‹ Du dialecte blaisois et de sa conformité avec l'ancienne langue et l'ancienne prononciation françaiseChapitre 76 sur 132 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

se prononcent de même. (Voir le chap. de la prononciation del'O, p. 28.) Autrefois IV ne s'y faisait jamais sentir, sil'on en juge d'après le langage des vieillards. Aujourd'hui il se prononce presque toujours, quand le mot suivant commence par une voyelle; quand au contraire il commence par une consonne , IV se fait entendre moins sous sa prononciation grasseyante et ronflante qu'avec une sorte d'aspiration que je ne puis mieux comparer qu'au son de Yh dans Carlsrnhe. Quand IV final est suivi d'une consonne autre que s , il se prononce tantôt à la manière française, tantôt à la manière blaisoise, légèrement aspiré.

Ainsi on dira : // accourt, ou il accoûh à quant eu moue; il ce sàue ou souhe coume in pont.

Et sans faire sonner IV, ou plutôt en le transformant en un son mouillé que l'on transporte sur la voyelle initiale du mot suivant : fvien ou j'cian pou yeux aider (pour leur aider).

Quand on supprime le son de IV, même sous la forme de l'aspiration, on prononce la diphthongue antécédente aussi longue que possible. C'est cette prononciation que je tâche de représenter en la notant oue, où.

LV de or-our ne sonnait jamais , si ce n'est peut-être devant une voyelle, dans l'ancienne langue française, jusque vers la fin du XVIe siècle.

Ils se ebargeroient de nobles et (Yangelots

Pour bouler à leurs thrésors.

(Ch. hist., II, 433.)

Votre présence fera ptiouv

A vos anemis, ne doublez,

Et leur ferez muer propoux

Quant ils vous verront appresser.

(M. du S. d'Orl., p. -42 et passim.

Paour, rimant avec propoux, se prononçait évidemment pou, comme aujourd'hui encore parfois dans le Blaisois, mais surtout dans l'Anjou.

Il arrivait même souvent que pour mieux indiquer la non-prononciation de IV, ou on ne l'écrivait pas, ou de préférence on la transformait en x. Ainsi je trouve dans le Mist. du S. d'Orl. paoux et peux, pour paour et peur ; cette orthographe tendrait à faire croire qu'on ne faisait même pas sonner IV devant une voyelle.

Que de gens vestus de veloux ! (') Venez voir les beaux personnages, Ils suivent un seigneur tretous Qui les entretient à grands gages.

(ïabourot, p. 30.)

Si IV final était suivi d'une autre consonne, quelle qu'elle fût, aucune des deux ne sonnait, prononciation encore usitée dans le blaisois, où je saisis par exemple trois manières de crier : au secours, savoir : au secours, comme en français ; ou s'couhe, et ou s'coâ !

De tous les tens du mont sui-je nez en décours ; Ma femme et mes en fans aronl povre secours ; Quant m'en irai sans busche duel aront et courroux.

(A. Jub. NeattRec. I. 129.) Que la nuit n'est mie en la cort.

Et li vallés prenoit escout.

(R. d'Estula.)

A la fin du XVIe siècle on commença à foire sentir IV dans cette terminaison . Je parle de l'usage général, car je soupçonne que dès la fin du XVe siècle l'introduction de la prononciation latine avait fait pénétrer le son de IV final dans le langage d'un certain nombre de lettrés ou de courtisans. Au XVIIe ce fut la règle : « En tous les mots en or, our, dit le P. Chifïïet, r se prononce distinctement. » (V. aussi Regnier-Desmarais, Traité de la Gramm. fr. p. 48, 49, etc.)

(1) V. Cont. de Gaul. p. 183, vcloux-velours ; p. 241, la rivière du Dourr-Doubs.

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