‹ Du dialecte blaisois et de sa conformité avec l'ancienne langue et l'ancienne prononciation françaiseChapitre 43 sur 132 · CHAPITRE Ier · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ier

De la prononciation de la diphtongue AI.

Le véritable son de ai, c'est é. Nous le prononçons ainsi à la terminaison des premières personnes du parfait et du futur, j' aimai, j' aiderai. Mais si dans la première syllabe de j'aimai, ai sonne fermé comme dans la seconde, dans j'aiderai nous prononçons la première syllabe beaucoup plus ouverte que la dernière. Pourquoi cette anomalie, }émé, fédéré? En supposant qu'on voulut expliquer le son ouvert de la première syllabe du dernier mot par la synérèse de ai en ai, explication dont la connaissance ne saurait être que le partage de quelques-uns , loin d'être à la portée de tout le monde , pourquoi n'avoir pas alors indiqué la suppression du tréma primitif et la gravité de la prononciation par un accent circonflexe? Que ai se prononce très ouvert dans maître, je le comprends ; il est marqué d'un accent qui indique la suppression de Ys, mais pourquoi le prononce-t-on de même dans maison? On m'objectera sans doute aussi qu'on allonge ai dans maison, à cause de Yn qui existe dans mansio. Pourquoi dans ce cas ne pas

indiquer la suppression de Yn dans maison, comme on indique celle de Y s dans maître? Le dialecte blaisois n'a point de ces anomalies. Il prononce ai toujours fermé aussi bien dans j'aiderai, (je n'ajoute pas j' aimai, parce que cette forme de parfait n'est pas usitée dans le dialecte blaisois) que dans maître, maison : j'ederé,méte, mézon, ou plus exactement en traînant sur la diplithongue : y-cdré ou j' aiderai, méeîe, méezon. Je vais essayer de prouver que cette prononciation est un débris de celle du moyen- Age.

En effet au moyen-âge ai sonnait non pas al mais è, et parfois même comme nous le verrons, ée. J'appuie mon opinion sur ce fait que ai était alors représenté dans l'écriture , surtout dans le dialecte normand, soit par ei, soit par e.

Bien asemblad plus de cent reis Od lur grant ost, od lur liarneis.

Les nefs firent a terre treire ; N'en quident mes aveir a feire.

(Geffrei Garnier, Buclio-n, p. 87.)

Je sais bien que M. Génin a prétendu que ei avait alors le son de Yè ouvert, mais il ne le prouve pas. La seule raison qu'il donne, c'est que de nos jours en Normandie cette diplithongue a le son très ouvert. La seule réponse que j'aie à faire, c'est qu'aujourd'bui dans le dialecte blaisois cette diplithongue aie son très fermé.

« Au lieu de ai, dit Palsgrave, les Français prononcent le plus communément ei. »

« Ei, dit-il ailleurs , sonne universellement en français comme en anglais dans les mots obe\j, a sley, a greij, c'est-à-dire que Ye conserve sa prononciation distincte, et que Yi a un son rapide et confus comme dans conseil, vermeil, etc. »

D'où je conclus que ci dans les exemples anglais et français cités plus haut ayant le son fermé, les deux diphthongues ai et e? se prononçaient é.

J'ajouterai que Palsgrave ne fait aucune différence entre le son de e dans gré, bonté, regardé, et dans cyprès, excès, procès, qu'il accentue absolument de même. « Dans ces mots , dit-il, e conserve le son le plus général de Ye , the most gênerai sounding of e. » Or quel est le son le plus général de Ye? C'est celui-là même, qui surtout alors servait à nommer cette lettre, c'est-à-dire é.

