PREMIÈRE PARTIE
Cf. avec l'Italien : Lui, che dal mare era gittato a terra. (Seneca, de Benefizj, trad. de Bened. Yarchi.)
Lamentandosi d'haver gittato via il tempo. (Dial. de Bened. Varchi, p. 26.)
Remarque III. — E se prononce o dans fremer (par métathèse pour fermer), pron. : fr orner. On dit aussi freumer, [armer, (ramer et froumer. Toutes ces formes ont leur explication dans des règles dont j'ai déjà fait, ou dont je ferai plus tard mention. Cf. Fremer, fromer avec le grec Tp&xw, tétpotox.
Puis fait ses escrins de fremer.
(J. Bodel, Btichon, p. 163.) L'ostesse s'emparti , a la clef frema Fuis.
(Le dict. du Buef. A. Jub. Ncau rec., p. 6o.)
On a dit de môme frémi, fromi, froumi, par métathèse du latin formicas , et plus tard en renversant la métathèse formi et fourmi.
Dist la fromis : or chante a mei. (M. de Fr. II, p. 121.) Se m'aïst Diex et Saint Bemi Troverois un œuf de frémi.
(Rom. de la Bose, v. 14872, cité par Littré.) (') Li froumi fait pourvéance de blé. (Eust. Desch., p. 191.)
E sonne aussi o dans redingote, pron. : rodingote ouroudingoule. Par un changement tout contraire on dit Remorantin ou plutôt H'mouranlin pour Romorantin.
Ce fut fêta Remorantin. (Lett. de Bois, p. 170.)
Remarque IV. — E se prononce u dans fume (ou faune), jumelle pour femme, femelle, et dans les composés fumeler (fréquenter les femmes), fumelier , (qui les fréquente) .
... Se penche sur un ruisseau
Pour contempler d'un grand zèle
A l'autre bord sa fumelle. (Ronsard, cité par Jaubert.)
(1) Je ne trouve pas ces vers à l'endroit indiqué, dans l'édit. d'Amsterdam, 1735, la seule que j'aie entre les mains.
« OE se change en u; Ex. : Fœmella, fumelle. » (J. Dubois.) Fumelle, voyez Femelle. (J. Nicot.)
La présence de Ye ou de Yu indistinctement dans certains mots s'explique parla fréquente identité de prononciation de ces deux voyelles, c'est-à-dire eu; Ex. : gémeaux et jumeaux; chalemeau et chalumeau; bevons et buvons; vevage et veuvage, etc.
Règle. III. — Dans la poésie chantée, le dialecte blaisois sonne toujours en o bref Ye muet des rimes féminines; Ex. :
Acceuplée (pron. : tée-eu ou tée-o) c'bouqueu
Que ma main vous peurzent...o.
Peur née n'en eune fleur; (eur très bref)
C'ée pour vous fêer"1 coumprend...o
Que vous beules couleurs
Fasserount coumm'' cée (leurs. (Chanson beauceronne.)
Chacun sait que dans les langues elles patois néo-latins du midi, l'a , Yi et surtout Yo, remplacent en maintes circonstances notre e muet, ne se prononcent par conséquent pas et souvent même sont supprimés dans l'Ecriture; Ex. :
Quel liquor, di seercto venen mislo. (L'Arioste.) Amico, hai vinto, io ti perdon; perdona. (Le Tasse.)
L'habitude qu'ont nos paysans de faire sonner dans leurs chansons Ye muet des rimes féminines comme un o n'est autre chose qu'un débris de l'ancienne prononciation, ainsi que l'attestent les lignes suivantes de Palsgrave (p. 4) :
« Si, dans un mot français de plusieurs syllabes, Ye est la dernière voyelle, soit seul , soit suivi d'un s et sans accent, il sonnera à celte place comme un o et avec un son nasal très prononcé; Ex. : homme, femme; hommes, femmes; avecques; prononcez le dernier e comme un o, hommo, femmo , hommos, femmes; avecquos. De sorte que si le lecteur élève la voix sur la syllabe qui précède immédiatement cet e, et la baisse tout-àcoup, quand il vient à prononcer cette lettre en o, et cela avec un son nasaj