‹ Du dialecte blaisois et de sa conformité avec l'ancienne langue et l'ancienne prononciation françaiseChapitre 30 sur 132 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Par ainsi son mal, qui se deuil.

Chascun dit bien : Oblye, oblye .

Mais il ne le fait pas qui veult. (Al. Chart, pag. VXl. )

Pensez-vous que Dieu jamais souffre

Vos iniquités el injures,

Sans vous punir, quand le cas s'ou/J're,

Comme les autres créatures. (Al. Chart;

Je sonde en vain les abysmes d'un gouffre -,

Sans qu'on m'invite a toute heure je m'ouffre.

(Ronsard, sonnet Cil.) Nadab avec Abiu feu estrange Au signeur Dieu contre son vouloir offrent , Dont est marry et sur le champ s'en venge, Car dure mort par feu céleste souffrent.

(Quadr. hist. Lévitiq. X.) Vues-lu dunkes en Vovrange de ISonosi conoislre alcune chose.

(Dial. de S1 Grégoire, liv. I. chap., T., Roquef. a Oucraigne )

Je passe sous silence les mots oume, homme (de Youme ou de la famé, Coutume de Beauvoisis, chap. 18), ounerance, ounour, oeoue-oie, attendu que le son ou y est dû plutôt à l'influence de la lettre qui suit.

6° 0 se prononce ou, toutes les fois qu'il est immédiatement suivi d'une voyelle; Ex. : oati, oe, oil ou oyl, pron. : ouan, oue, oui; roant, roele, roiame, pron. : rouant, rouelle, rouéiame.

Un ou deux mots exceptés , cette règle existe encore en français. En effet nous prononçons aujourd'hui o comme ou dans les mots ■moelle, oasis, oie, oindre , oiseau, et leurs composés.

Or puet-il bien fere dommage Sire Goubert d'une crasse oe ; James n'en metra en sa mm. (bouche; (Rom. du Renart, vs 92r)5., C'est celle qui a l'exemple de la forte et vertueuse lemme, laquelle loe le sage, etc. . (J. Gerson, sermon Pax hominibiis. ..)

Cette règle a été trop bien démontrée par Génin (Variât, p. 164 et 1 99.) pour que je m'y étende davantage.

Au moyen âge on écrivaitnoe pour indiquer un cours d'eau dans une prairie basse et marécageuse. Ce nom , usité encore dans le même sens dans le dialecte blaisois , n'a laissé en français que les noms propres Lanoue, Delanoue, Bellenoue, qui s'écrivaient jadis Lanoë, etc., et le verbe nouer. Quand dès le XVme siècle on commença à perdre le sens de cette règle , comme de bien d'autres , à côté des noms de Lanoue et Delanoue, prirent naissance ceux de Lanoé et Delanoë , que nous rencontrons encore aujourd'hui.

Anes, malarz et jars et oes ;

Et mesire Costant Desnoes, etc. (R. du Renart, 1273.)

7° En dehors de ces six règles on peut affirmer qu'il existe fort peu de cas où Yo sonne ou ; et encore peut-on les expliquer, soit par une de ces licences poétiques si fréquentes chez nos vieux auteurs, soit par la coexistence de deux formes, l'une en o, Vautre en ou dans le langage vulgaire, comme aujourd'hui dans le dialecte blaisois pomon et poumon ; soit enfin parles libertés ou l'ignorance de l'ancienne orthographe qui , plaçant un / ou un .s après Yo dans bien des mots où nous l'avons supprimée , permet souvent de ramener ces apparentes exceptions à la règle.

Ainsi je trouve dans le Chapelet de Virginité la prononciation en ou de la voyelle initiale d'octroyer justifiée par l'orthographe oultroyer. Voici d'autres exemples :

— De cela ne faut faire double.

— Jecuyde, moy, que tu radoubte.

— Vous semble-il que je n'oy goucte? (F. du Mun. p. 248 j Car tout soudain par bien frapper en coche

Dedans ung an il eut sa femme en cousche. (') (Ch. Bourd. p. 109.)

(1) Cf. Enprès li monstre une grant cosche , Puis dist la dame : Ci se couche Misires. etc. (Auberée, A. Jub. Neau Rec. p. 206.)

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