Je trouve encore la preuve de mon assertion au XIVe siècle dans Eust. Deschamps : « Les liquides /, m, n, r, dit-il, font la syllabe brieve, si comme est : Ysabel, Marion, Jehan, Robert eteureux, » (L'art de faire chansons, etc.) qu'on prononçait Ysabcu, Marion, Jehaun, Robert , eurevx, en abrégeant le plus possible la voyelle qui précédait immédiatement la liquide. Or si r avait alors la propriété de rendre brève la syllabe précédente, il est évident que, dans l'exemple que j'ai cité tout à l'heure de G. Garnier, les mots où entre la diphthongue ei précédée de r, treire, feirc, doivent sonner non pas traire et faire, comme nous prononçons aujourd'hui, mais trére et fére.

Enfin Dubois, qui dans son Isagoge (1531) consacre plusieurs pages à la prononciation, ne parle ni de Ye, ni de Y ai ouvert, comme dans procès, fête, faîte. Une reconnaît que trois e, Yè fermé comme en charité, Ye muet comme dans grâce, et ce qu'il appelle Te mixte : Vous aimes (aimez). 11 cite un seul exemple pour la diphthongue ai : Le mois de mai. Evidemment, si Yè ouvert eut alors été usité en français, Dubois n'eut pas manqué de le signaler.

Conclusion : Non seulement, sur la foi d'Eust. Deschamps, ai précédé de r, est bref, et par conséquent tous les mots en aire, être, erre, ère, er, mais encore, d'après Palsgrave et Dubois, aiei-è est toujours fermé.

11 ne me reste plus qu'à confirmer mes assertions par des exemples. Ils abondent ; on n'a pour s'en convaincre qu'à ouvrir le livre des Rois, la chanson de Roland, la Chronique des ducs de Normandie, etc.

1° Exemples de ai, è, é, représentés par ei.

Saiïl le quereit et pursieveit tus jurz. (Rois, XXIII.) Je note au hasard dans le même ouvrage urcisun, herneis, segreit, le rei meisme , palets , etc.

Tu as parleit si corn une des foies femmes. (M. s. J.) Et tes dedeins vint sor moi. (Id.) Granz est, chier freire^ li sollempniteiz de la nativiteit. (S1 Bcrn.)

Seigneurs, vos en ireiz; Branches d'olive en voz mains portereiz.

(Ch. de Roland, I. 79.) Dist Blancandrins : Apelez-le Franceis ; Ço dist li reis : Et vos l'i ameneiz. (Id. I. 505.) Qu'il conçussent lur desleiz Et lur mesfaiz e lur nonfeiz.

(Chr. des ducs de Norm. vs. 2083.)

Ne remaint

Ne mur, ne temple, ne paleis :

De si fait damage n'orrez mais. (Id. vs. 1850.)

Se li ad un pain demandei,

Iv'il li aveit, ce dist, prestei. (M. de Fr., fabl. IV.)

Que se il sun cunseil volt creirc

A mult bun chicf en puneil treire. (Id. fabl. LXIII.)

Chacun la conoetra vrcye.

(Pelctier, 1555, dialogue de l'ortografe.)

Voir passim le Dialog. précité de Peletier, et le Trectê de la (jrammere francoeze de Meigret, 1550.

2° Exemples de al représenté par e.

Vous prie et seupli que les prieus laciez mettre en pésible possession et en bone pes. (Letlr. de Rois, etc., p. 178. 5 févr. 1275.)

J'ai eu en ma grant nécessité afére de trois cent écus. (Leltr. de Phil. de Corn.)

De ses choses n'ay jusques ici [cl nulle poursuite, mes en altenderay leur pîesir. (Id.)

Je vous prie que vous plese le croire. (M.) En meisme l'an et en celé sèsoun.

(Rel. de diverses hostilités à la suite des Lett. des Rois, Reines, etc.) Se esloit en ma religion Servir a Dieu tout mon désir En cloistre par dévotion Dire mes heures a lesir. (l) Or m'est venue la mort sesir ; Au monde n'ay point de regrê.

Face Dieu de moy son pïesir. (D5e Mac. des Femmes, p. 30.) Us ont rabessé leur coiàige. (M. du S. d'Oïl., vs. 8894.) Soudain, dis-je, il est pris au per (pair) C'est fait, il n'en peut eschapper.

