‹ Du dialecte blaisois et de sa conformité avec l'ancienne langue et l'ancienne prononciation françaiseChapitre 19 sur 132 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

bien marqué, il prononcera cet c dans les exemples ci-dessus a la manière des Français. »

Peut-être n'est-il pas inutile ici de faire remarquer qu'à l'origine de la langue Yo occupait la place de Ye dans les mots le, ce, je, Ex. :

Attendez Zo, que javenra praici.

(Le myst. des Vierg. sages, Buchon, p. 4.) Ceo saverum ja per noz serganz.

(Le myst. de la Résurrect. Buchon, p. 12.) Jeo Tiendrai si ben endreit de mei (Id. id., p. 20.) Ço est le definement! <Ch. de Roland. 11775 )

Règle IV. — E suivi dans la même syllabe de n ou de m , suivis eux-mêmes d'une autre consonne, a le son de a très long, et très nasal; Ex. : enfant , ennemi, ennui, éloquemment, hennir.

Par quelle étrangeté disons-nous an-nui, ha-nir, ennemi , puisque ces mots s'écrivent tous les trois par enn? Nos paysans, héritiers du vieux langage, ne sont-ils pas plus conséquens que nous, en prononçant tous ces en de même ; an-nui (autrefois an-oi , du latin in oiio; espagn. cnojo); han-nir, an-nemi? (Voir de la prononc. de la voyelle a, règl. I, remarq. IV.)

Remarque I. — Aujourd'hui les terminaisons en en, ien , ain, sonnent ain, iain; Ex. : Examen, chien, lien, etc. Les terminaisons en eut, ient , ont, par une anomalie qui semble singulière, mais dont l'étymologie fournit l'explication, trois prononciations bien distinctes; tantôt Ye est muet, comme dans ils convient , ils dévient, ils couvent, ils ferment, ils équivalent, ils négligent; tantôt il a le son ain, comme dans il convient, il devient; tantôt enfin le son an, comme dans les substantifs couvent, ferment , et les adjectifs équivalent, négligent. Ces bizarreries n'existaient point dans l'ancien français, où ces différentes terminaisons, excepté toutefois celles en eut muet, se prononçaient à peu près de même. J'en dirai autant du dialecte Blaisois, si ce n'est qu'on y prononce

2U DU DIALECTE BLÀISOIS.

parfois en ent dur même les terminaisons en ent muet : y négligeant, y conviant, y déviant. Ex. :

Hélas! il me souvient

D'un qui fut mon parent. (Oliv. Bass., p. 52.)

En nom Dieu , sire, y vous convient

Que vous me menez devers le Roy

De France tout présentement. (M. du S. d'Orl. vs . 7196.)

Ton fils Pamphile entretient

Cette garse a bon escient.

(Bonav. des Périers, l'Andrie, p. 252.)

C'est surtout aux imp. du sub. que l'on rencontre la troisième pers. du pluriel, dont la finale est aujourd'hui muette, terminée en ant. Cf. Rois, pag. LXXXIV, qu'ils ceinsissant et pag. 43, bénissant. Mais l'imp. du subj. n'existe pas en blaisois.

J'ajouterai encore ici quelques citations à l'appui de ma thèse. On a déjà vu que Palsgrave au XVIe siècle , le P. Chifflet au XVIIe reconnaissaient une différence bien tranchée entre les sons an et. en. Henri Estienne la signale également : « Le vulgaire, dit-il, prononce tams, prudant, santance, et s'excuse sur les poètes qui font rimer constans et temps. C'est une faute : il faut donner à chaque lettre le son qui lui est propre; on évite ainsi les équivoques Sembler (enlever) et de ambler (aller l'amble). » — « Une autre sorte d'e masculin, ajoute-t-il, est l'e des mots comme chien, mien, lieu, sien, vien où il se prononce chiin, miin, etc. Mais cela a lieu principalement dans les mots monosyllabes, ou qui se prononcent comme les monosyllabes; tels sont ceux qui précèdent, car pour lien, moyen, ancien, praticien on ne peut d'aucune façon dire la même chose. »

Ces dernières lignes sont précieuses, en ce qu'elles servent à nous indiquer d'une manière précise l'époque ou la prononciation des monosyllabes en ien s'est modifiée. Prononcez mianne, tianne, sianne, dit Palsgrave ; prononcez miin, tiin, siin, dit H. Estienne. C'est donc entre 1530 et 1570 que ce changement s'est opéré.

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