PREMIÈRE PARTIE
Dame, les trives sont jurées Et plevies et aliées De pes fere de tôt en tout, Et est jurée tout à bout. (Rom. du Reu. v. \Hïo. Je lis dans le même ouvrage, v. 6699 : Quepense-tu, putain provée, Quant o Renart t'ai ci trovée?
Et je n'hésite point à lire prouvée, trouvée, ayant vu les mêmes mots ainsi écrits au vers 6321 :
Il est preudom , ce sai-je bien , Pieça que je l'ai esprojtvé.
Et encore l'ai -je trouvé Jusques ici moult loial home.
Ainsi cette prononciation de la voyelle o, telle qu'elle s'est conservée dans le dialecte Blaisois , a été la prononciation de presque toute la France de la langue d'oil au moyen-âge, notamment des pays situés entre Seine et Loire, ce que Palsgrave appelle le cœur de la France. Elle a été la prononciation du peuple , des écrivains et des rois :
« Perot s'en est fouy, (') qui ne s'est pas ousé trouver devant moy. » ^.(Lett. de François Ier. Gén. Variât, p. 291.)
et en la voyant dominer à la cour de Henri II, de François II et de Charles IX, Henri Estienne, qui en méconnaît l'antiquité, ne peut
Que que la dame de l'ostel Li monstroit sa besogne tote Et la vielle erraument boute Le surcot par desoz la coûte :
« Certes, fait-eL des PentecosJe
Ne vi-ge mais si riche lit. lAuberée, A. Jub. Ne*" Rec. p. 206.) Voir plus haut : toustes, male-toustes .
(1) Fouy est la vieille prononciation :
Et si le velt si soutilment
Fere , que il ne puist foïr. ( Rom. du Ren. vs. 5858.) Prononcez fouir, comme l'indiquent et la règle 6 et l'orthographe suivante :
Je sailli sus, si m'en foui. {ld. 4258.)
42 DU DIALECTE BLMSOIS.
s'empêcher de s'écrier dans un accès de mauvaise humeur, en s'adressant aux courtisans :
N'estes-vous pas de bien grands tous De dire chouse au lieu de chose , De (Wrefouse au lieu de fose?
On peut donc dire sans exagération que le son o (qu'il fut représenté par la voyelle o, dont je viens de parler, ou par la diphthongue au, dont je parlerai plus loin) avait presque complètement disparu de la langue française, et l'on ne s'étonnera pas de voir Palsgrave écrire en 1 530 :
« Le son de Yo le plus général en France est celui de Yo anglais dans ces mots : aboore ,asoore , a coore. » (P. 7.)
À partir de la fin du règne de Charles IX cet usage commença à décliner. On n'en rencontre que peu de traces dans Régnier; on en chercherait vainement dans Malherbe. Néanmoins la cour et surtout le peuple continuèrent à prononcer certains mots à la manière de François Ier et l'on peut suivre à la piste les derniers restes , les restes les plus opiniâtres de cette prononciation jusque vers la fin du XVIIIe siècle.
En 1G28, le sieur Auvray, dans une satire ou il critique les mœurs delà noblesse/s'écrie :
Dire chouse pour chose, etc.
Sont les perfections dont aujourd'hui se couvre
La noblesse françoise, etc.
Ainsi, cette prononciation condamnée par H. Estienne, tombée en désuétude dans les écrits des grands poètes du règne de Henri IV et de Louis XIII avait encore ses partisans à la cour. Nous en ressaisissons la trace en plein siècle de Louis XIV, dans l'écrivain le plus français de l'époque qui écrivit le mieux le français, dans cet admirable Lafontaine qui ne professait pas pour le moyen-âge le dédain superbe et ignorant de Boileau :