‹ Du dialecte blaisois et de sa conformité avec l'ancienne langue et l'ancienne prononciation françaiseChapitre 39 sur 132 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

1° Les mots seur, meur et leurs composés ;

2° Tous les noms en enre long, dérivés des verbes, comme blesseure, casseure, navreure, etc.;

-3° Tous les participes passés passifs, masculins ou féminins, terminés en eu, eue, comme heu, bette; deu, deue; leu, leue, etc.

Et il ajoute : « C'est à tort qu'on fait rimer heur et dur; engraveure et figure; heure et nature, faute qu'on retrouve en Guyenne ». (De Franc, ling. rect. pronunt. 1584.)

Aussi les poètes se montrent désormais moins prodigues de rimes condamnées par les grammairiens et les courtisans, et l'on peut dire que dorénavant, en poésie du moins, l'attribution du son eu à la voyelle u est une exception. On n'en rencontre que deux exemples dans Desportes :

0 temps, qui du haut ciel la vitesse mesures, Las! retourne, disois-je, a mesurer les heures. (Elégie V.) Amour n'est point si beau-, Angélique n'eut sceu Se garder d'enflammer aux rais d'un si beau feu. (Angélique.)

Et là-dessus Malherbe de s'écrier : ce Rimes provençales! rimes gasconnes! mauvaises rimes! on dit feu et heure par diphthongue , mesures et seu par voyelle simple. » (Comment, sur Desportes.) Mais, ô terrible Malherbe, quand on est si sévère pour les autres , on devrait au moins prêcher d'exemple, et je ne reconnais plus le critique de Desportes dans l'auteur des vers suivants :

Non, Malherbe n'est point de ceux Que l'esprit d'enfer a déceus.

(A M. de la Garde, 1628, année de la mort de Malherbe.) Cf. Cur. in. p. oi8 : Plusieurs peuvent être dèceux. Pour moi dans ce que j'en ai veu J'assure qu'elle aura Vaveu De tout excellent personnage. (ïd. id.N

On peut suivre pendant la plus grande partie du XVIIe siècle la lutte dans certains mots entre eu et u. Ainsi je note dans Nicot (1606) : Heurler et hurler; meusnier et munier; meurler et mugler; beurre et burre; beuvrage et bruvagc; etc. J'y rencontre meur et seur sans même que la seconde forme mûr, sûr soit notée. Ménage est le premier qui dans son Dictionn. Etymolog. ait signalé la double orthographe et la double prononciation sûr et seur : « En latin , dit le P. Chifïlet (1658), on fait sonner Ye et Vu comme dans Europa, Eurus; en français l'on n'entend qu'un son : Fleurir, meurir, peureux, feu, peu ». — «La diphthongue eu, dit plus tard (1692) Andry de Boisregard, est longue : Creuser, meugler, excepté seule, asseurer, fleuron. »

Ainsi l'on voit qu'au moment ou le XVIIIe siècle va s'ouvrir, le verbe asseurer, condamné par Peletier dès 1550, conserve encore des prosélytes même parmi les grammairiens.

Aujourd'hui il n'y a plus que le mot gageure sur lequel on soit partagé. L'Académie dit gajure, et M. Louis Veuillot gageure. (') Victrix causa Diis placuit, sed victa Catoni.

Remarque I. U se prononce i dans jupon, ruban, pron. : jipon ou jeupon, riban ou reuban.

Un bon gipon ouvré vesti et boutonna.

(Chr. du Guesclin.) Argent ne pend a gippon, ne ceinture. (Fr. Villon, p. 218.) Estreinte d'un riban qui de Moutoire vient.

(Ronsard, Amours, II, La quenouille.)

U se prononce aussi très souvent i dans un, lundi, manufacture, pron. : in, lindi, mani facture. (Ce dernier se prononce aussi maneufacture et manéfacteure) :

« Ce mestier estant divisé en beaucoup de parties, c'est-à-dire en plusieurs sortes de manifacture. » (H. Est. Précell. p. 144.)

Remarque II. — La voyelle u sonnant eu, ainsi que Ve naturel,

(]) Landry Stewart,

Page 1