CHAPITRE I
De la prononciation de la consonne H.
Règle. — < Vh n'est jamais aspiré dans le dialecte blaisois. On dit Y hasard, Vhache, y haïs pour le hasard, la hache, je hais.
Vh aspiré, aussi ancien que la langue française, me parait avoir, surtout au moyen Age, dominé en Bourgogne. Le dialecte picard au contraire me semble avoir eu plus de propension à le rejeter;
l'on peut dire néanmoins que jusqu'au deuxième tiers du XVIe siècle son influence fut prédominante. Voici par exemple un mot fort usité au moyen âge et que l'on rencontre ici avec, là sans aspiration, dans des auteurs de la même époque, mais de dialectes différents :
Cil qui a Pescu et au hyaume.
(Jubinal, l. p. 85.) Viaumc lachie, l'espée traite.
(Lai d'Ignaurès, p. 2-4, dans Burguy, II. p. 227.)
Palsgrave et après lui d'autres grammairiens du même siècle nous ont laissé la liste des mots dont Y h initial était alors aspiré. Il ne paraît pas néanmoins que ni cet usage ait été très répandu, ni l'influence des grammairiens bien puissante, puisque, comme je viens de le dire, je surprends dans un grand nombre d'ouvrages du XVIe siècle des mots où Yh ne conserve pas son aspiration ; et cela, non pas seulement dans les écrivains de la Bourgogne, de la Guienne, du Berry et du Lyonnois, pays où, au témoignage de Théod. de Bèze, on ignore complètement l'usage de Y h aspiré, mais aussi dans ceux qui , comme Àmyot et Pasquier avoient vécu à la cour, et respiré, pour ainsi dire, sa prononciation. Bien plus , à une époque où l'Académie française commençait déjà à exercer sur le langage un salutaire empire, la règle de Y h aspiré n'était pas encore observée par tous les écrivains, et j'y surprends des infractions jusque dans le cours du XVIIe siècle.
Hache. —
« L'un des chevaliers occist d'un coup dache ledit duc de Bourgoigne. » (Jeh. Bouch. fol. XXX, recto et verso.)
Hagard. —
Le voila sur sa garde, Espiant ses enfans, et d'une gueule hagarde Frais-nez les engloutit. (J. de Monll. p. 10G.Ï