(Bonav. des Péricrs, TAndrie, p. 248.) Pour me venger, je souheite L'un se chauger en planetle, etc.

(Joach. du B. De sa peine et des beautez de sa dame.)

Je trouve même un exemple de aient où la diphthongue ai est représentée par ae, de même que souvent dans les textes du moyenâge le son oi est noté par oc.

Qu'ele s'apercoeve que mes prières li act valu. (Lett. de Rois, p. 153.)

Voir Marot , tom. IL pag. 309 et 351 : acsks pour ailes.

j'ai dit que ai sonnait non-seulement é, mais encore en mainte circonstance ée, forme écrite qui reproduit très exactement le sou traînant qu'affecte cette diphthongue dans le dialecte bîaisois. toutes les fois qu'elle ne termine pas immédiatement un mot. J'en

(I) Comparer ce mot lesir, ainsi écrit par un é, avec le môme mot dans la Chanson de Roland (I, 10) :

Sa costume est qu'il parole a Jet sir. Et dans Chron. des Ducs de Norm.

N'i out del renoer leisir. (vs. 16370.) V. pleisir, id. vs. 17562.

ti..

ai trouvé de nombreux exemples dans le Tome I des Lettres de Rois et de Reines. En voici quelques-uns :

Vous aviez fait bon pces et accord. — Et me maunderent que je me teince en pées a grant damage. (L. d'Alphonse, baron d'Espagne, 1277.) Je vos verèe, si Dieu plest , a nostre pallement. (L. de Maurice de Craon.) Mon deshonneur Se y perdroit a tousjours mais. — Et comme quoy? — Pour ce qu'en Bée Il me paya subtilement. (Test1 de Palh. p. 201.)

Conjuguez ainsi, dit Dubois en son Jsagoge (1531), l'imparfait d'avoir :

y havé ou j'havée. (') Tu havês ou tu havèes Il havet ou il havéet.

Et il ajoute : ce Ces terminaisons en ée, ces, éet usitées en Normandie et dans le nord de la France me paraissent préférables à celles qui sont aujourd'hui adoptées par l'usage : oi ou oie, ois, oit , etc. »

Il immole, dévot, à Neptun, dieu de l'eau, Un sanglier chasse-Ue, un agneau , un taureau. (J. deMontl., p. 24.)

Il faudra donc bien se garder, comme l'ont fait quelques auteurs, de crier à la rime fausse, quand on rencontrera des mots dont la terminaison est aujourd'hui ouverte, rimant avec des mots à terminaison fermée. La rime était juste alors et conforme à la prononciation.

(1) Rob. Estienne est le premier grammairien, qui, en son traité de la Conjugaison franc. 1542, ait signalé la terminaison delà lre pers. des imparf. et des eondit. en s. Cet usage, préconisé par Ronsard, fut d'abord facultatif. Il ne devint obligatoire qu'au XVIIe siècle.

Ex. : Et Messire Florent milliers Avec mes gens près a près Qui vous secourront par exprez.

Si acomplirez, s'il vous plaist.

(Mist. du S. d'Orl. vs. 178,79.) Facetot, sire, s'il vous plaist, Avecques le bailli d'Esvreux Vous deux ensemble vous irez A Paris, et par exprez Amerez vivres a puissance, (Vous savez le besoin qui est) (') Et artillerie abondance. (Id. vs. 7892.)

Lisez Illiée, prée, esprée, s'i vous plée, irée, qui ce.

Voisin , ne songe en procez :

On en a toujours assez. (01. Bass. p. 41 .)

Maintenant, Messieurs, délaissez

Tous vos procez (J. le Houx, p. 438.)

Et toy, mon père cber, te plaise en la main prendre

Les Dieux de la patrie, et les joyaux sacrez

Car d'une si grand guerre et d'un carnage frais

A moi ivaguere issu, ce seroit forfaiture

Les toucher de la main. (J. de Montl., p. 25.)

Tu revestis de verdeur les forés ;

Tu peints de fleurs et champs et prés. (Id. p. 506.)

