‹ Du dialecte blaisois et de sa conformité avec l'ancienne langue et l'ancienne prononciation françaiseChapitre 38 sur 132 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

entre 1530, où écrivoient Dubois et Palsgrave, et 1550, où écrit Peletier, que le son et la diphthongue eu ont commencé à se transformer en n; la seconde, c'est que de l'aveu même de Peletier, cette transformation n'a pas été subie par tous les mots terminés en eu et en eurc; la troisième, c'est qu'il faut bien se garder de croire que cette pronciation en u fut alors aussi répandue que pourroient le faire penser les paroles de Dauron. Nous verrons en effet un grand nombre des mots, dont il s'agit, se maintenir en prose et en poésie pendant tout le XVIe siècle, et qui le croirait? jusque dans le sévère Malherbe lui-même. Le verbe asseurer, dont Peletier affirme si imperturbablement la métamorphose en assurer, vivra pendant la plus grande partie du règne de Louis XIV, et n'expirera qu'au seuil du XVIIIe siècle. Quant kjuner, dont on trouve encore des exemples dans Lafontaine, il est bien mort aujourd'hui : jeûner promet d'être immortel.

Et la preuve que cette prononciation en u ne sortait point, même alors, d'un petit cercle de novateurs, c'est que pas un des poètes contemporains de Peletier, ni Ronsard et sa pléiade, ni Est., Pasquier, ni L. des Masures, ni J. du Bellay, ni du Bartas lui-même, quoique postérieur, n'appuient de leurs exemples les préceptes du grammairien.

looO. — Mais pourquoy te fais-je demande

De si peu de baisers, friande,

Si Catulle en demande peu?

Peu vrayment Catulle en désire,

Et peu se peuvent-ils bien dire,

Puisque compter il les a peu. (Joach. du B. Bayser.) 1560. — Puisse arriver après l'espace d'un long âge

Qu'un esprit vienue a bas sous le mignard ombrage

Des myrtes, me conter que les âges n'ont peu

Effacer la clarté qui luist de notre feu.

(Ronsard, "2e livr. des Amours, Elég. à Marie.) 1567. — Je le ferav tous les ans un ^rand vœu.

Heureux rideau ! non que par ta présence J'aye cueilli le fruit de jouyssance.

Las! arriver à ce poinct je n'ay peu.

(Est. Pasq. Jeux poét. Loyauté.) 1572. — Les Dieux, les rois, le sang, le fer, \e feu En vers francoys Desmazures entonne Qui a cerché Virgile, où il étonne Tout l'Elysée au bruire de son jeu.

Puis est sorti sus en l'air peu a peu Pour déclarer l'Enfer qui d'horreur tonne, Chantant ainsi que le fils de Latone, Ou que sonner le grand Virgile a peu.

(Fr. de Clémery dans L. des Mas. p. 263.)

Et ce participe peu dont je pourrais citer bien d'autres exemples, est précisément un de ceux de la finale desquels Peletier affîrmoit positivement la transformation en u!

Ramus (1562) ne parle pas des participes. Il se contente de signaler la présence de la diplithongue et de la prononciation eu dans peur, seur, meur. Juste vingt ans après Henri Estienne dans son Hypomneses écrit ces lignes toutes contraires : a seur, meur se prononcent sur, mur, u long ». 11 n'est peut-être pas un poète au XVIe siècle, qui ne donne raison à Ramus contre H. Estienne.

En revanche, les grammairiens paraissent désormais d'accord sur la finale des participes; le son u gagne de jour en jour du terrain; et au rebours de Rob. Estienne (1558) qui donne pour exemples de la diplithongue eu seur, meur, peu, mcuremenl, esmeu, heureux sans faire de distinction entre la prononciation eu dans chacun de ces mots, Henri Estienne (1582) fait remarquer que dans il pleut et dans l'adverbe peu on n'entend pas le même son que en j'ai pieu et j'ai peu.

Eu 1584 la question parait définitivement tranchée et Théod. de Bèze constate qu'à l'imitation des Picards, les Français prononcent par u simple :

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