‹ Du dialecte blaisois et de sa conformité avec l'ancienne langue et l'ancienne prononciation françaiseChapitre 60 sur 132 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Ce qui n'empêche pas le même poète d'écrire en conservant a Yh son aspiration :

Que tout va par fortune, au hasard et sans guide. (Id. p. 105.)

Par une anomalie semblable on dira dans le dialecte blaisois : Y haut d'un peuplier et au haut d'un peuplier ; Y hasard et au hasard. Tel mot s'aspire à certains cas qui ne s'aspire point aux autres ('). C'est l'idée que le paysan se fait de l'élégance et de l'harmonie du langage qui, en cette circonstance, comme la plupart du temps, détermine son choix.

Hasarder. —

S'il veut tant soit peu tfhazarder '-' A les vouloir bien regarder.

(Est. Pasq. la Puce.) Nul n'hasarde volontiers sa vie.

(Tavannes, p. 339.) Quand non loin des bords odieux A Junon qui les mit en cendre Sur riîellespont trop furieux S'hazarda le pauvre Léandre.

(Rec. des poèt. franc. V, p. 14.) J'iray loger a Paris près de votre hôtel avant m'hazarder de vous voir. (16-42; Lettre du bar. de Pujols, reproduite par la Revue des questions historiq. du 1er janv. 1808, p. 180.)

Hausser. —

Pourvu qu'en vous servant cela n'empesche pas D'hausser le gobelet, beuvant jusqu'au trépas. (Poés. choisies, p. 404.)

Haut, oc Du temps de François 1er, dit Génin (Variât, p. 51.)-, on n'aspirait pas encore Yh de haut. » Cette affirmation est une

1) Cf. L'Ent. du Dict. p. 147 et suiv.

(•2) Pasquior aspire Vh dans hardi, heurt, hauteur, non dans h asard et ses composés.

erreur. Haut, comme la plupart des mots qui précèdent ou qui suivent se trouve dans la liste de Palsgrave. On peut donc conclure de cette liste, et des nombreux exemples d'autres mots ou Yh, même chez les écrivains , ne conservait pas son aspiration , que la double prononciation de haut , qu'on aspirât ou non Y h, régnait à la cour.

0 admirable hautesse , Grâce nous te rendons.

(La reine de Navarre.)

Encore Génin ne cite-t-il que des exemples du mot hautesse pour prouver que haut n'était pas aspiré au XVIe siècle. Cette preuve par analogie ne saurait être d'une rigueur absolue. Un philologue du XXIe siècle serait-il bien venu à ne citer que des exemples d'héroïsme pour prouver l'absence en 1868 d'aspiration dans héros ? Cette manière de raisonner est d'ailleurs combattue par les faits eux-mêmes ; on ne trouve pas dans les psaumes de Marot un seul exemple de haut et de hautesse ou Y h ne soit aspiré. (')

Néanmoins, il est certain que très souvent au moyen âge et jusque dans le XVIe siècle Yh n'était pas aspiré dans haut, et que même on se dispensait de l'écrire, conformément à l'étymologie altus, comme le prouvent ces vers tirés du roman de la Destruction de Troie :

Moult si furent hault li portail Sus chacune et d'or principal ,

(!) Je trouve hautesse sans aspiration dans J. de Montlyard :

La terre me doit, vueille ou non,

Fournir de pasture à foison,

Pour mes ouailles que j'engraisse,

Non pour quelque divin1 hautesse.

(Myth. p. 974.) Cf. Mist. du S. d'Orl. vs. 177G0.

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