(1) Née ne serait-il pas pour nest en ces vers d'Eust. Deschamps, poète du XIVe siècle, (P. 152) :

Quand jadis fu assenée, (mariée) Honourée Et bien amée, Fors doubtée Du plus vaillant cœur que née.

J'aimerais mieux cette explication que de supposer L'ellipse de riens dans cette phrase <jue riens née, que chose née, si souvent usitée dans le sens de qu'âme qui vive.

Le vaillant Briarée et Cotte avec Gygés

Gardes de Jupiter, loiaux. y sont logés. (Id. p. 84.)

Mon ventre affamé abaye

Comme l'oisillon qui bée. (Est. Pasq. Jeux poét. Ambition.)

Et les mépris des grands Dieux immortels (')

Suivent ton char : ce néantmoins tu es

Mère des Rois, etc. (Rons. Franciade, 111° ch.)

Sa bouche encore ouverte , et ses deux bras croisez

Disent, sans dire mot, de son triste decez

La cause et la façon. (G. du Bartas, la Vocation.)

Et cette prononciation à'ai eiè ené fermé s'est, de l'aveu des grammairiens, prolongée dans un grand nombre de mots jusques en plein XVIIe siècle.

« Vai ou aij, dit le P. Cliifïïet, se prononce comme un è masculin en ces mots : j'ai, je srai, aime, lisez : J'é, je scé , éne, et eu tous les ai qui terminent les futurs et les prétérits des verbes j 'aimat, j' aimerai, lisez : faillie, j'aimeré. Mais ne prononcez pas en é masculin comme l'enseigne un grammairien, (il y avait donc encore au moins un grammairien fidèle à la prononciation dumoyenâge) bréviaire, grammaire, paire. Autrement nos petits écoliers diront : Je porte ma grand-wn'c dans mon sac, et à ce compte L'on dirait : Deux pères de bottes. »

Pour comprendre le sel de cette plaisanterie, il faut savoir que dans père et mère Ye au XVII0 siècle était fermé, absolument comme aujourd'hui dans le dialecte blaisois. ce Dans piège, liège, siège, père, mère, frère, dit le même auteur, on pro-

(l) Lis qui primitivement sonnait eus se prononçait depuis longtemps es :

Je m'en retouray à Yousté (hôtel)

De mon bon père et de ma mère,

Que vous avez cueur enhorté. (M. du S. d'Orl. vs. 7-25G.)

Apprenez, enfans, et notes :

, Gentilshommes de bons hôtels. (Coqtrillart.)

Quand par son poix ces corps faux et cruels

Furent gisans, dosrompus et tués. (Marot, lr livr. des Métam. d'Ovide. Cf. Belfortet Be'fort.

nonce la pénultième en è masculin. » Ainsi frère se prononçait encore au siècle de Louis XIV, comme au temps de S1 Bernard : Chier freire.

Du reste il s'est trouvé jusqu'au XVIIIe siècle des grammairiens pour défendre le son fermé de la diphthongue ci : « Ei ou ey, dit le P. Bufïier, marque le même son que Ye simple ou accentué : peine, enseigner, prononcez : pêne, enségner. » Que diriez-vous en effet d'un personnage qui se conformant aux prescriptions de la Grammaire des Grammaires dirait : J'ai bien des peines (de cœur), du même accent qu'un serrurier pourrait dire : J'ai bien des pênes (de serrure)?

Nota. — Les finales en aie suivent la règle générale et se prononcent ée, mais seulement dans les noms et les adjectifs : Orfraie, raie, vraie, gaie, etc., prononcez : Orfrée, rce, vrée, guéc, etc. (*)

Remarque I. — Nous avons vu (1re partie, chap. 2, règle 2) que Yé fermé se prononce souvent comme e naturel, c'est-à-dire eu. La diphthongue ai sonne souvent de même.

