QUATRIÈME PARTIE
2° Huiler se prononce huiler, hueuler (h aspiré) ou vhuiler, vhueuler. Je ne rencontre pas d'exemple d(fcctte prononciation dans la vieille langue. // n'est jamais aspiré dans huile; prononcez ueule, ou eule, ce qui est probablement l'ancienne prononciation de la forme oile.
3° Onze. D'après Vaugelas o ne devrait jamais dans ce mot et ses composés être aspiré. Cette opinion de l'illustre grammairien est conforme à l'usage du moyen âge.
Biaux ostes, prestes me une onzainne.
(Le Jus S'-Nicholaï, Buchon, p. 185.)
Le XVIIe siècle a usé des deux prononciations :
Il sortit de la ville en colère, V onzième de juin.
(Fléchier.) Peut-être que Vonzième est prête d'éclater.
(Cinna, act. III, se. I.)
Voir pour des exemples de le onzième (o aspiré) Vaugelas et Bouhours.
Aujourd'hui, d'après l'Académie, onze est toujours aspiré. Ponsard s'est conformé à cette règle , quand il a dit dans sa tragédie d'Ulysse :
Et le onzième jour, la tempête calmée Lui permit de partir, suivi de son armée. (Act. II, se. 4.)
Le dialecte blaisois aspire toujours Yo dans les cas obliques : Ou oanzeu d'feuvérieu; deu ounzieume ou d 7 'ounzieume ou douzieumejou. Il supprime quelquefois l'aspiration dans les cas directs : Vounzc ouïe ounze.
i° Ouete. Devant ce mot, en français ouaté, on fait toujours entendre le son de r .- il' la vouete, ou d'ia voueute. Je ne pense pas que ouate ait jamais été aspiré en français
On apporte a l'instant ses somptueux habits Ou sur Vouate+xioïïe éclate le tabis.
(Boileau.)
Cependant je n'oserais l'aflirmer en présence de ces vers d'Est. Pasq. (II, 41, A):
Car jonc dame et ceinte et avoysie Douce et plaisante, belle, courtoise et sage, M'a mise au cœur une si douce rage, Que j'en oubly le voir et la ouye.
>j° Oui a toujours été aspiré aux XIIe et XIIIe siècles. On en trouve de nombreux exemples dans Theroulde et dans les écrivains postérieurs. Parfois même, pour mieux noter l'aspiration, on l'écrit par un h.
Que il ne set ne o ne non.
(Rulebeuf,) On ne me dist ne ho ne non.
(Les rues de Paris.)
Ce ne fut guère qu'au XVIIe siècle que les écrivains se partagèrent d'opinion, et que les uns supprimèrent l'aspiration, maintenue par les autres.
Les anciens disaient qu'oui, mais les nouveaux disent que non. (Pascal.)
Il répondit qu'oui.
(Vaugelas.) On lui dit que oui.
(d'Ablancourt.)
Molière semble avoir donné des gages aux deux prononciations :
Je crois que oui.
(Bourgeois genlilh.) Ah! cet oui se peut-il supporter!
(Femmes savantes.)