‹ Du dialecte blaisois et de sa conformité avec l'ancienne langue et l'ancienne prononciation françaiseChapitre 16 sur 132 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

nent pas a , se prononcent très fermés et avec un accent traînant ; Ex. : terre, fête, procès, etc., pron. : tèere, fécte, procée, etc.

« Les Picards et les Gascons prononcent brèves les syllabes qu'on doit faire longues, surtout dans les finales. Ils diront par exemple laquez pour laquais, succez pour succès, mér pour mer, fier pour fier, etc. » (A. de Boisreg., 4o2.)

« Les Gascons ont le malheur de confondre toujours Ve ouvert avec IV fermé. Ils disent par exemple un procès, les anylés, mes, jamès, etc. » (Bibl. desEnfans,p. 149.)

Nos paysans parlent Picart ou Gascon, comme M. Jourdain faisait de la prose, sans s'en douter. Mais je dois faire remarquer qu'au XVIIe siècle Yè ne se prononçait pas aussi ouvert dans les mots en es qu'aujourd'hui.

« Bien qu'on écrive vous verrez, vous direz, il faut prononcer vous verres, vous dires, a peu près comme en ces mots-ci procès, succès, prenant garde toutefois de faire sonner cette syllabe es, comme s'il y avait verrais, dirais, ferais, ainsi que prononce la bourgeoisie et le petit peuple de Paris. » (A. de Boisreg., p. 46o.)

Aujourd'hui la syllabe finale des substantifs procès, accès et celle des conditionnels verrais, dirais se prononcent absolument de même. Evidemment, puisque le grammairien recommande de ne pas prononcer la terminaison des premiers comme celle des seconds, je dois conclure que es sonnait plus bref dans procès que ais dans verrais.

Il est à remarquer à l'appui de ma thèse que tous les noms latins en es, dont nous prononçons aujourd'hui la terminaison d'une manière très ouverte en latin, Eurymedès, Diomedès, Ulysses, avaient leur dernière syllabe en é fermé; Ex. :

Par ce départ furent adnichilez

Tous les plaisirs du vaillant Achillés, etc.

(Hug. Salel, liv. I.) En luy baillant pour patron Ulysses,

Duquel les Grecs éloient tous surpassez

En bon conseil et en douce faconde. (Id. id .)

Et veut trouver le subtil Ulysses

Lequel avoit les autres Grecs laissez. (Id. II.)

On trouverait dans les 10 livres de l'Iliade de Hug. Salel plus de cent exemples semblables.

Voici quelques autres exemples de mots français, dont Ye est aujourd'hui plus ou moins ouvert, rimant avec des terminaisons en é fermé :

Tost sont ruinés Cent mil poissons et plusieurs nefs.

(Fig. du n. Testament, apocal. VIII.)

Et lors estnnt les Grecs Assis selon leurs estats et degrés. (Hug. Salel, liv. I.)

Du reste, il est probable que cette variété dans les sons ez, es, dis, ne date guère que de la renaissance, et que le moyen-âge, comme j'essaie de le démontrer plus loin, ignorait l'emploi de ces sons dans les syllabes finales.

Voir le chap. I de la deuxième partie : De la prononciation de la diphthongue ai.

Règle II. — E fermé se prononce presque constamment comme e naturel, c'est-à-dire eu; Ex. : Espérer, exemple, créer, mémoire, nettoyer, etc., pron. : Euspeurer (ou aspèrer),.cxampe (ou axampej, creuer (ou crèijer), meuinouéere, neulouéyer, (ou natouéyerj.

Il sonne souvent de même dans la syllabe finale des participes de la 1re conjugaison, toujours dans les terminaisons en ève, èvre, qui se prononcent l'une et l'autre euve; Ex. : Aimé, bonté, vérité, clé, etc., pron. : Aimeu, bounteu, veuriteu, (variteu, vart.cn),

(1) Il esta remarquer dans l'édit. de l'Iliade de Hug. Salel de 1545, que, tandis que la proposition à est toujours marquée d'un accent grave, tous les c, ouverls aujourd'hui, sont ou inaccentués, ou marqués d'un accent aigu.

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