Ainsi pour j' aimerais, ils étaient, il se trompait, on dit tout aussi bien yeumerée, iz eutaint ou il éteânt , istroumpeut, que i yémerée, i\été, i's trompé.

ce Les François, dit Garnier (1558), ont trois diphthongues ay, oy, oe qu'ils prononcent généralement par e simple et plut à Dieu qu'on écrivit comme on prononce meson, oreson, foé, francoes, etc. »

« Les uns , écrit Peletier, disent plcsir, les autres plaisir, par un e clair. »

a Aujourd'hui les uns disent eimer; les autres emer ; les uns ] émois; les autres mettent i ou y en la penultime et disent ]emoye. « (Peletier, dial. de l'ortograle.)

Emer opposé à eimer, n'est-ce pas la prononciation actuelle de

(1) Cf. Alphabet nouveau de la vrée et pure ortografe françoise, etc., par Ilob. Poisson, Paris, 1609.

nos paysans blaisois eumer, en regard delà prononciation française aimer ?

Et par tous les saints femeroye

Mieux morir que n'estre vengé. (M. du S. d'Orl. vs. 15256.)

Remarque IL — De même que é dans certains mots se prononce a : atouner, acoutcr, etc., ainsi, mais dans un nombre de mots beaucoup plus restreint, ai sonne a : Agu, aguser, claron, pâment, marnent , etc., pour aigu, clairon, 'paiement , etc.

Obliez trompettes, durons. (Gdft Dse Mac. p. 7.) Il a bien sa char reveslue De bonne pel.

(Un miracle de S1 Ignace, Buchon, p. 290.) Vifs comme dars, aguz comme aguillon.

(Fr. Villon, p. 197.) Sachez, amy, que nostre poésie IN'enlre aysément en toute fantasie.

(Nie. EH. p. 40. Cf. p. 06.) Desja le point du jour sur l'horizon naissant Va dans l'air esclarcy mon idole effaçant.

(Les Dél. de la P. p. 52.)

Voir Mist. du S. d'Orl. p. 196 durons, ba/froy pour clairons, beffroy. La diphthongue ai et la voyelle é ayant le même son dans la vieille langue, il n'est pas étonnant qu'elles aient subi les mêmes modifications. Du reste, comme nous l'avons vu, le son fermé de ai se notait souvent par e dans l'orthographe : Rabesser, espesse, (épaisse), souhetter, etc.

Les autres passe, autant qu'argent Verain. (Cl. Marot, Epigr. 25.)

C'est par suite d'un changement analogue qu'un grand nombre de mots qui au moyen-âge avaient la diphthongue c» l'ont vue transformée, les uns dès le XVIe, les autres au XVIIe siècle, en a.

J'ay veu par forte glaive,

Edouard, roy Anglois,

Expulsé comme esclaive

De ses royaux angletz. (Jeh. Mol. p. 160.)

Chascun aigneïet Sera vestu de pourpre violet. (Cl. Marot, I. p. 145.) Les jours il se cayche. (Palsgr. p. 699.)

Ses vaisseaux elle embraise Et des encensemeus mesle parmi la braise.

(J. deMontl., p. 222.) En lassis le tressant pour \essalairier. (Id. p. 405.) Il faut mettre un a en déclaration, et un e en declerer. (Peletier.) Bref, plus soudain que je ne le dèclaire, Je fus muée en eau coulante et claire.

(J. de Montl., p. 907.)

Nos paysans ont conservé déchirer et salairier.

C'est ainsi qu'on a dit une vaicJie, je sdiche, une taiche ou une lèche, etc. Voir le nota de la remarq. 3 du chap. I, 1re partie, sur les terminaisons en aige-age dans les substantifs, p. 5.

Remarque III. — Ai dans les terminaisons en aie des verbes en aijer, je paie, je balaie, et dans le subj. d'avoir, que j'aie, se prononce en ay-ey mouillé : Je peille, je baleille, que peille. On dit aussi quelquefois que ja-ye (Prononcez comme le subst. ail.)

