‹ Du dialecte blaisois et de sa conformité avec l'ancienne langue et l'ancienne prononciation françaiseChapitre 78 sur 132 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Pour payer les rançons àHceulx Qm sont prisonniers de présent.

(Id. 118H.)

Au XVIIIe siècle nos écrivains ne se permettent plus guère de changer l'orthographe, mais la prononciation reste. Corneille, Malherbe et le sévère Yaugelas disaient des pêcheux, des labourcux. Cependant dès cette époque, vers 1GoO, les partisans de cette exactitude de prononciation, qui marque un air pédant, comme dit Molière (L'Impromptu de Versailles, se. L), faisaient sonner IV final, même devant les consonnes : « Les verbaux en eur, dit le P. Chiiïlet, diseur de fables, compteur de bourdes, porteur d'eau, et ce mot monsieur peuvent prononcer IV devant les consonnes, mais il est meilleur de ne la point prononcer. » Qu'on remarque bien qu'il ne s'agit que des substantifs verbaux. Les autres comme douleur, pleur, faisaient sonner IV depuis plus de 50 ans (mais non pas avec le son ouvert d'aujourd'hui) aussi bien que les mots tirés directement du latin, comme adulateurs, sans quoi Boileau ne se fût jamais permis d'écrire :

D"un tyran soupçonneux pâles adulateurs.

Chose étrange ! nos paysans disent toujours un coûteux, un porte ux, un passeux , mais, sur dix, neuf au moins, conformément à la tolérance accordée par le P. Chiiïlet, feront invariablement sonner IV dans monsieur.

Aujourd'hui il ne reste plus de cette prononciation que piquevx, lequel l'Académie n'admet pas, mais qui n'en est pas moins usité par les chasseurs les plus lettrés et les mieux disants : partàgeux, mot rustique, qualification donnée en 1848 aux communistes par les paysans, et qui s'est conservé avec son orthographe et sa prononciation campagnardes dans les colonnes du journalisme contemporain; et enfin l'adjectif belliqueux, (') autrefois écrit belli-

(1) Bien que l'adj. franc, vienne évidemment du latin bellicosus, belliqueur est la forme

la plus usitée pendant la plus grande partie du XVI* si

queur, le seul des trois mots que je viens de citer, admis par l'Académie dans son dictionnaire sous cette orthographe, contraire à l'ancienne orthographe, mais conforme à l'ancienne prononciation (*).

Disant ainsi, ce grand Dieu belliqueur

De Francion enflamme tout le cœur.

(Ronsard, Franc, ch. V.) Quel port il a ! ô que son hardi cœur Montre qu'il est un brave belliqueur. (2)

(Joach. duB. Enéid. IV.)

M. Génin prétend que sous Louis XV et même sous Louis XVI , la cour maintenait l'ancienne prononciation des terminaisons en eur , mais il ne cite aucun document, aucune preuve à l'appui de son assertion. C'eût été cependant nécessaire en présence du silence général des grammairiens. Régnier-Desmarais dès 1702 écrivait en toutes lettres : « R se prononce dans tous les mots dont la dernière syllabe s'écrit par eu, comme faveur, grandeur. » (Tr. de la Gr. fr. p. 48.) Le père Buffier est le dernier grammairien qui ait signalé la prononciation d'ewr en eux, et encore comme une exception : « Dans les adjectifs en eur et les noms en oir, dit-il (Gr. fr. I. p. 372), on néglige quelquefois (quelquefois, remarquezle bien ; cette prononciation était rare en 1 729) dans le discours familier d'y prononcer IV final, un causeu, un miroi, pour un causeur, un miroir. » Je ne connais pas un seul écrivain après lui qui ait fait remarquer, soit pour l'approuver, soit pour la condamner, l'existence de cette prononciation.

Remarque. — Ce serait se tromper que de croire qu'à l'époque où l'on commença à faire sonner IV dans les terminaisons en eur, on donnait à cette terminaison un son aussi ouvert qu'aujourd'hui dans cœur, fleur, terreur, etc. Il a existé entre l'ancienne pronon-

(1) On dit aussi communeux. V. le Temps du 15 juillet 1873, et Y Union de la Sarthe, même date. V. les cantoneux dans les Débats du 1er août 1873. Cf. aussi Rec. Q, p .288, note.

(2) On trouve aussi dans les Ps. de Marot haiardeur pour hasardeux. Cf. Franc. I, p. 120 : De tost aller trop paresseurs et lents.

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