‹ Du dialecte blaisois et de sa conformité avec l'ancienne langue et l'ancienne prononciation françaiseChapitre 126 sur 132 · QUATRIÈME CONJUGAISON · texte numérisé non relu

QUATRIÈME CONJUGAISON

1° Faire n'a dans le dialecte blaisois que le subj. d'irrégulier : quej'féze ou fécze, que tu fézes ou féezes, qu'il j'êzc, que f festons ou fesains, qu'vous fesiez, qu'i fézent ou fesaint :

Que des chaaignes (For li faisse.

(Dolop. p. 279, ap. Burg. Iï. 161.) Et faiche quonque li délite.

(V. s. la M. XXXV. id. H, p. 161.)

320 DU DTALECTE BLAISOIS.

Dans tous les verbes en aire, ai sonne toujours èc, féerë, pléere, que fféeze, que fpléeze ; reàl'inf. sonne toujours ze, féeze, pléeze. Au lieu de téeze, il en est qui préfèrent taiser.

%° Le verbe pondre se conjugue ainsi : Ind. prés, j'ponnons, pounons ; vous ponnez, pounez; ils ponnent, pounent ; Imparf. j'ponnée, pounée; Futur, fponneraî, pounerai ; Condit. j'ponnerée, pounerée; Subj. que j'ponne, poune; Part. prés, pourtant ; Part, passé, ponnu.

Les verbes répondre et correspondre se conjuguent de même.

Cette geline cacquette fort- a-t-elle ponneu un œuf, pensez- vous? (Palsgr. p. 472.) Je pons, nous ponnons, je ponnys, j'aij ponnu, je pondray, que je ponne , pondre (ld. p. 601).

Je respons, nous responnons , vous rcsponnez, responnu, corresponu (ld. p. 432).

« A la queue chose nous vus responons ke nus ferums pur vus autant comme nus purrums (Doc. inéd. Lrp d'Ed. d'Anglet, au prince de Salerne). »

Répondre et correspondre font aussi très souvent au participe répons, correspons. Pondre fait rarement pons.

Y m'a répons : Le moment est crétique; G'uia pus d'travail dieux nous pou Touverier. Les lermes ouz yeux, je quittai sa boutique.

(Chanté par une mendiante dans les rues de La Flèche, le 3 octobre 1871.) « La cocque d'un œuf pons etesclousparLeda (Rab. Gargantua, ch. IV).»

L'ancien participe répons a laissé dans notre langue les substantifs répons et réponse.

Et des psaumes et des leçons, Et des versets et des répons.

(La Fontne, livr. VII, fabl. 11.)

3° Un certain nombre de verbes en eindre, tels que atteindre, aveindre, éteindre, peindre, teindre, font généralement le part.

passé en u : aveindu, éteindu, etc. Ces participes, dont je ne trouve pas d'exemples au moyen-âge , ne sont autre chose que les formes faibles, usitées en place des formes fortes, comme aujourd'hui répondu au lieu de répons.

Ces verbes font aussi à l'ind. prés, nous atteindons, nous aveindous; au subj. que nous attcindions, que nous aveindions :

Nos nos complaindons à nostre Sanior (M. sur Job, p. 491).

Sur nous l'affaire prendons.

(Ap. Burguy, II. 194.) Nos nos aslraindoiis.

(Id. id.) Plaindist, ataindist (Id. id. 243), complaindant (245).

Au lieu du verbe peindre, quelquefois usité , on emploie de préférence peinturer, et avec une expression de mépris peinturlurer :

Sur les bords enjonchez des peinturez rivages.

(Ronsard, Amours, 2e livr. Buon, 1G22, p. 300.)

4° De même que nous avons signalé la métathèse de Ve au futur, au conditionnel, et, devant une consonne, aux trois pers. sing. de l'indic. prés, dans les verbes en er, dont la terminaison est précédée de deux consonnes dont la seconde est un r, je lirerrai, tu souffelras, de même je dois signaler l'intercalation d'un e aux deux prem. pers. plur. du conditionnel d'un grand nombre de verbes de la quatrième conjug. : nous metterions ou nous melteriains, ]peinderions et ]peinderiains, etc. Quelques verbes de la seconde conjugaison éprouvent un changement analogue en remplaçant au fut. et au condit. 1'/ du radical par une qui subit la métathèse, s'il est précédé de deux consonnes dont la seconde est un r : je sou j ferrai, tu ouverras (pron. souffeurrai, ouveurras); on dit je courrée, ma.h]courrerio)is ou )'courraîns.

Car par devant se couverra:

Mais ses meurs après ouverra.

(Eust. Desch. p. 218.)

M. du S. d'Orl. con fondera (p. 21), Irouverroit (v. 7824), trouverrez (p. 306), se trouverra (v. 8133); — Palsgrave : je deveray (p. 650), De quoy viverons-nous (p. 633), Jemetteray (p. 671), Je attenderay (p. 674), Je entenderay, je receveray (p. 680), Je estenderay (p. 629), etc. Rien n'est plus commun que cette intercalation de Ye au futur et au conditionnel. Voir aussi Burguy, II, passim :

A estre clerc metterez-\ous Bien diligence.

(Un mir. de S' Valentin.)

4° Les verbes mordre et tordre font le premier quelquefois mors , le second très souvent tors .

Je ne connais pas d'exemple de mors ('), bien que je suppose que cette forme , dérivée régulièrement du participe latin, ait dû exister dans la langue d'oil. Quant à tors, torse et torte qu'on prononce encore leurs, teurse ou teurte, on en trouve des exemples jusqu'au XVIe siècle :

Je leurs et je tors. Jamais ne vis hart mieux teurse.

(Palsgr. p. 785.) Abas y est, la chère fière et torte.

(DesMaz. p. 503.) Les uns borgnes , les aultres torz.

(Liv. du bon Jehan , vs. 2794.)

(1) J'en rencontre un dansl'Enéid. de L. des Mazures :

Et un bon coup aux dents la terre a morse (p. 579) ; etdansRabel. Pantagr. IV, 17: Lequel en son épitaphe se complaint estre mords d'une chatte au petit doigt.

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