Je peille, je baleille, que j" eille est une prononciation parisienne constatée par Geoffroy Tory, dans son Champfleury, dès 1 329 :

« Les dames Lyonnoises, dit-il, prononcent gracieusement souvent a pour e. Au contraire les dames de Paris au lieu de a prononcent e bien souvent quand elles disent : Mon méry est à la porte de Péris ou il se faict péicr, au lieu de dire : Mon mary est à la porte de Paris ou il se faict paicr (pa-yer.)

Ainsi tandis que les Lyonnoises prononçaient je pa-ye, les Parisiennes disaient je pé-ye, C'est cette dernière prononciation que

l'usage avait consacrée avant que l'Académie reconnut les deux formes : Je paye, et je paie. Pourquoi cette faveur accordée au verbe payer quand elle interdit de prononcer jesséye, il effréyera tu éléyes? Ne serait-ce pas pour parler à la fois comme Molière qui a dit ;

Mais elle bat ses gens et ne les paye pas. ( Misanthrope.) Si de quelque retour tu payeras ma peine. (Malad. Imagin.

et comme Racine qui écrit dans Britannicus :

Et tout autre que lui me pairoit de sa vie... ?

C'est cette double prononciation du son ai , signalée par Geoffroy Tory, pa-ier et pé-ier, qui me parait expliquer la double forme que l'on rencontre souvent aux XVe et XVIe siècles dans les substantifs qui n'en ont plus qu'une aujourd'hui : travail et travcil, marvaille et merveille, soulail et souleil, cotisai! et conseil, etc.

De cesle fesle me lassay, Car joye triste cueur fraveiïïe, Et hors de la presse passay.

Si m'assis dessouhz une treille Drue de feuilles a merveille.

(Al. Charlier, la Belle Dame sans mercy. — Voir aussi le Lay de Plaisance du même auteur.) Mais, se faire veut, après bon conseil , A les garder doit mettre son traveil. (Ch. d'Orl. p. 17.)

On dit non-seulement dans le dialecte blaisois que ]éye, que lu èyes, mais encore à la troisième personne qu'il éye pour qu'il ait, comme on dit que je soye, que tu soyes, qu'il soye (pron. que je souéille; on dit aussi que je scie) pour que je sois, etc. C'est ainsi que parlait Corneille : (')

J'ai vu mourir Pompée et ne l'ai point suivi Et bien que le moyen m'en aye été ravi,

1 ) Cf. Cl. Marot, Va. LVII. B.

Qu'une pitié cruelle à mes douleurs profondes M'aye ôté le secours et du fer et des ondes, etc. (Pompée, acte III, se. 4.)

a Cet aije à la troisième personne, dit Voltaire est un solécisme très commun. » Que de gens qui, sans être ni Corneille, ni blaisois, le commettent encore aujourd'hui!

Remarque IV. — Dans le verbe baiser, ai se prononce comme un i et s comme ch ; Ex. : Viens m'bicher, p'tit gds. Dans le Maine et l'Anjou on dit biser. C'est le seul exemple de la transformation de ai en i que je connaisse, mais on n'en sera pas surpris, si l'on veut bien se souvenir que Ye, qui en mainte circonstance dans la langue du moyen-âge se confond avec ai, (meson-maison) subissait fréquemment une métamorphose semblable : Alixaudre, cyens, je me desrigle, médians, etc. La réciproque, comme nous l'avons vu, se produit également. (Voir pour plus de détails 1re partie, chap. 3, règl. I, p. 24, et 1re partie, ch. 2, règl. II. remarq. 2, p. 18.)

Nota. — Nain, parrain forment leur féminin, comme s'ils étaient terminés enin : Nine, marrine. Voir Cotgrave et jNicotaux mots parrin, marrine. (') Ménage écrit parrein dans un endroit (p. 29 1) et parrain dans l'autre (p. 180). Parrin et parrein sont plus conformes à l'étymologie palrinus, les finales en ain correspondant surtout aux terminaisons latines en amis.

Parrin, forme naturellement dans le dialecte blaisois parrinage.

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