle :

N'en avez por vos retint que seziesme partie.

(Burguy,I, p. 403.) Croyez aussi que Faifeu ne s'est lins Qu'il n'ayt souvent de bons propos meintins.

(Ch. Bourd.) Il a relins la mer emmoncelée.

(Cl. Marot, ps.)

Du reste, très usitée dans tenir et les composés de tenir et de venir, cette désinence n'est jamais employée, même en blaisois, au simple venir ; on dit toujours venu.

5° Les verbes sentir, se repentir et qquefois bouillir et mentir font au participe sentit, repentît, boulu ou bouillu, menlu. Ouvrir, offrir, souffrir font souvent otivri, ofjri, souffri. J'ai déjà parlé des premiers (') ; voici des exemples des seconds :

La paiz d'un an lur unt offrie A itant lor sera plevie.

(Chr.d. d. de Norm. II, pag. 224.) E or fait-il, seignor ami, Bien savez que vos ai offri Preié, requi, adnonesté.

(Id. Il, 812.) Car ne li sera plus soffri.

(Id. H, p. 5o0.)

(1) Voici un nouvel exemple de part, en u :

Vienne, Albcregalle ont sentu les assaulx (J. Molinet.)

La charrié li unt ojfrie ;

Mais c'est la fin, ne's en otmie.

(Chr. d. d. d. Norm. vs. 1138oHV. aussi vs. 1139G.)

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