QUATRIÈME PARTIE
Haine , haïr. — Je rencontre dans le livre des Rois ce verbe sans aspiration : (l)
« Jo Yhaz, pur co que luz jurs me prophetizad mal et nul bien » (p. 33o.)
Nous le retrouvons de même au XVIe siècle :
Il fusl chaery dû chascun et chescune, Sans eslre hay la de personne aulchune. (Ch. Bourd. p. 3G.) L'haïssant plus que peste. (Brantôme, Dam. gai. p. 215.) KWhait les gens de bien et aux médians agrée.
(J. deMontl.p. 313.)
Qui sont ses Costilliers?
Guerr', Hain', Opprohr', Estrif le suivans à milliers.
(Id. p. 377.)
« Joach. Du Bellay, écrit Génin en ses Variations (p. 133) fut un des premiers à se permettre je hais (avec aspiration et sans diérèse). Aussi Ch. Marot, élève de Fontaine, dit-il : La première syllabe du verbe haïr, que tu fais monosyllabe est de deux syllabes divisées, sans diphthongue, comme il appert par le participe et l'infinitif qui sont divisés et ainsi par tous les temps et personnes. »
Cette assertion de Génin est une erreur. Bien longtemps avant J. du Bellay, l'auteur inconnu de Un miracle de S1 Ignace avait écrit avec aspiration et sans diérèse (p. 268) :
Je hé tant ces gens crestiens Que je ne soufierroy pour riens Qu'en mon règne, etc.
Bannissement. —
« Vhannissement des chevaux. » (Tavannes, pag. 361.)
(1) Cf. Chr. d. d. de Norm. p. 187: qui Vhéent, et Lais inéd. p. 07 : que je Yhace, Marot aspire Vh ; Cf. Ps. XXXI, B.
'190 du dialecte bla1sois.
Hardiesse. —
Mais Yhardiesse
Et la prouesse
De ce roy généreux
M'a mis en fuite
Par la poursuite
De son bras valeureux. (Liticy, Ch. bist. IL 505.)
Haricot. —
« Les gens de cour au siècle de Louis XIV ne mettaient point d7i aspiré à haricots ; on disait des aricots. » (Siècle du 30 avril 1865.)
Que le peuple d'alors, comme celui d'aujourd'hui, prononçât des zaricofs ('), je n'en doute pas ; mais les gens de cour, et encore devant Louis XIV, j'en doute fort. J'ignore sur quel fondement s'appuie cette affirmation ; j'ai cité mon auteur, et je le donne pour ce qu'il vaut.
On sait fort bien que ses paroles Ne sont pas articles de foi.
Hasard. — Les exemples où Y h dans ce mot perd son aspiration sont si fréquents au XVIe siècle que l'on n'a pour citer que l'embarras du choix :
Où est le corps de Sainct Martin gisant Le roy Loys après maints grans azars Ung beau treilliz d'argent donna pesant Cinq mil sept cens soixante et seize mars.
(Jeh. Bouch. fol. XLVIII, verso.) ... Qui fut cause de Y hasard de la bataille
(Brantôme, Vie de Temp. Maximilien, p. 23.) Si quelqu'un chet d'hasard dessous la patte forte Des lions rugissans. etc. (J. de Montl. p. 258.) Car contre ces vaillans il y a trop à'hasars. (Id. p. 502.)
(1) V. Inlermèd. III. 409, comment l'hôtel Darricau devint l'hôtel des Z aricots.