QUATRIÈME PARTIE
sa forme dans un sens et se métamorphosa en chaize (') dans une autre acception. M. Max Muller a expliqué la transformation de bcricleen bésicle. (*) Personne, que je sache, n'a encore appelé l'attention sur les formes nareaux et garouil, garouiller aujourd'hui naseaux , gazouiller.
Garrouiller. — (R. garrulus.) « Je gazouille. The righte worde, after the latin, should beje garrouille, but the Parysiens tourne r into s, whiche betwene two vowels hath the sounde of z. » (Palsgr. p. 456.)
Nareaux. — La forme primitive fut nasal (du latin nasale.)
Jusque nasal l'a trenchié et fendu.
(Pi. de Ronc. Cang. à nasal.)
Je ne rencontre la forme nareaux qu'au XVIe siècle :
En ses nareaux lui monta la fumée.
(Cl. Marot, ps. XVIII. M.)
Les chevaux du soleil d'une course première De nareaux relevez resouflloient la lumière.
(Jeh.deMontl. p. 508.) Le feu par les nareaux les taureaux vomissans.
(Id. p. 574.)
La prononciation d'r en s ou d's en r, excepté dans le peu de mots que je viens de citer, ne dépassa guère le XVIe siècle ; et ces paroles de Nicot : ce On oit dire ma mese pour ma mère, et bairer pour baiser, » (au mot ArsacideJ prouvent que cet usage était à peu près tombé en désuétude au commencement du siècle suivant. Je
(1) « On dit chaire de prédicateur, chaire de droit, la chaire de St-Pierre. On dit aussi la chaire de Moïse, et jamais on ne dit chaize que lorsqu'on parle de ces sièges à s'asseoir ou à se faire porter : Louer des chaizes, se faire porter en chaize. Le traducteur des lettres de St Augustin dit : Les Scribes et les Pharisiens sont assis sur la chaise de Moïse. Mais ils'est éloigné en cela de l'usage. » (A. de Boisreg. p. 117.) Je cite de préférence ce grammairien, moins connu que Vaugelas. (Voir aussi ce dernier, Remarq. sur la lang. franc, au mot chaise.) Chaire dans le sens de chaise est encore usité dans le Blaisois, muit> surtout dans le Maine et l'Anjou.
(2) Cf. Aye d'Avign. vs. 3-48.
ne parle que de la société polie. Il est clair que c'est sans interruption que cette prononciation s'est conservée parmi les paysans blaisois jusqu'à nos jours. On n'y dit plus bairer, le changement d's en r étant à peu près inusité ('), mais je tiens, en dehors de la règle et des exemples que j'ai indiqués, à signaler la métamorphose d'r en s dans vistour pour virtour ou virelour, substantif probablement formé au XVIe siècle des deux verbes virer et tourner, qu'on y employait si souvent réunis :
Lorsque iourne-virans d'une viste courante... (2) (J. deMontl., p. 69.)
C'est encore du XVIe siècle que nos paysans ont conservé la prononciation dessur, dessour, pour dessus, dessous.
J'aurois dessur le chef un rameau de laurier, J'aurois dessur le flanc un beau poignard guerrier. (Ronsard, Elég. a Marie.)
L'exemple le plus reculé que j'aie cité du changement d'r en s date du XVe siècle, mais je soupçonne ces transformations réciproques de tirer leur origine de plus loin. Ne rencontrons-nous pas souvent dans les auteurs latins des traces de cette tendance d'r et d's à se substituer l'une à l'autre, ausum pour aurum , plusa pour plura? Varron ne nous cite-t-il pas fœdesum pour fœderum, plusimâ pour plurima, asena pour arena, janitos et melios pour janitor et melior? N'y a-t-il pas toute une série de substantifs latins, qui se terminent indifféremment en os ou en or? ce Casmenarum (pour carmenarum ; on a dit casmina et casmena pour carmina; remarquez le penchant de ces deux lettres i ete à se remplacer déjà en latin.) casmenarum, dit Varron (de Ling. lat. cap. VI.), priscum vocabulum ita natum atque scriptum est. In
(1) On dit encore désabouler et dérabouler. (Cf. M. du S. d'Orl. vs. 13200 désamparer et déremparcr.)
(2) Je trouve virvouste dans les mémoires de Sully : « Cette fourmilière de procureurs de palais qui font mille virvonstes dans la grand salle. »